LA ROSE DES NEIGES
hors concours
Il était une fois, dans un pays non loin d’ici, une petite fille nommée Framboisine.
Elle était mignonne comme tout, haute comme trois pommes elle abordait fièrement sa sixième année…Sa chevelure était aussi resplendissante que les casseroles en cuivre de sa grand-mère lorsqu’elles venaient d’être vigoureusement frottées au Mirror…
Le nez légèrement retroussé, de grands yeux verts clairs tachetés de paillettes dorées, des pommettes constellées d’une multitude de taches de rousseur qui laissait le monde à la taquiner « dis, t’as regardé le soleil à travers une passoire ? »
Framboisine était une enfant emplie de malice, turbulente à l’extrême…Elle ne pouvait demeurer plus de trois secondes en place ! D’un esprit curieux et intrépide elle n’arrêtait pas d’accumuler les bêtises…
Une fois elle leva les œufs dans le poulailler et les cassa les uns après les autres pensant en trouver au moins un en or…En effet, sa maman lui avait lu la vieille une certaine fable où il était question d’une poule qui pondait des œufs d’or…
Une autre fois où elle pensait s’être transformée en joli papillon, elle se mit à gambader dans le jardin, tournoyant sur elle-même, agitant les bras comme si s’agissait des ailes d’un moulin, gambadait tel un cabri et sautait comme une petite folle. Elle pensait butiner avec délicatesse mais dans sa fougue elle écrasa toutes les fleurs et plantations que son grand père arrosait avec tendresse chaque matin et chaque soir…Les plates bandes semblaient avoir subi les assauts d’une tornade …
Alors que sa maman lui avait promis un petit frère, trop impatiente elle se mit à déterrer tous les choux du potager afin de voir si un bébé ne se cachait pas dedans …
« Framboisine, soit sage, tu ne fais que des sottises ! » lui disait-on au moins cent fois par jour…
Le temps passa et 10 bougies furent dressées sur son gâteau d’anniversaire…Mais Framboisine était toujours aussi peu sage.
Dernièrement elle avait voulu faire une expérience qui pour un peu aurait été fatale pour Mistigris le chat…
Emportant une grosse couette en duvet d’oie qu’elle avait préalablement éventrée et un gros chaudron en fonte qui servait l’hiver à faire la soupe dans l’âtre de la cheminée, elle grimpa l’échelle de la grange et lança par le fenil plumes et marmite (qui pour démontrer cette loi physique aurait dû être de plomb) …Heureusement, Mistigris installé juste en dessous ne dormait que d’un œil …il devait avoir eu prémonition d’un éminent danger et s’était enfui ventre à terre dans un grognement d’insatisfaction…Un vacarme du tonnerre témoigna d’une double expérience ! Un pot de fleurs en terre et un pot de fleurs en fer avaient subi les dégâts…le premier était réduit en miette, le second cabossé et tout aplati…
Les parents et grands-parents de Framboisine étaient excédés…. « Cette gamine est infernale ! Si ça continue elle finira sur l’échafaud ! »
Mais rien n’arrêtait Framboisine, même les menaces… « Framboisine amuse toi calmement, ne fait plus de sottises ou tu resteras au lit toute la journée ! »
Et tous d’ignorer qu’ils allaient bientôt être exhaussés…
Quelques jours après Framboisine découvrit un gros crapaud dans le petit étang. Non sans peine elle le récupéra et lui fit de gros bisous songeant qu’il allait se transformé en prince charmant…
Mais cet énorme batracien était venimeux si bien que la frimousse de Framboisine fut recouverte de vilains boutons rouges et de pustules verdâtres. Elle garda la chambre durant quarante jours !
C’est pendant cette période de repos forcé que le père de Framboisine descendit du grenier une vielle malle en osier. Elle enfermait des reliques du passé : de vieilles photos jaunies que sa grand-mère et son grand père commentaient et lui indiquaient l’oncle Arthur en barboteuse, la grande tante Berthe (qui était toute petite) en robe de mariée, le cousin Edouard en tenue militaire… Entre des mouchoirs ornées d’initiales, des cartes postales écornées, des menus de cérémonies qui n’en finissaient pas, elle trouva un canevas tout chiffonné avec brodée aux points de croix cette phrase :
« Celui qui trouvera la Rose des Neige détiendra la sagesse »…
Je veux trouver cette rose s’écria-telle, ainsi je ne ferai plus de sottises !
