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La légende du Saul Pleureur (partie 1)

Archangeas

Nouveau poète
Cette légende raconte l’histoire d’un simple pêcheur,
C’était un homme bon qui aimait de tout son cœur,
Mais un jour il du faire un choix,
La vie de mortel ou celle d’un roi.
Il préféra la vie avec sa bien-aimée,
Et en fut maudit pour l’éternité.

L’aurore perlait déjà à l’horizon quand il se réveilla,
Une main posée sur sa dulcinée, l’autre sur le drap.
Son odeur entêtante inondait la pièce,
Un parfum comme de l’or dont il avait l’ivresse.
La douce caresse de sa peau l’électrisait.
Elle était son soleil, sa chaleur lui suffisait.
Sa longue chevelure brune venait s’échouer jusqu’au bas de son dos,
Tels des serpents ébène entre des dunes de sable chaud.
Son visage délicat était paisible,
Elle voguait sur des mers inaccessibles.
Il connaissait par cœur le bleu tendre de ses yeux,
Ces saphirs scintillants à faire envier les dieux.
Ses fines lèvres qu’ils savaient douces comme la rose,
Frémissaient telle une fleur avant qu’elle n’éclose.
Ses formes généreuses se dessinaient telle une œuvre d’art,
Eclipsant même les cieux et le laissaient hagard.
Elle était si rayonnante dans sa nudité,
Une lumière dont il ne pouvait se passer.
Il l’embrassa une dernière fois sur le front,
Puis il rassembla sa canne et ses hameçons.
Il partit alors dans la course du soleil,
Sous les cris et les chants de la nature qui s’éveille.

Quand il arriva au lac, l’astre était à son apogée
Inondant de ses rayons la surface de marbre glacé.
Les eaux froides étaient complètement immobiles,
Insensibles au vent et au soleil qui brille.
Puis comme si le lac sortait de sa torpeur,
Des rides et des remouds apparurent en son cœur.
Une ombre étrange, semblait nager sous sa surface,
Vers le rocher où le pêcheur avait pris place.
Il reculait devant ce présage de malheur,
Quand une nymphe s’éleva dans toute sa splendeur.
Elle était la reine des rivières et des lacs,
Sublime déesse des mers à la peau nacre.
L’homme contempla ses courbes délicates,
Aux auréoles de désir écarlates,
Ses bras fuyants tels des roseaux,
Caressant l’air et clairs comme de l’eau.
Il écouta son doux murmure apaisant,
Le chant mélodieux de son corps virevoltant.
Sa chevelure ruisselait sur son dos en cascade,
Couronnée d’une fine tresse de nénuphars et d’algues.
Son regard était profond tel un puit sans fin,
Gai et triste, mélancolique des temps anciens.
En un sourire, sa bouche exquise lui murmurait l’amour,
Des promesses de plaisir pour un voyage sans retour.
« Approches toi et viens à moi », soupirait-elle.
« Approches toi et aimes moi, mon beau mortel.
Sois mon prince dans les abymes oubliés,
Et tu vivras, immortel, à mes côtés.
Oublies le soleil, sa chaleur, oublies le vent.
Je t’offre beautés et merveilles, sois mon amant.
Cependant, saches que si tu me trahies,
Si tu me trompes ou si tu t’enfuies.
Mon courroux sera comme la tempête qui balaie les mers,
Et tu pleureras à tout jamais entre ciel et terre.
Maintenant approches toi et viens à moi,
Oublies cette vie et deviens roi. »
Le pêcheur, tombé sous le charme, restait immobile,
Mais son cœur tel un phare, s’illuminait d’envie.
Il fit d’abord un premier pas, puis un second,
Mais il résistait de tout son être à la tentation.
Il pensait à sa femme aimante qui l’attendait,
A son âme maudite s’il s’avançait.
Peu à peu ses souvenirs passaient dans la brume,
Ne restait que la Naïade et ses cheveux d’écume.
L’eau montait lentement jusqu’à atteindre ses genoux.
Elle l’appelait, le suppliait, à le rendre fou.
Le soleil s’était éteint et plus rien ne comptait,
Seuls ces yeux scintillants qui l’hypnotisaient.
La nymphe l’enlaça de ses bras glacés,
L’attira jusqu’en son sein, comme pour le bercer.
Elle était douce comme l’air qui brasse les océans,
Plus froide que la pierre et forte comme le diamant.
Elle avait pris son cœur et l’avait enfermé,
Dans ces profondeurs où elle voulait l’emmener.
Son étau se resserrait sur son corps inexorablement
Mais il la désirait plus que tout autre chose auparavant.
Il se pencha lentement jusqu’à l’embrasser,
Et goûta de ses lèvres son immortelle beauté.
Elle lui répondit violemment par un baisé fougueux,
L’inondant de plaisir et l’étouffant à petit feu.
Elle l’entrainait serré contre elle sous les flots,
Vers sa lointaine citadelle, vers son tombeau.
Des dernières chandelles de lumière s’éteignaient devant ses yeux,
Et le soleil disparaissait dans un halo ténébreux.
Il comprit enfin qu’elle l’emportait dans la mort,
Pour elle, il lui faudrait abandonner son corps.
Il sentit la vie le quitter quand elle lui prit la main,
Il vivait encore mais n’était plus un être humain.
Ses promesses et son chant l’avaient rendu inconscient.
Dès lors, il comprenait son erreur amèrement.
Ses souvenirs lui revinrent en un flash douloureux,
Sa femme, son amour, celle qui le rendait heureux.
Il vivrait avec ses remords pour l’éternité,
Car immortel il était, éternel damné.
 
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