DJHTM
Nouveau poète
Mon nom est Chamaouni. Nous sommes le 8 février 2011, un mardi.
J’aime qu’on m’appelle Cham', c’est plus facile. Plus simple pour vous ! Mais pas pour moi.
Quand j’étais à l’école, je me souviens que beaucoup de mes profs m’appelaient Chamaouani. Si vous saviez ce que cela veut dire, je crois que vous comprendriez mon embarras. Ma côte auprès des filles est de 100 %, mais lorsque les profs m’appellent Chamaouani, c’est la chute libre dans les sondages, mais jamais en dessous des 25 % d'avis favorable!
Dans ma classe, chaque fois que je participe, tout le monde rigole. Avec un nom pareil, j’étais le clown de service. Parfois, en rentrant chez moi, je demandais à ma mère pourquoi m'avait-t-elle appelé Chamaouni? Elle me répondait d'un simple rire. Ce n'était pas la première fois que je lui posais la question, et ce n'était pas non plus la dernière fois qu'elle me riait au nez.
«Bass» comme on dit chez nous.
Un jour en me réveillant j’ai cru qu’on m’avait kidnappé, je ne sais pas pourquoi j’ai tout de suite pensé à ça. Peut-être, parce que la chambre ou j'étais me semblait complètement étrangère et il faisait sombre, chaud et un peu humide. Mes yeux scrutaient le plafond et les murs, je cherchais un objet, une image, ou une trace qui pourrait me dire ou je me trouvais.
Sur mon lit, j’entendais des gens parler, mais ne les voyais pas. Un bruit de voiture attira mon attention. Là, je crus que mes kidnappeurs avaient été découverts et qu’ils allaient se débarrasser de moi !
J’ai commencé à pleurer. Pour quelques minutes. J'étais perdu ! Je ne savais plus qui étais-je ni où étais-je. Puis, j’ai vu deux femmes habillées de la même façon: en vert ! C'était les aides-soignantes de l’hôpital. Tout proche de moi, j’ai entendu une voix familière, ma mère. Quel soulagement de l’entendre. Inutile de lui demander si je pouvais rentrer chez nous, à l’expression de son visage j’avais tout compris. Je ne sentais plus mes bras et mes jambes. Mais je n’ai rien dit pour ne pas la faire souffrir. Voir ma mère pleurer m'était insupportable. Je ne voulais pas lui toucher un mot, car elle avait déjà beaucoup souffert.
Quelques jours à peine, après l'accident, j'étais toujours hospitalisé. Je me souviens de ce matin où cette femme en blouse blanche a dit à ma mère que je ne pourrai plus marcher. J'ai tout entendu, car je faisais semblant de dormir. Les secondes qui suivaient, J’avais vraiment pris conscience de la gravité de mon état. Je n’ai pu empêcher les larmes de glisser sur mes joues. Ma mère m'entendait pleurer sur mon lit. Elle essaya de me calmer, mais la douleur était si grande que je pleurais toujours.
A cet instant une question m'envahit: « si c’est comme ça, pourquoi suis-je encore en vie? J’aurai du y rester. » A vrai-dire j'étais perdu, je ne me voyais pas comme ça, invalide, mais quand j’ai vu ma mère pleurer à son tour, sa propre douleur m'a conquis ! c’est à ce moment, à ces secondes que j’ai arrêté de pleurer. Je me suis juré de ne plus laisser une goutte de larme atteindre, cheminer mes bajoues. Je me suis dit « quoi que la vie me réserve, je serais toujours partant. »
Quelques instant après, je souris en dédiant une pensée à cette fille qui m’a manqué pendant les vacances et à mes amis que j’ai hâte de revoir.
Après un mois d'hospitalisation, je devais partir à l'île de la Réunion, mais seul. Ma mère ne pouvait pas venir et je ne voulais pas qu’elle m’accompagne. Je me rappelle ses absences quand elle partait en voyage comment c’était difficile. Alors c'était très important pour moi qu'elle retrouve mes frères, parce que je pensais qu’ils auraient beaucoup plus besoin d’elle que moi et j'avais l'intime conviction que je pouvais me débrouiller seul.
J’aurai voulu que cela se passe autrement que de prendre l’avion pour la première fois en position allongée... je n’ai jamais eu confiance en cet appareil et à l’intérieur j’avais l’impression d’être comprimé dans une boite ou l’air manquait à certains endroits.
En atterrissant j’étais soulagé, heureux, mais perdu, parce que tout était tellement différent de chez moi. Les maisons en terre couvertes de feuilles de cocotier et les routes parsemées de trous. Alors que devant mes yeux, les maisons avaient toutes presque les mêmes couleurs, blanches et violettes, avec la vitesse de la voiture j’avais l’impression d’avoir appuyé sur la touche REPEAT d’une télécommande pour remettre les images en arrière. Les routes étaient lisses. Que ça faisait drôle de ne pas ressentir la moindre secousse de la voiture m’indiquant que les pneus s'étaient égarés dans les trous.
L'accueil que l'on m'a fait, arrivé au Centre de Rééducation du Tampon de la Réunion m'a permis de me sentir plus à l'aise. Je ne connaissais personne. Je voyais ces gens que pour la première fois et pourtant, je me sentais en confiance. Je parlais beaucoup, et ils m'écoutaient. Nous plaisantions tout le temps. Cela permettait d'oublier pourquoi nous étions dans un centre de rééducation.
Ma famille et mes amis me téléphonaient. Cela réchauffait mon cœur.
Je suis resté des mois dans un lit. Le soleil me manquait. Je voyais seulement dehors lorsque ma porte de chambre s’ouvrait.
Á force, j'étais devenu fan de voir ces petits oiseaux qui venaient ramasser des petites choses devant ma porte. Ils étaient tachetés de couleur blanche et chocolat. Ce qui m’impressionnait chez eux, c’était leur rapidité. Peut-être était-ce à cause de leurs petites tailles qu’ils étaient si rapides! Je ne sais pas !
De ma chambre, j’entendais un bruit de moteur de voiture qui passait dans la rue d’à côté. J’entendais aussi les voix de gens, ils discutaient, rigolaient et leur joie m’attirait. J’essayais de mieux les écouter, en avançant légèrement la tête et les épaules, peut-être je comprendrai le sens de leurs conversations et aussi je pourrai en rire.
Cela faisait quatre à cinq mois que j'étais resté alité. Parfois je sortais, certes en position allongée, je ne voyais pas grand-chose, mais cela me suffisait.
Un après-midi le docteur est venu m’annoncer que j’allais bientôt partir et je pouvais enfin m’asseoir sur mon fauteuil roulant. Le lendemain matin, j'étais assis sur mon siège et débarrassé de mes poids. Je profitais de cet instant. Comme pour me souhaiter la bienvenue, le vent était venu souffler sur ma nuque. Il semblait vouloir m'encourager à me battre encore plus. Il semblait aussi m'insuffler que la vie était là, avec son cortège d'instants à saisir.
