fée de blé
Maître Poète
Benjamin, notre fils, est le troisième rejeton de notre famille. Pris en sandwich entre deux sœurs à l’éloquence verbale et un aîné à l’imposante stature, il semble ne pas trouver sa place. En fait, il est bien silencieux, trop même! À ses trois ans fait, inquiète, je l’amène au médecin, qui déclara que mon fils est bien pourvu d’une paire de cordes vocables tout à fait utilisables. S’il ne parlait pas, c’est qu’il était économe de sa voix, comme d’autres le sont de leurs avoir.
Le temps passait, fallait bien l’instruire, mais on ne savait pas sur quel pied danser, l’école publique ou celle des sourds et muets? Quoique qu’en disait le médecin, deux ans après la visite, aucun son n’était sorti de sa bouche. Ce qui rendait l’équation aussi complexe que l’algèbre. On tira donc à pile ou face pour décider de son éducation. La pièce circulaire chargée de sa grande responsabilité, tournoya longuement, jusqu’à épuisement, puis s’immobilisa sur le sort du petit; face! Ce sera l’école du village, soit!
Évidemment, Benjamin n’était pas très populaire, en fait après une semaine d’école, on le surnommait déjà la carpe. Ça, ça l’avait mis en colère! Le choc émotif fut si grand que ça avait fait vibrer ses cordes vocables et qu’un mot en est sorti, comme sous la menace d’un pistolet, tout tremblant et cahotique.. Je ne dévoilerai pas ce mot pour garder bien sûr, la dignité de ma famille. Le professeur, étonné de ce mutisme avorté, nous contacta rapidement pour nous annoncer la bonne nouvelle!
Heureux comme un pape, nous étions pourtant partagés par l’habitude d’être athées. Pour y croire fallait voir! Pour mettre la chance de notre côté, on a bâillonné les deux filles et ligoter le plus vieux. L’atmosphère familiale frôlait la dictature, mais c’était pour une bonne cause; libérer la voix de Benjamin! Après plusieurs minutes à fixer ses lèvres, quelque chose d’étrange en sorti. Des mots chancelants, secoués de hoquet s’évadaient devant nos yeux écarquillés! Je..je… m’ex… excu …se
Surpris par le sujet et ce verbe sortis sous pression, nous ne savions que penser. On lui a donc donné une seconde chance. Mais la deuxième phrase semblait aussi boiteuse que la première. Notre fils avait bel et bien reçu le don de la parole, mais il bégayait! Les médecins disaient qu’il n’y avait rien à faire, on n’y croyait pas! On l’a amené sur le chemin de fer dans l’espoir de le faire bifurquer de (voix) . On l’a gavé de réglisse, de menthe poivrée, lui a fait une peur bleue espérant faire fuir l’irrégularité de sa parole, rien n’y fait! Épuisé, Benjamin s’endormit sur la chaise du salon, bercé par le rythme régulier de l’horloge familiale.
Le lendemain matin, il est venu nous voir, tout heureux. Il nous a dit je t’aime, comme ça d’un trait! On avait la larme à l’œil! C’était dans le coucou qu’était le remède!
Le temps passait, fallait bien l’instruire, mais on ne savait pas sur quel pied danser, l’école publique ou celle des sourds et muets? Quoique qu’en disait le médecin, deux ans après la visite, aucun son n’était sorti de sa bouche. Ce qui rendait l’équation aussi complexe que l’algèbre. On tira donc à pile ou face pour décider de son éducation. La pièce circulaire chargée de sa grande responsabilité, tournoya longuement, jusqu’à épuisement, puis s’immobilisa sur le sort du petit; face! Ce sera l’école du village, soit!
Évidemment, Benjamin n’était pas très populaire, en fait après une semaine d’école, on le surnommait déjà la carpe. Ça, ça l’avait mis en colère! Le choc émotif fut si grand que ça avait fait vibrer ses cordes vocables et qu’un mot en est sorti, comme sous la menace d’un pistolet, tout tremblant et cahotique.. Je ne dévoilerai pas ce mot pour garder bien sûr, la dignité de ma famille. Le professeur, étonné de ce mutisme avorté, nous contacta rapidement pour nous annoncer la bonne nouvelle!
Heureux comme un pape, nous étions pourtant partagés par l’habitude d’être athées. Pour y croire fallait voir! Pour mettre la chance de notre côté, on a bâillonné les deux filles et ligoter le plus vieux. L’atmosphère familiale frôlait la dictature, mais c’était pour une bonne cause; libérer la voix de Benjamin! Après plusieurs minutes à fixer ses lèvres, quelque chose d’étrange en sorti. Des mots chancelants, secoués de hoquet s’évadaient devant nos yeux écarquillés! Je..je… m’ex… excu …se
Surpris par le sujet et ce verbe sortis sous pression, nous ne savions que penser. On lui a donc donné une seconde chance. Mais la deuxième phrase semblait aussi boiteuse que la première. Notre fils avait bel et bien reçu le don de la parole, mais il bégayait! Les médecins disaient qu’il n’y avait rien à faire, on n’y croyait pas! On l’a amené sur le chemin de fer dans l’espoir de le faire bifurquer de (voix) . On l’a gavé de réglisse, de menthe poivrée, lui a fait une peur bleue espérant faire fuir l’irrégularité de sa parole, rien n’y fait! Épuisé, Benjamin s’endormit sur la chaise du salon, bercé par le rythme régulier de l’horloge familiale.
Le lendemain matin, il est venu nous voir, tout heureux. Il nous a dit je t’aime, comme ça d’un trait! On avait la larme à l’œil! C’était dans le coucou qu’était le remède!