Sa maman repassa fébrilement ce carré de tissu, l’encadra et le posa sur la table de nuit de Framboisine…
Ayant enfin retrouvé son beau visage, Framboisine attendait impatiemment les premiers flocons…Enfin, ce jour tant attendu arriva ! A son réveil une étendue blanche recouvrait le jardin, elle descendit quatre à quatre l' escalier et se précipita dehors, nus pieds et en chemise de nuit… « Framboisine, habille toi, chausse tes bottillons, enfile ta pèlerine, ton bonnet, tes gants, ton cache nez !!! » En maugréant Framboisine se couvrit chaudement et sans prendre le temps d’avaler sa tartine de confiture et de boire son bol de chocolat ouvrit la porte et se rua dehors…
Et elle chercha, rechercha, fouilla dans tous les coins et recoins, gratta la neige de-ci de-là…sans succès…lorsque son nez gelé lui fit mal, que ses doigts furent engourdis (elle avait ôté ses moufles pour mieux trifouiller)….elle rentra tristement et s’installa auprès de son grand père près de la cheminée…
« Il ne faut pas baisser les bras Framboisine, les choses ne tombent pas toutes rôties dans le bec ! »
Et les jours suivants Framboisine poursuivit ses recherches…Mais la neige n’est pas éternelle…L’herbe verte apparue ainsi que les toutes premières fleurs…La petite fille ne se découragea pas : durant le printemps, l’été, l’automne elle explorait le jardin pour savoir où la Rose des Neige pourrait bien trouver refuge l’hiver prochain…
Et les saisons se succédèrent, ses bougies d’anniversaires devenaient de plus en plus nombreuses…Mais Framboisine ne se désespérait pas… « Cette année, sûr, je vais la découvrir »…
Oh, elle continuait à faire quelques sottises et bien malgré elle…Tout lui échappait des mains, elle n’avait qu’à toucher l’interrupteur et l’ampoule grillait…lorsqu’elle ouvrait les portes de la grande armoire, celles-ci se dégondaient…Si bien que son père la surnommait Attila, car là où Attila passe l’herbe trépasse…*
Framboisine, maintenant devenue une belle jeune fille, continua inlassablement à chercher la Rose des Neiges…sans jamais se décourager…
Et le temps passa, derrière elle se tenait le long chemin de sa vie, semé de bien de joies et bien de chagrins, mais elle avait toujours su redresser sa jolie frimousse, les yeux débordant d’espoir…
Et elle comprit bien plus tard, alors qu’à son tour elle était devenue grand-mère, que sans le savoir, elle avait depuis longtemps trouvé la Rose des Neiges, elle détenait la sagesse puisqu’elle avait toujours su garder espoir…
*Attila était le surnom que mon père m’avait donné…car…j’étais un peu comme Framboisine
hors concours
Il était une fois, dans un pays non loin d’ici, une petite fille nommée Framboisine.
Elle était mignonne comme tout, haute comme trois pommes elle abordait fièrement sa sixième année…Sa chevelure était aussi resplendissante que les casseroles en cuivre de sa grand-mère lorsqu’elles venaient d’être vigoureusement frottées au Mirror…
Le nez légèrement retroussé, de grands yeux verts clairs tachetés de paillettes dorées, des pommettes constellées d’une multitude de taches de rousseur qui laissait le monde à la taquiner « dis, t’as regardé le soleil à travers une passoire ? »
Framboisine était une enfant emplie de malice, turbulente à l’extrême…Elle ne pouvait demeurer plus de trois secondes en place ! D’un esprit curieux et intrépide elle n’arrêtait pas d’accumuler les bêtises…
Une fois elle leva les œufs dans le poulailler et les cassa les uns après les autres pensant en trouver au moins un en or…En effet, sa maman lui avait lu la vieille une certaine fable où il était question d’une poule qui pondait des œufs d’or…
Une autre fois où elle pensait s’être transformée en joli papillon, elle se mit à gambader dans le jardin, tournoyant sur elle-même, agitant les bras comme si s’agissait des ailes d’un moulin, gambadait tel un cabri et sautait comme une petite folle. Elle pensait butiner avec délicatesse mais dans sa fougue elle écrasa toutes les fleurs et plantations que son grand père arrosait avec tendresse chaque matin et chaque soir…Les plates bandes semblaient avoir subi les assauts d’une tornade …
Alors que sa maman lui avait promis un petit frère, trop impatiente elle se mit à déterrer tous les choux du potager afin de voir si un bébé ne se cachait pas dedans …
« Framboisine, soit sage, tu ne fais que des sottises ! » lui disait-on au moins cent fois par jour…
Le temps passa et 10 bougies furent dressées sur son gâteau d’anniversaire…Mais Framboisine était toujours aussi peu sage.