Profitez !
Soleil ami et ennemi, toi qui me fais envie, je veux te sentir contre ma peau chaque matin, ravagé par ce froid qui profite de ton absence pour me remettre à ma place.
Dans ce voyage loin de chez moi et loin des miens, j’ai rencontré des personnes géniales qui m'ont permis d’avancer, sans baisser la tête.
Chaque fois que j’avais une occasion, je sortais dehors pour regarder l’éparpillement de la lumière du soleil au contact des fleurs. Le spectacle était tellement merveilleux qu’il m’arrivait parfois d’être trompé par sa beauté. De loin j’apercevais quelque chose qui brillait entre des fleurs, je m’avançais tout fasciné en imaginant que c’était peut-être un diamant, un cristal, mais après un coup d’œil de prés, ce n’était qu’une goutte d’eau traversée par la lumière du soleil.
Le matin de mon départ, l’impatience me pris en otage et mes yeux se perdaient sur l’horloge de ma chambre, 5h : 30. J'étais content de pouvoir partir, parce que ma famille me manquait beaucoup et ça faisait un moment que j'étais à la Réunion, dans le centre de rééducation du Tampon. Mais l’anxiété me gagnait, me possédait, car la peur de ne pas être compris, m’envahissait ! la fille que j’ai abordé un de ces soirs, lui volerai-je encore un sourire. Ou laissera-t-elle le préjugé condamner mon apparence. Lui, qui est le reflet de l’ignorance.
Chez moi, ils m’ont tous vu grandir, cependant accepteront-ils ce que je suis devenu et comprendront-ils que la faute n’est pas mienne, mais juste l’œuvre de la vie. Ces questions défilaient dans ma tête, sans une destination précise, elles flottaient devant mes yeux.
Ici, je ne me sentais pas diffèrent et on ne me jugeait pas. Je discutais et plaisantais une dernière fois avec les aides-soignantes et les infirmiers du centre. Derrières mes rires, se cachait un sentiment de tristesse. Le présent et l’après se confrontaient. Je laissais une partie de moi-même dans cette chambre qui était devenue mon nouveau foyer d’adoption. Dans ce centre de rééducation je n’étais pas dans un milieu hospitalier, mais, chez-moi. Mes amis me manquaient déjà. Pourquoi je n’osais pas leur dire l’intensité de mes sentiments ?
Dans l’avion j’ai pu apercevoir ma chère île. Elle qui vient souvent s’échouer dans mes rêves en me témoignant toute sa splendeur. Jadis, quand je voyais son visage sur une photographie, je restais indifférent. Mais là, je suis sidéré par son charme et je voyais que je n'étais pas le seul. D’autres passagers qui se trouvaient devant moi prenaient quelques clichés de photo.
En sortant de l’appareil le soleil frappait sur mon front et j’avais l’impression que je m'étais trompé de porte. Les gens me regardaient, me dévisageaient ; j’avais le sentiment d’être une bête de foire. Les expressions sur ces visages (un froncement du front ou des sourcils) me faisaient ressentir de la gêne. Plus loin en face de moi, j’entendais des personnes parler et rigoler. Dans ma tête une question cruelle se posait : Parlaient-ils de moi ou se moquaient-ils ? En partant de la Réunion j’étais accompagné d’une femme qui devait veiller à ce que le voyage se passe bien. Malgré le fait que l’on venait de se rencontrer le courant était bien passé entre nous dès le premier contact. Nous n’avons jamais cessé de partager des conversations et ce partage me distrayait par rapport aux yeux inconnus qui me déshabillaient.
C’était la première fois depuis mon accident que j'étais confronté à cette situation. Je pensais à ma famille, à toute cette joie que j'allais éprouver. Ces pensées me donnaient la force de m’accrocher, sans l’apercevoir, ni le comprendre, ces moments de joie que j’ai pu partager à la Réunion avaient forgé mon cœur qui pouvait désormais s’allier avec l’espoir. Il était là cet espoir, dans chaque rire, dans chaque geste, cette lumière était là. Elle qui illumine l’âme de chaque homme quand l’ombre et le brouillard siège dans son cœur. Dans les secondes qui suivirent, mon cœur confondait vitesse et palpitation. Je sentais les traits de mes joues s’étirer et nous passions à côté d’une voiture, je voyais un léger sourire qui se dessinait sur mon visage sur l’une des vitres de la portière du véhicule. J’ai compris que je venais de remporter mon premier combat. Sans que la femme qui m’accompagne ne s’aperçoive de quelque chose, j’étais soldat. Convoqué au front, je devais me battre, sans arme, ni envie de meurtre, je devais me battre contre moi-même. Car la peur et l’incertitude gagnaient du terrain et j’ai pu penser « Qu'est-ce que je fou ici ! » ces mots qui viennent d’être inscrit dans mon esprit ne sont guère le résultat de ma volonté, mais celui de la déception. Mais heureusement la prise de conscience m’a fait comprendre que je suis un soldat. Un soldat, il avance, malgré qu’une balle vienne se loger dans son corps, il avance.
Cette victoire me laissait sur mes gardes, parce que je savais que la guerre n’était pas terminée, elle venait juste d’être déclarée. Les jours à venir je serai convoqué pour une autre bataille, parce que la déception, l’ennui et la tromperie font partie de la vie d’un homme. Nous rejoignions la voiture qui devait nous ramener vers la grande terre et j'étais toujours perdu dans mes pensées. Arrivé au CHM (centre hospitalier de Mayotte), problème. Il n’y avait aucun transport pour me ramener chez moi. Dans la voiture il faisait tellement chaud que la chaleur gagnait en intensité. Je sentais mes mains comme une brûlure après une piqûre d’abeille. La chaleur enveloppait mon corps. Je sentais mes doigts enfler, gonfler, augmenter de volume. Je soufflais pour faire baisser la température de mon corps. Scientifiquement parlant, je ne sais pas si c’était possible, mais ça me soulageait. Finalement, la voiture qui m’avait ramené de l’aéroport était celle qui me conduisit chez moi. Derrière les discussions du chauffeur Je n’avais qu’une seule envie, celle d’être chez moi. Entendre rire mes frères, voir mon père et ma mère. Avant que le soleil ne se couche et que l’horizon se peigne de couleurs orangées, j'étais arrivé à mon domicile.
C’est la première fois que je voyais mes frères, ma petite sœur et mes amis après ces longs mois d’hospitalisation. Je ne voyais pas ma mère, je tournais la tête, de droite à gauche, de gauche à droite, pour la caresser du regard, partager cette joie qui s’éparpillait en moi avec elle, mais je ne la voyais pas. Je sortis de la voiture et je la vis toute souriante. On me ramenait chez moi, j’apprenais avec joie que j'allais habiter dans l’ancienne maison au toit en tôle et mes parents habiteraient dans celle qui est la plus moderne avec un toit en béton. C’est drôle la vie ! moi qui ne voulais plus habiter chez ma mère et mon père parce que le week-end on nous réveillait très tôt pour partir à la campagne, aujourd’hui je suis content de retrouver cette maison et ravie de venir vivre ici !
