Voici la vie qui commence, Pour cette très récente naissance, Fille d'une vieille cruche allaitante Fatiguée et haletante Naquît une jeune et creuse cruche Qui voulait être appelée "Cruche", dur elle dû travailler Depuis très longtemps elle bûche Depuis qu'elle est nommée tasse Sans arrêts et sans relâche Elle s'atèle à cette dure tâche Aidée par tout bol qui passe. Elle aime tant donner la vie A de jeunes cruches, à des verres Qui eux aussi on l'envie De faire l'amour, non la guerre, De transmettre à leurs enfants "La vie c'est tant harassant" Vous vous briseriez par terre Aimez donc vos congénères. Elle créait ses descendants En changeant de partenaires, Elle aimait toutes sortes de verres. Dans tous les verres existants Tous potentiellement parents Ils lui semblaient tous bon pères Tout au moins extérieurement, Mais aucun de fît l'affaire. Elle en fit le serment Qu'on ne la ferait taire Qu'une fois mise sous terre. Sans son beau prince charmant Elle ne pourrait mourir Elle ne pourrait vivre Elle ne pourrait sourire Sans d'amour être ivre. Elle parcouru alors Le pays puis le monde Cherchant son bol d'or. Elle devenait immonde. Elle eût tellement d'enfants qu'elle ne les comptait plus. Elle n'espérais qu'une chose, le moment tant voulu. Son passé de jeune tasse étant bien révolu Elle s'abandonna au premier humain venu. A force de vieillir, au bout elle devint flasque D'alcool, ou remplie d'eau, pas remplie d'eau de source Pour la remplir, son maître devait vider sa bourse. Saoulée que ce soit son amour qui toujours casque, Se dit qu'une anse de vérité la sauverait Elle redevint une cruche pour la fin de sa vie Elle aimait tant cet humain mais elle le savait : Amour à sens unique est Amour interdit. Elle décida enfin, ne pouvant rien changer Cet amour absent ne pouvait que l'attrister Elle eût tellement d'enfants, tellement d'amants Elle les a tous brisés, elle le regrette maintenant. Elle aurait dû les garder ne pas les lâcher Car elle se sent trop nue lorsqu'elle est esseulée Elle ne peut qu'avancer sans retour c'est fini Elle n'aura pas goûter cette joie infinie. Voyant la mort, seule entourée de ses enfants Elle voulu être enterrée près de ses amants Car trop âgée pour trouver un amour vivant Elle voulut s'endormir près de leurs coeurs battants. Au fur et à mesure l'usure l’entamant Sa vie fût trop longue, elle n'attendait que l'instant Où partirait le monde, attendant qu'elle trépasse Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.