Dernièrement elle avait voulu faire une expérience qui pour un peu aurait été fatale pour Mistigris le chat…
Emportant une grosse couette en duvet d’oie qu’elle avait préalablement éventrée et un gros chaudron en fonte qui servait l’hiver à faire la soupe dans l’âtre de la cheminée, elle grimpa l’échelle de la grange et lança par le fenil plumes et marmite (qui pour démontrer cette loi physique aurait dû être de plomb) …Heureusement, Mistigris installé juste en dessous ne dormait que d’un œil …il devait avoir eu prémonition d’un éminent danger et s’était enfui ventre à terre dans un grognement d’insatisfaction…Un vacarme du tonnerre témoigna d’une double expérience ! Un pot de fleurs en terre et un pot de fleurs en fer avaient subi les dégâts…le premier était réduit en miette, le second cabossé et tout aplati…
Les parents et grands-parents de Framboisine étaient excédés…. « Cette gamine est infernale ! Si ça continue elle finira sur l’échafaud ! »
Mais rien n’arrêtait Framboisine, même les menaces… « Framboisine amuse toi calmement, ne fait plus de sottises ou tu resteras au lit toute la journée ! »
Et tous d’ignorer qu’ils allaient bientôt être exhaussés…
Quelques jours après Framboisine découvrit un gros crapaud dans le petit étang. Non sans peine elle le récupéra et lui fit de gros bisous songeant qu’il allait se transformé en prince charmant…
Mais cet énorme batracien était venimeux si bien que la frimousse de Framboisine fut recouverte de vilains boutons rouges et de pustules verdâtres. Elle garda la chambre durant quarante jours !
C’est pendant cette période de repos forcé que le père de Framboisine descendit du grenier une vielle malle en osier. Elle enfermait des reliques du passé : de vieilles photos jaunies que sa grand-mère et son grand père commentaient et lui indiquaient l’oncle Arthur en barboteuse, la grande tante Berthe (qui était toute petite) en robe de mariée, le cousin Edouard en tenue militaire… Entre des mouchoirs ornées d’initiales, des cartes postales écornées, des menus de cérémonies qui n’en finissaient pas, elle trouva un canevas tout chiffonné avec brodée aux points de croix cette phrase :
« Celui qui trouvera la Rose des Neige détiendra la sagesse »…
Je veux trouver cette rose s’écria-telle, ainsi je ne ferai plus de sottises !
Sa maman repassa fébrilement ce carré de tissu, l’encadra et le posa sur la table de nuit de Framboisine…
Ayant enfin retrouvé son beau visage, Framboisine attendait impatiemment les premiers flocons…Enfin, ce jour tant attendu arriva ! A son réveil une étendue blanche recouvrait le jardin, elle descendit quatre à quatre l' escalier et se précipita dehors, nus pieds et en chemise de nuit… « Framboisine, habille toi, chausse tes bottillons, enfile ta pèlerine, ton bonnet, tes gants, ton cache nez !!! » En maugréant Framboisine se couvrit chaudement et sans prendre le temps d’avaler sa tartine de confiture et de boire son bol de chocolat ouvrit la porte et se rua dehors…
Et elle chercha, rechercha, fouilla dans tous les coins et recoins, gratta la neige de-ci de-là…sans succès…lorsque son nez gelé lui fit mal, que ses doigts furent engourdis (elle avait ôté ses moufles pour mieux trifouiller)….elle rentra tristement et s’installa auprès de son grand père près de la cheminée…
« Il ne faut pas baisser les bras Framboisine, les choses ne tombent pas toutes rôties dans le bec ! »
Et les jours suivants Framboisine poursuivit ses recherches…Mais la neige n’est pas éternelle…L’herbe verte apparue ainsi que les toutes premières fleurs…La petite fille ne se découragea pas : durant le printemps, l’été, l’automne elle explorait le jardin pour savoir où la Rose des Neige pourrait bien trouver refuge l’hiver prochain…
Et les saisons se succédèrent, ses bougies d’anniversaires devenaient de plus en plus nombreuses…Mais Framboisine ne se désespérait pas… « Cette année, sûr, je vais la découvrir »…
Oh, elle continuait à faire quelques sottises et bien malgré elle…Tout lui échappait des mains, elle n’avait qu’à toucher l’interrupteur et l’ampoule grillait…lorsqu’elle ouvrait les portes de la grande armoire, celles-ci se dégondaient…Si bien que son père la surnommait Attila, car là où Attila passe l’herbe trépasse…*
Framboisine, maintenant devenue une belle jeune fille, continua inlassablement à chercher la Rose des Neiges…sans jamais se décourager…
Et le temps passa, derrière elle se tenait le long chemin de sa vie, semé de bien de joies et bien de chagrins, mais elle avait toujours su redresser sa jolie frimousse, les yeux débordant d’espoir…
Et elle comprit bien plus tard, alors qu’à son tour elle était devenue grand-mère, que sans le savoir, elle avait depuis longtemps trouvé la Rose des Neiges, elle détenait la sagesse puisqu’elle avait toujours su garder espoir…
*Attila était le surnom que mon père m’avait donné…car…j’étais un peu comme Framboisine