Dans ma chambre se trouvait un lit, une télé qui était au-dessus d’une table en face de moi et un canapé. Je trouvais qu’elle était un peu vide, mais ça irait.
Mes yeux et ceux de mes frangins se croisèrent, sans un mot nous nous souriions, et, puis je décelais ce lien, cette joie qui fait la force, l’entente et la complicité de notre famille. Cette complicité était là et je savais que cette toile qui caractérisait notre lien allait se tisser encore bien plus fort que les années précédentes.
J'étais sur mon lit, lui qui serait bientôt mon complice et le témoin de mon évolution. Je sentis la fatigue s’accrocher sur mes yeux et j’avais les paupières qui se fermaient toutes seules. Sans la moindre goutte de vin, j’avais la sensation d’être ivre, ma tête tournait, j’avais mal à la nuque et avais des maux de tête. Je m’allongeais pour m’acquitter de ces événements. Le confort de mon lit m’encouragea à poser ma tête sur le matelas n'était-ce qu’une seconde, une minute. Mes frères me laissèrent me reposer et je m’endormis paisiblement.
Le matin mes frères se levèrent pour partir à l’école et je restais tout seul à la maison. Des heures passèrent sans que je n’eus rien à faire. Mon regard se figeait sur la fenêtre de ma chambre. A travers elle j’apercevais des cocotiers et des manguiers, leurs feuilles bougeaient de la droite vers la gauche en me donnant l’impression qu’elles dansaient avec le vent. Je cherchais quelque chose, une image qui pourrait convaincre mon esprit de ne pas choisir l’ennui comme réconfort. Et je n’avais que la vue de la nature qui s’offrait à moi. À mesure que les jours défilaient, j’avais le sentiment d’avoir gagné quelque chose. Mes yeux n'étaient plus esclaves de mon égocentrisme; ils admiraient les spectacles de la vie. Le ciel était nu, d’un bleu profond, couvert à certains endroits de nuages en forme de fumée qui se déplace. J’apercevais un sac en plastique poussé par le vent vers le ciel, il montait de plus en plus haut et disparaissait de mon champ de vision. Je penchais la tête, levais les yeux pour suivre son voyage, mais les murs et le toit de ma maison m’en empêchaient. Cependant je souriais, comme pour remercier cette nouvelle sensibilité qui apportait un peu de couleur à mon cœur, et m'avait fait comprendre que la vie ne tenait qu’à un fil, et qu’une seconde, un souffle vaut bien plus qu’on ne le croit.
Je me souviens quand j’étais à l’hôpital, ma mère m’avait parlé d’un ordinateur (EEDY) qu’elle avait acheté. Comme la vie est bien faite ! grâce à cet ordinateur, le temps ne me paraîtrait plus aussi long, les heures ne sembleraient plus tricher. Je passais des heures, des jours devant le PC. Je découvrais cette chose, cette machine. En un clic j’écoutais de la musique, en un clic je surfais sur internet.
La musique était devenue mon amie, ma passion et ma confidente. Avec elle, je faisais mes premier pas, non avec mes jambes, mais avec mon esprit. C’est en elle que je puisais mes forces, en elle que je trouvais la volonté d’avancer….
La musique est un langage dont seul mon cœur connaît le dialecte. Un simple morceau me permettait de découvrir ce monde où les images prennent vie, se dessinent dans ma tête et dont la liberté n’a point d’égale. Quand il m’arrivait d’avoir de la peine, je laissais mon cœur glisser sur ses morceaux. La musique enlève les taches qui s'accrochent à nos cœurs. Pendant ces quelques instants mon âme quittait cette terre, ce corps inerte.
En l’écoutant chaque jour mon esprit devenait plus ouvert, je commençais à me poser des questions sur la vie, sur l’homme.
Ces questions que je découvrais, ne suscitaient aucune attention de ma part, bien avant mon accident.
Doit-on croire à une vie après la mort, au paradis et à l’enfer? Je ne sais pas, mais j’ai pris le parti d’y croire et d'espérer. Je n’ai que l’espoir qui me permet d’avancer.
Des idées, des pensées qui n’avaient guère d’importance auparavant, me hantent aujourd’hui. Elles me hantent car, quand on a connu le chaos, les points d’interrogation sans réponses se multiplient.
Ces voyages au plus profond de mon âme m’ont permis de trouver une sérénité en moi. Quand j’ai mal ou quand j’ai de la fièvre, j’écoute de la musique et je joue à la PlayStation pour tromper la douleur, mais je sens la peur. Elle est là, elle m’observe, elle se cache, comme un prédateur qui guette sa proie. Elle espère un mouvement de frustration, un regard de désespoir pour me dévorer.
Pour pouvoir avancer mon cœur aussi s’est mis au rythme de ses propres chansons. Il a choisi la transparence pour ne pas être la destination des bêtises.
Aujourd'hui la musique est pour moi comme une drogue, la seule différence avec une drogue dure, est que je ne ferais jamais d’overdose.
Tout parait simple, mais rien ne l’est dans ce monde ou notre pire ennemi est peut-être nous-même. La musique me donne envie d’écrire tout ce qui se passe dans ma tête. Quand mon cœur est fiévreux la musique est mon seul remède.
L’internet calme mon envie d’ailleurs. Il apaise mon désir de marcher, fouler le sol, ressentir l’herbe, la terre sèche ou trempée sous mes pieds.
Avec internet je rentre dans une autre sphère, depuis ma chambre j’ai accès à toutes les informations qui m’intéressent : sportives, économiques, éducatives. En un clic je peux être à Paris, Londres, ou encore Washington.
L’internet occupe mon esprit. Je suis concentré sur ces pages que j’ouvre en un clic et je ne sens plus la lourdeur du temps. Je regarde l’heure, il est 13h : 30, j’ouvre d’autres pages, il est déjà 14h :55. Les heures me paraissent aller plus vite que d’habitude. En sortant de l’école mes frères viennent me retrouver devant l’ordinateur. Au bord de l’épuisement, je leur laisse la place pour me reposer.
