La course effrénée
Comme sur la voie des spermatozoïdes
Nous devons être le plus rapide et le plus fort,
Il me semble bizarroïde
De courir effrénément vers la mort…
Durant tout le temps de l’enfance
Nous sommes bercés en ce sacerdoce,
Les serinant, les rabâchant sans négoce
L’on ressasse ces termes en outrance :
« Dépêche-toi de te lever
Tu vas être en retard à l’école
Presse toi ne sois pas si molle
Dépêche-toi de te préparer
Dépêche-toi de faire tes devoirs
Dépêche-toi de te laver
Dépêche-toi de ranger tes jouets
Dépêche-toi de te mouvoir
Dépêche-toi c’est l’heure de passer à table
Dépêche-toi de mâcher
Dépêche-toi d’avaler
Dépêche-toi et mets en ordre ton cartable
Dépêche toi il est déjà tard
Dépêche-toi d’aller faire pipi
Dépêche-toi d’aller au lit
Dépêche-toi de dire bonsoir
Dépêche-toi de te laver les dents
Dépêche-toi de dormir
Dépêche-toi d’obéir
Dépêche-toi sur le champ … »
Et toute la vie durant il faut se dépêcher,
S’accélérer, sprinter, aller plus vite
Comme si l’on devait prendre la fuite
Avec en let motif « se dépêcher de se dépêcher »,
Cette foule hirsute qui détale dans le métro,
Ceux qui gueulent dans les encombrements
« Je vais être à la bourre pour récupérer les enfants
Déjà ce matin j’ai été en retard au boulot »
Ils voudraient foncer, appuyer sur la pédale,
Alors ils se magnent tous le popotin,
A toute vitesse ils se bougent le train,
Ils filent, ils tracent sans aucune escale,
Ils se pressent et se bousculent dans les super marchés,
Ils s’agitent en maugréant aux caisses,
Ils se hâtent le feu aux fesses,
Le caddy empli de plats à réchauffer,
Ils partiront un jour à la recherche du temps perdu
Reniant ces courses folles à vouloir dépasser leur ombre
Mais il sera trop tard pour leur corps en décombre
Ils n’en prendront conscience qu’en leur déconvenue,
Prendre le temps de vivre, d’entendre, de voir,
Réfuter cette ruée infernale et infligée,
Prendre le temps de respirer, de calmement chevaucher,
Certes… l’on éviterait bien des déboires !