J’ai le sentiment que ma vie est un cercle. Les jours et les mois passent sans que mes habitudes ne changent. Assis face à l’ordinateur, j’écoute de la musique pour m'évader, rêvasser, voir au-delà de l’esprit, me sentir aussi vaste que l’univers. Mais la musique n’est plus passion, elle est devenue un messager muet qui m’empêche de plonger la tête dans le rêve éveillé. Égaré, je surf sur internet en espérant qu’il attise l’envie qui est en moi de continuer, mais l’euphorie qui comblait mon cœur a laissé place à la lassitude. Elle, qui me donnait la force de me lever chaque matin. Elle qui me donnait l’impression que durant le temps passé sur l’ordinateur, j’accomplissais quelque chose. Et, cette chose me rendait existant, car dans ce monde chaque homme a besoin de se sentir exister, utile. Je clique sur une page pour enflammer ma curiosité, mais les braises de l’envie sont restées froides. L’internet n’est plus une délivrance, bien qu’il offre plusieurs possibilités pour se jouer de l’ennui. Les yeux dans le vide, il ne me reste que le silence et les questions qu’il laisse échapper derrière lui: « as-tu déjà pensé à ton avenir? » « Mon…av…, mon…, mon avenir », balbutié-ai-je à voix basse.
J’ai baissé les yeux. Sans que personne ne me soit témoin. J’ai baissé les yeux !
Mon pousse gauche entre les dents, j’essayais de répondre à cette question, mais aucune réponse ne s’invitait à moi.
Après quelques recherches, je me suis inscrit au CNED pour des cours par correspondance en classe de 4éme (2009-2010) et de 3éme (2010-2011).
Les 3 années sans scolarisation m’avaient donné des lacunes qui se voyaient sur chaque texte et poème que j’écrivais. Lorsque j’ai de nouveau étudié, je ne me réveillais plus avec un trou dans la poitrine, ni avec un poids dans le cœur. A présent j’avais un but et un objectif atteindre.
L’année 2011-2012 fut très difficile. Mon inscription a été retardée. Problème d’argent ! L’année dernière (2010-2011) était super, je m'étais inscrit aussi au concours Eve qu’organisait le CNED sur l’atelier Web- collège. L’écrivain Yaël Hassan avait écrit un début d’histoire et nous devions terminer la suite. Après mon accident, j’ai remarqué que je pouvais dessiner avec mes mots. Un sourire naissait derrière des syllabes, un visage prenait forme derrière la sincérité de mes lettres. Mes textes de réflexion et mes poèmes ne me satisfaisaient plus, alors j’ai décidé de participer à cette course. Je voulais savoir ce que je valais. Savoir jusqu’où je pouvais aller. C’était très important pour moi parce que j’avais besoin de reconquérir ma confiance en moi. Cette confiance n’osait plus s’agripper à mes mains. Parfois, quand-il arrivait quelque chose je croyais que c’était ma faute. J’acceptais alors la discrimination et les insultes. Je ressentais la supériorité de celui qui était devant moi. La confiance perdue, je tournais le dos à mes capacités d'apprendre. La peur de ne pas y arriver! La peur de se tromper sclérosait mes efforts. Mais c’était sans compter sur la vie, le quotidien qui invitaient à m’interroger « pourquoi pas moi ? » L’envie faisait petit à petit son apparition. Elle attisait de plus en plus mon ambition. La curiosité s’emparait de mon corps, que je touchais ou regardais. Mes mouvements devenaient plus justes. Le premier paragraphe fini, mon cœur se sentait pousser des ailes. La naissance de ces personnages lui donnaient l’impression de danser au-dessus de la liberté. Les choses étaient plus faciles, mais ma lenteur rendait tout cela difficile. J’étais toujours en retard pour rendre mes devoirs. J’imaginais les autres élèves courir comme des lièvres et moi je glissais comme un escargot. Pour ne pas déclarer forfait, je décidais d’adopter une autre stratégie. Je dormais l’après-midi, car il faisait très chaud. Mes mains pesaient deux fois leur poids, ma tête nageait dans la fatigue, mon nez se bouchait, ma poitrine se gonflait et me donnait qu’une seul envie celle de rester sans rien faire. La nuit était plus douce, calme, pas le moindre bruit. Je nageais dans l’imagination.
Plus j’avançais, plus ça me plaisait! Le matin je demandais aux infirmiers et aux kinés de me prêter un peu de leurs connaissances. Ils regardaient si les choses que j’avais écrites étaient cohérentes ou s’il y avait des fautes. Malgré que mes idées affluaient comme les pluies de l’Amazonie, je savais qu’il y avait un problème. Depuis que j’avais fait mes premiers pas vers l’école, j’étais toujours en conflit avec les fautes de grammaire. Dictée zéro, expression écrite hors sujet. Mais cette épreuve m’a tellement séduite que la peur que mon encre se perde dans l’étourderie m’était complètement égal. En arrivant à la fin du récit, je voulais encore continuer, mais la raison m’avait fait part de son avis. J’ai envoyé mon texte. On ne l’avait pas encore corrigé, mais j’avais compris que c’était déjà une victoire. La preuve, elle était devant mes yeux. Je pouvais servir encore à quelque chose !
Quelques mois après j’avais eu les résultats. Je n’ai pas remporté l’épreuve, mais l’écrivain Yaël Hassan m’a écrit une appréciation « J’ai été vivement impressionnée par le foisonnement d’idées et la manière aussi rythmée que trépidante dont tu mènes l’aventure.»
M. Claude Schwab m’a écrit aussi une autre appréciation. Mon cœur fut tellement intimidé que j’ignorais ma joie. Je lus trois fois le texte pour être sûr qu’il m’était bien destiné. Mes yeux ont chevauchés la feuille jusqu’à son début, c’était bien mon nom qui était écrit. Je sentais quelque chose traverser mon corps. Aucun cri, aucune joie n’emprunta ma bouche. Mon visage se maquilla d’un bref sourire, pour témoigner cette joie que je ne pus conjuguer.
Pendant les vacances je m’impatientais de reprendre les cours, pour pouvoir participer à une autre épreuve. Mais avant toute chose il fallait me préparer, progresser pour ne plus être dupé par l’inadvertance. Je n’avais pas l’habitude de lire. Quand j’ouvrais un livre c’était surtout pour regarder les images. Même si parfois (je l’avoue !), au CDI du collège, pour ne pas avoir l’air idiot, je prenais un bouquin, je l’ouvrai et je riais derrière comme si je comprenais ce qui se tramait. Cependant l’épreuve m’a fait comprendre que j’étais à nouveau en-dessous et je n’étais pas fier. M. Claude Schwab et mon correcteur m’avaient déjà conseillé de feuilleter des livres. J’avais lu à l’occasion Chante Louna écrit par Paule du bouchet. C’était elle qui avait su me séduire. La lecture ne se heurtait plus sur mes dents, mais elle glissait dans ma bouche comme du miel.
Ces heures passées devant mon ordinateur me fatiguaient et je commençais à me lasser. Mais quelque chose attira mon attention, le souffle du vent apaisait mon corps étouffé par la chaleur. J’éteignis mon climatiseur, je préférais avoir chaud et apercevoir dehors. Même si le soleil n’embrassait pas ma peau, la vue, elle me montrait combien la vie était belle. Pour tromper cette nonchalance, je plongeais ma tête dans le rêve éveillé. J’imaginais cette rivière, cet endroit ou l’eau s’adoucit. Le soleil la frôlait à sa surface mettant à nue sa profondeur. Une voix se dispersait au plus profond de moi. Ces mots furent si aisés que mes syllabes se noyaient dans l’analphabétisme. Cette atmosphère me convainc de me laisser tomber dans l’assoupissement.
Le soir j’essayais de réviser mes cours, mais un malaise me priva de mes moyens. Je demandais à ma mère de me passer mon PC, mais elle me répéta qu’il fallait que je me repose. Je tentais encore ma chance, mais elle resta sur sa position. Mon petit frère Saïdina passant dans les parages, je lui suggérais de me le donner, il me répondit de dormir. Je montais un peu ma voix, il me ria au nez. Ma mère, qui n’était pas distancée par notre conversation, rigolait aussi. La soirée se termina devant la télé.
Je me levais à 5h du matin pour travailler. Je regardais mon emploi du temps, mon retard s’accroissait chaque fois que je m’arrêtais en chemin. Comme un sportif je m’affaiblissais à cause de mes blessures, mais je ne pouvais pas m’empêcher de sourire ! C’est peut être ça le secret de ma force.
Mes yeux s’égaraient sur ce ciel bleu caché par les nuages. J’espérais qu’il me conterait une image qui pourrait amadouer l’inspiration qui cheminerait vers mon encre.
Les heures défilaient en file indienne, mais aucune idée ne voulut me prêter son attention. La résignation s’emparait de moi et je ne savais plus s’il fallait continuer ou abandonner. Je pensais que j’avais mérité deux heures de vacances dans le monde de tous les possibles : le sommeil. Je pris mon casque pour écouter de la musique et m’enfuir.
En demi-sommeil, je comptais les bonnes et mauvaises actions que j’avais faites. Sans savoir le lieu de ma destination, les images tombaient devant mes yeux comme les feuilles d’un arbre vaincu par le temps.
Une idée imprécise venait perturber ma quiétude. Une image s’échouait lourdement sur mon cœur. Son poids m’invitait à m’interroger sur sa lourdeur. Je plongeais donc dans le passé pour comprendre et m’acquitter de cette pesanteur. La gorge sèche, je sentis des gouttes de sueur cheminer sur mon corps. Le rideau immobile, le vent ne traversait plus ma fenêtre ouverte. Sa brise ignorait mon corps et ma peau devint de plus en plus humide.
Soudain, une voix me réveilla. C’était ma mère ! Elle resta inerte sans bouger ni paupières ni sourcils. Ses yeux se fixèrent dans les miens. Son attitude me poussa à croire qu’elle sut ou j’étais. Intimidé, je la laissais parler, mais au fil de notre discussion je m’aperçus qu’elle l’ignorait. L’échange entre nous terminé, ma mère s’éloigna à petit pas de moi et je regagnais mon histoire où ma poitrine était en surcharge.
Je pense à ce soir où je n'avais pas encore franchi « l'autre porte », et où j’ai su lui avouer que mon cœur ne battait que pour son nom. Qu’il ne conjuguait le mot repos que quand-elle lui prêtait un regard. Mais hélas elle ne voulait pas encore de compagnon. « Peut-être que je me suis précipité ? » me disais-je. Ou peut-être que j’ai mal fait ? Mais aucune remise en question ne peut adoucir ma chute. « On peut être amis » disait-elle. Je lui répondis « oui », car c’était le seul mot qui pouvait glisser sur ma langue en pleine perdition. J’ai quitté cette scène où deux acteurs jouaient les rôles de « l’aimé et du mal aimé ». La rue était plus dure, aride sous mes pieds. Le ciel et les étoiles avaient su se taire.
Le matin à l’école j’essayais de décrypter chaque regard, comprendre chaque sourire. La peur qu’elle confia à quelqu’un mes intentions de hier soir, me nouait de la tête jusqu’au cou. Chaque œil qui s’égarait sur le mien, chaque rire que j’entendais au loin mettaient à nu l’embarras dont s'était habillé mon cœur. L’envie de fuir, d’ailleurs me martyrisait seconde après seconde, mais je décidais de rester jusqu’au bout. Quand on sortit de cette classe, je compris qu’elle avait gardé ça pour nous. Mon cœur se sentit libéré. Il oubliait ses chaînes qui lui rendaient l’avenir incertain. Deux nuits passèrent sans que ne lui apparaisse un autre chant du destin.
Quand je la croisais ma langue se mouillait, mais le doute de ne pas être entendu encore une fois amarrait mes lèvres. C’est à ce moment-là que j'appris à jouer le double jeu. À l’extérieur mes yeux, ma bouche l’ignoraient, mais au plus profond de moi, mon cœur se noyait. Il se noyait, car elle lui avait volé sans vouloir son identité. Il n'était plus lui-même depuis elle. J’ai su par des ouï-dire que son affection était pour quelqu’un d’autre. Pour ne pas être un obstacle, j’ai confondu le coucher du soleil à un trésor. Dans la foulée je suis devenu un pirate. Capitaine d’un bateau sans équipage, mais capitaine quand même.
Dans un rêve lointain, il m’arrive d’écrire un autre chapitre. Mais le réveil m’oblige à devenir un observateur sur cette séquence. Les images s’effacent au fil des secondes. J’essaye de les retenir, les graver pour mon prochain séjour, mais elles se dispersent aux quatre coins de mon cerveau.
Je perds son sourire. Il s’éparpille comme les petits morceaux d’un miroir cassé. Son visage se maquille d’un air ancien à l’exemple d’une veille photo en noir et blanc. Alors que la douceur de ses lèvres reste encore fraîche sur les miennes.
On dit qu’il arrive un moment où il faut savoir sauter d’un pont. Moi je n’ai pas su le faire. Je suis resté sur le quai. Sans billet, ni valise, je suis resté. Je sais où je dois aller, mais l’adresse est incertaine.
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J’aime qu’on m’appelle Cham', c’est plus facile. Plus simple pour vous ! Mais pas pour moi.
Quand j’étais à l’école, je me souviens que beaucoup de mes profs m’appelaient Chamaouani. Si vous saviez ce que cela veut dire, je crois que vous comprendriez mon embarras. Ma côte auprès des filles est de 100 %, mais lorsque les profs m’appellent Chamaouani, c’est la chute libre dans les sondages, mais jamais en dessous des 25 % d'avis favorable!
Dans ma classe, chaque fois que je participe, tout le monde rigole. Avec un nom pareil, j’étais le clown de service. Parfois, en rentrant chez moi, je demandais à ma mère pourquoi m'avait-t-elle appelé Chamaouni? Elle me répondait d'un simple rire. Ce n'était pas la première fois que je lui posais la question, et ce n'était pas non plus la dernière fois qu'elle me riait au nez.
«Bass» comme on dit chez nous.
Un jour en me réveillant j’ai cru qu’on m’avait kidnappé, je ne sais pas pourquoi j’ai tout de suite pensé à ça. Peut-être, parce que la chambre ou j'étais me semblait complètement étrangère et il faisait sombre, chaud et un peu humide. Mes yeux scrutaient le plafond et les murs, je cherchais un objet, une image, ou une trace qui pourrait me dire ou je me trouvais.
Sur mon lit, j’entendais des gens parler, mais ne les voyais pas. Un bruit de voiture attira mon attention. Là, je crus que mes kidnappeurs avaient été découverts et qu’ils allaient se débarrasser de moi !
J’ai commencé à pleurer. Pour quelques minutes. J'étais perdu ! Je ne savais plus qui étais-je ni où étais-je. Puis, j’ai vu deux femmes habillées de la même façon: en vert ! C'était les aides-soignantes de l’hôpital. Tout proche de moi, j’ai entendu une voix familière, ma mère. Quel soulagement de l’entendre. Inutile de lui demander si je pouvais rentrer chez nous, à l’expression de son visage j’avais tout compris. Je ne sentais plus mes bras et mes jambes. Mais je n’ai rien dit pour ne pas la faire souffrir. Voir ma mère pleurer m'était insupportable. Je ne voulais pas lui toucher un mot, car elle avait déjà beaucoup souffert.
Quelques jours à peine, après l'accident, j'étais toujours hospitalisé. Je me souviens de ce matin où cette femme en blouse blanche a dit à ma mère que je ne pourrai plus marcher. J'ai tout entendu, car je faisais semblant de dormir. Les secondes qui suivaient, J’avais vraiment pris conscience de la gravité de mon état. Je n’ai pu empêcher les larmes de glisser sur mes joues. Ma mère m'entendait pleurer sur mon lit. Elle essaya de me calmer, mais la douleur était si grande que je pleurais toujours.
A cet instant une question m'envahit: « si c’est comme ça, pourquoi suis-je encore en vie? J’aurai du y rester. » A vrai-dire j'étais perdu, je ne me voyais pas comme ça, invalide, mais quand j’ai vu ma mère pleurer à son tour, sa propre douleur m'a conquis ! c’est à ce moment, à ces secondes que j’ai arrêté de pleurer. Je me suis juré de ne plus laisser une goutte de larme atteindre, cheminer mes bajoues. Je me suis dit « quoi que la vie me réserve, je serais toujours partant. »
Quelques instant après, je souris en dédiant une pensée à cette fille qui m’a manqué pendant les vacances et à mes amis que j’ai hâte de revoir.
Après un mois d'hospitalisation, je devais partir à l'île de la Réunion, mais seul. Ma mère ne pouvait pas venir et je ne voulais pas qu’elle m’accompagne. Je me rappelle ses absences quand elle partait en voyage comment c’était difficile. Alors c'était très important pour moi qu'elle retrouve mes frères, parce que je pensais qu’ils auraient beaucoup plus besoin d’elle que moi et j'avais l'intime conviction que je pouvais me débrouiller seul.
J’aurai voulu que cela se passe autrement que de prendre l’avion pour la première fois en position allongée... je n’ai jamais eu confiance en cet appareil et à l’intérieur j’avais l’impression d’être comprimé dans une boite ou l’air manquait à certains endroits.
En atterrissant j’étais soulagé, heureux, mais perdu, parce que tout était tellement différent de chez moi. Les maisons en terre couvertes de feuilles de cocotier et les routes parsemées de trous. Alors que devant mes yeux, les maisons avaient toutes presque les mêmes couleurs, blanches et violettes, avec la vitesse de la voiture j’avais l’impression d’avoir appuyé sur la touche REPEAT d’une télécommande pour remettre les images en arrière. Les routes étaient lisses. Que ça faisait drôle de ne pas ressentir la moindre secousse de la voiture m’indiquant que les pneus s'étaient égarés dans les trous.
L'accueil que l'on m'a fait, arrivé au Centre de Rééducation du Tampon de la Réunion m'a permis de me sentir plus à l'aise. Je ne connaissais personne. Je voyais ces gens que pour la première fois et pourtant, je me sentais en confiance. Je parlais beaucoup, et ils m'écoutaient. Nous plaisantions tout le temps. Cela permettait d'oublier pourquoi nous étions dans un centre de rééducation.
Ma famille et mes amis me téléphonaient. Cela réchauffait mon cœur.
Je suis resté des mois dans un lit. Le soleil me manquait. Je voyais seulement dehors lorsque ma porte de chambre s’ouvrait.
Á force, j'étais devenu fan de voir ces petits oiseaux qui venaient ramasser des petites choses devant ma porte. Ils étaient tachetés de couleur blanche et chocolat. Ce qui m’impressionnait chez eux, c’était leur rapidité. Peut-être était-ce à cause de leurs petites tailles qu’ils étaient si rapides! Je ne sais pas !
De ma chambre, j’entendais un bruit de moteur de voiture qui passait dans la rue d’à côté. J’entendais aussi les voix de gens, ils discutaient, rigolaient et leur joie m’attirait. J’essayais de mieux les écouter, en avançant légèrement la tête et les épaules, peut-être je comprendrai le sens de leurs conversations et aussi je pourrai en rire.
Cela faisait quatre à cinq mois que j'étais resté alité. Parfois je sortais, certes en position allongée, je ne voyais pas grand-chose, mais cela me suffisait.
Un après-midi le docteur est venu m’annoncer que j’allais bientôt partir et je pouvais enfin m’asseoir sur mon fauteuil roulant. Le lendemain matin, j'étais assis sur mon siège et débarrassé de mes poids. Je profitais de cet instant. Comme pour me souhaiter la bienvenue, le vent était venu souffler sur ma nuque. Il semblait vouloir m'encourager à me battre encore plus. Il semblait aussi m'insuffler que la vie était là, avec son cortège d'instants à saisir.
Profitez !
Soleil ami et ennemi, toi qui me fais envie, je veux te sentir contre ma peau chaque matin, ravagé par ce froid qui profite de ton absence pour me remettre à ma place.
Dans ce voyage loin de chez moi et loin des miens, j’ai rencontré des personnes géniales qui m'ont permis d’avancer, sans baisser la tête.
Chaque fois que j’avais une occasion, je sortais dehors pour regarder l’éparpillement de la lumière du soleil au contact des fleurs. Le spectacle était tellement merveilleux qu’il m’arrivait parfois d’être trompé par sa beauté. De loin j’apercevais quelque chose qui brillait entre des fleurs, je m’avançais tout fasciné en imaginant que c’était peut-être un diamant, un cristal, mais après un coup d’œil de prés, ce n’était qu’une goutte d’eau traversée par la lumière du soleil.
Le matin de mon départ, l’impatience me pris en otage et mes yeux se perdaient sur l’horloge de ma chambre, 5h : 30. J'étais content de pouvoir partir, parce que ma famille me manquait beaucoup et ça faisait un moment que j'étais à la Réunion, dans le centre de rééducation du Tampon. Mais l’anxiété me gagnait, me possédait, car la peur de ne pas être compris, m’envahissait ! la fille que j’ai abordé un de ces soirs, lui volerai-je encore un sourire. Ou laissera-t-elle le préjugé condamner mon apparence. Lui, qui est le reflet de l’ignorance.
Chez moi, ils m’ont tous vu grandir, cependant accepteront-ils ce que je suis devenu et comprendront-ils que la faute n’est pas mienne, mais juste l’œuvre de la vie. Ces questions défilaient dans ma tête, sans une destination précise, elles flottaient devant mes yeux.
Ici, je ne me sentais pas diffèrent et on ne me jugeait pas. Je discutais et plaisantais une dernière fois avec les aides-soignantes et les infirmiers du centre. Derrières mes rires, se cachait un sentiment de tristesse. Le présent et l’après se confrontaient. Je laissais une partie de moi-même dans cette chambre qui était devenue mon nouveau foyer d’adoption. Dans ce centre de rééducation je n’étais pas dans un milieu hospitalier, mais, chez-moi. Mes amis me manquaient déjà. Pourquoi je n’osais pas leur dire l’intensité de mes sentiments ?
Dans l’avion j’ai pu apercevoir ma chère île. Elle qui vient souvent s’échouer dans mes rêves en me témoignant toute sa splendeur. Jadis, quand je voyais son visage sur une photographie, je restais indifférent. Mais là, je suis sidéré par son charme et je voyais que je n'étais pas le seul. D’autres passagers qui se trouvaient devant moi prenaient quelques clichés de photo.
En sortant de l’appareil le soleil frappait sur mon front et j’avais l’impression que je m'étais trompé de porte. Les gens me regardaient, me dévisageaient ; j’avais le sentiment d’être une bête de foire. Les expressions sur ces visages (un froncement du front ou des sourcils) me faisaient ressentir de la gêne. Plus loin en face de moi, j’entendais des personnes parler et rigoler. Dans ma tête une question cruelle se posait : Parlaient-ils de moi ou se moquaient-ils ? En partant de la Réunion j’étais accompagné d’une femme qui devait veiller à ce que le voyage se passe bien. Malgré le fait que l’on venait de se rencontrer le courant était bien passé entre nous dès le premier contact. Nous n’avons jamais cessé de partager des conversations et ce partage me distrayait par rapport aux yeux inconnus qui me déshabillaient.
C’était la première fois depuis mon accident que j'étais confronté à cette situation. Je pensais à ma famille, à toute cette joie que j'allais éprouver. Ces pensées me donnaient la force de m’accrocher, sans l’apercevoir, ni le comprendre, ces moments de joie que j’ai pu partager à la Réunion avaient forgé mon cœur qui pouvait désormais s’allier avec l’espoir. Il était là cet espoir, dans chaque rire, dans chaque geste, cette lumière était là. Elle qui illumine l’âme de chaque homme quand l’ombre et le brouillard siège dans son cœur. Dans les secondes qui suivirent, mon cœur confondait vitesse et palpitation. Je sentais les traits de mes joues s’étirer et nous passions à côté d’une voiture, je voyais un léger sourire qui se dessinait sur mon visage sur l’une des vitres de la portière du véhicule. J’ai compris que je venais de remporter mon premier combat. Sans que la femme qui m’accompagne ne s’aperçoive de quelque chose, j’étais soldat. Convoqué au front, je devais me battre, sans arme, ni envie de meurtre, je devais me battre contre moi-même. Car la peur et l’incertitude gagnaient du terrain et j’ai pu penser « Qu'est-ce que je fou ici ! » ces mots qui viennent d’être inscrit dans mon esprit ne sont guère le résultat de ma volonté, mais celui de la déception. Mais heureusement la prise de conscience m’a fait comprendre que je suis un soldat. Un soldat, il avance, malgré qu’une balle vienne se loger dans son corps, il avance.
Cette victoire me laissait sur mes gardes, parce que je savais que la guerre n’était pas terminée, elle venait juste d’être déclarée. Les jours à venir je serai convoqué pour une autre bataille, parce que la déception, l’ennui et la tromperie font partie de la vie d’un homme. Nous rejoignions la voiture qui devait nous ramener vers la grande terre et j'étais toujours perdu dans mes pensées. Arrivé au CHM (centre hospitalier de Mayotte), problème. Il n’y avait aucun transport pour me ramener chez moi. Dans la voiture il faisait tellement chaud que la chaleur gagnait en intensité. Je sentais mes mains comme une brûlure après une piqûre d’abeille. La chaleur enveloppait mon corps. Je sentais mes doigts enfler, gonfler, augmenter de volume. Je soufflais pour faire baisser la température de mon corps. Scientifiquement parlant, je ne sais pas si c’était possible, mais ça me soulageait. Finalement, la voiture qui m’avait ramené de l’aéroport était celle qui me conduisit chez moi. Derrière les discussions du chauffeur Je n’avais qu’une seule envie, celle d’être chez moi. Entendre rire mes frères, voir mon père et ma mère. Avant que le soleil ne se couche et que l’horizon se peigne de couleurs orangées, j'étais arrivé à mon domicile.
C’est la première fois que je voyais mes frères, ma petite sœur et mes amis après ces longs mois d’hospitalisation. Je ne voyais pas ma mère, je tournais la tête, de droite à gauche, de gauche à droite, pour la caresser du regard, partager cette joie qui s’éparpillait en moi avec elle, mais je ne la voyais pas. Je sortis de la voiture et je la vis toute souriante. On me ramenait chez moi, j’apprenais avec joie que j'allais habiter dans l’ancienne maison au toit en tôle et mes parents habiteraient dans celle qui est la plus moderne avec un toit en béton. C’est drôle la vie ! moi qui ne voulais plus habiter chez ma mère et mon père parce que le week-end on nous réveillait très tôt pour partir à la campagne, aujourd’hui je suis content de retrouver cette maison et ravie de venir vivre ici !
Dans ma chambre se trouvait un lit, une télé qui était au-dessus d’une table en face de moi et un canapé. Je trouvais qu’elle était un peu vide, mais ça irait.
Mes yeux et ceux de mes frangins se croisèrent, sans un mot nous nous souriions, et, puis je décelais ce lien, cette joie qui fait la force, l’entente et la complicité de notre famille. Cette complicité était là et je savais que cette toile qui caractérisait notre lien allait se tisser encore bien plus fort que les années précédentes.
J'étais sur mon lit, lui qui serait bientôt mon complice et le témoin de mon évolution. Je sentis la fatigue s’accrocher sur mes yeux et j’avais les paupières qui se fermaient toutes seules. Sans la moindre goutte de vin, j’avais la sensation d’être ivre, ma tête tournait, j’avais mal à la nuque et avais des maux de tête. Je m’allongeais pour m’acquitter de ces événements. Le confort de mon lit m’encouragea à poser ma tête sur le matelas n'était-ce qu’une seconde, une minute. Mes frères me laissèrent me reposer et je m’endormis paisiblement.
Le matin mes frères se levèrent pour partir à l’école et je restais tout seul à la maison. Des heures passèrent sans que je n’eus rien à faire. Mon regard se figeait sur la fenêtre de ma chambre. A travers elle j’apercevais des cocotiers et des manguiers, leurs feuilles bougeaient de la droite vers la gauche en me donnant l’impression qu’elles dansaient avec le vent. Je cherchais quelque chose, une image qui pourrait convaincre mon esprit de ne pas choisir l’ennui comme réconfort. Et je n’avais que la vue de la nature qui s’offrait à moi. À mesure que les jours défilaient, j’avais le sentiment d’avoir gagné quelque chose. Mes yeux n'étaient plus esclaves de mon égocentrisme; ils admiraient les spectacles de la vie. Le ciel était nu, d’un bleu profond, couvert à certains endroits de nuages en forme de fumée qui se déplace. J’apercevais un sac en plastique poussé par le vent vers le ciel, il montait de plus en plus haut et disparaissait de mon champ de vision. Je penchais la tête, levais les yeux pour suivre son voyage, mais les murs et le toit de ma maison m’en empêchaient. Cependant je souriais, comme pour remercier cette nouvelle sensibilité qui apportait un peu de couleur à mon cœur, et m'avait fait comprendre que la vie ne tenait qu’à un fil, et qu’une seconde, un souffle vaut bien plus qu’on ne le croit.
Je me souviens quand j’étais à l’hôpital, ma mère m’avait parlé d’un ordinateur (EEDY) qu’elle avait acheté. Comme la vie est bien faite ! grâce à cet ordinateur, le temps ne me paraîtrait plus aussi long, les heures ne sembleraient plus tricher. Je passais des heures, des jours devant le PC. Je découvrais cette chose, cette machine. En un clic j’écoutais de la musique, en un clic je surfais sur internet.
La musique était devenue mon amie, ma passion et ma confidente. Avec elle, je faisais mes premier pas, non avec mes jambes, mais avec mon esprit. C’est en elle que je puisais mes forces, en elle que je trouvais la volonté d’avancer….
La musique est un langage dont seul mon cœur connaît le dialecte. Un simple morceau me permettait de découvrir ce monde où les images prennent vie, se dessinent dans ma tête et dont la liberté n’a point d’égale. Quand il m’arrivait d’avoir de la peine, je laissais mon cœur glisser sur ses morceaux. La musique enlève les taches qui s'accrochent à nos cœurs. Pendant ces quelques instants mon âme quittait cette terre, ce corps inerte.
En l’écoutant chaque jour mon esprit devenait plus ouvert, je commençais à me poser des questions sur la vie, sur l’homme.
Ces questions que je découvrais, ne suscitaient aucune attention de ma part, bien avant mon accident.
Doit-on croire à une vie après la mort, au paradis et à l’enfer? Je ne sais pas, mais j’ai pris le parti d’y croire et d'espérer. Je n’ai que l’espoir qui me permet d’avancer.
Des idées, des pensées qui n’avaient guère d’importance auparavant, me hantent aujourd’hui. Elles me hantent car, quand on a connu le chaos, les points d’interrogation sans réponses se multiplient.
Ces voyages au plus profond de mon âme m’ont permis de trouver une sérénité en moi. Quand j’ai mal ou quand j’ai de la fièvre, j’écoute de la musique et je joue à la PlayStation pour tromper la douleur, mais je sens la peur. Elle est là, elle m’observe, elle se cache, comme un prédateur qui guette sa proie. Elle espère un mouvement de frustration, un regard de désespoir pour me dévorer.
Pour pouvoir avancer mon cœur aussi s’est mis au rythme de ses propres chansons. Il a choisi la transparence pour ne pas être la destination des bêtises.
Aujourd'hui la musique est pour moi comme une drogue, la seule différence avec une drogue dure, est que je ne ferais jamais d’overdose.
Tout parait simple, mais rien ne l’est dans ce monde ou notre pire ennemi est peut-être nous-même. La musique me donne envie d’écrire tout ce qui se passe dans ma tête. Quand mon cœur est fiévreux la musique est mon seul remède.
L’internet calme mon envie d’ailleurs. Il apaise mon désir de marcher, fouler le sol, ressentir l’herbe, la terre sèche ou trempée sous mes pieds.
Avec internet je rentre dans une autre sphère, depuis ma chambre j’ai accès à toutes les informations qui m’intéressent : sportives, économiques, éducatives. En un clic je peux être à Paris, Londres, ou encore Washington.
L’internet occupe mon esprit. Je suis concentré sur ces pages que j’ouvre en un clic et je ne sens plus la lourdeur du temps. Je regarde l’heure, il est 13h : 30, j’ouvre d’autres pages, il est déjà 14h :55. Les heures me paraissent aller plus vite que d’habitude. En sortant de l’école mes frères viennent me retrouver devant l’ordinateur. Au bord de l’épuisement, je leur laisse la place pour me reposer.
J’ai le sentiment que ma vie est un cercle. Les jours et les mois passent sans que mes habitudes ne changent. Assis face à l’ordinateur, j’écoute de la musique pour m'évader, rêvasser, voir au-delà de l’esprit, me sentir aussi vaste que l’univers. Mais la musique n’est plus passion, elle est devenue un messager muet qui m’empêche de plonger la tête dans le rêve éveillé. Égaré, je surf sur internet en espérant qu’il attise l’envie qui est en moi de continuer, mais l’euphorie qui comblait mon cœur a laissé place à la lassitude. Elle, qui me donnait la force de me lever chaque matin. Elle qui me donnait l’impression que durant le temps passé sur l’ordinateur, j’accomplissais quelque chose. Et, cette chose me rendait existant, car dans ce monde chaque homme a besoin de se sentir exister, utile. Je clique sur une page pour enflammer ma curiosité, mais les braises de l’envie sont restées froides. L’internet n’est plus une délivrance, bien qu’il offre plusieurs possibilités pour se jouer de l’ennui. Les yeux dans le vide, il ne me reste que le silence et les questions qu’il laisse échapper derrière lui: « as-tu déjà pensé à ton avenir? » « Mon…av…, mon…, mon avenir », balbutié-ai-je à voix basse.
J’ai baissé les yeux. Sans que personne ne me soit témoin. J’ai baissé les yeux !
Mon pousse gauche entre les dents, j’essayais de répondre à cette question, mais aucune réponse ne s’invitait à moi.
Après quelques recherches, je me suis inscrit au CNED pour des cours par correspondance en classe de 4éme (2009-2010) et de 3éme (2010-2011).
Les 3 années sans scolarisation m’avaient donné des lacunes qui se voyaient sur chaque texte et poème que j’écrivais. Lorsque j’ai de nouveau étudié, je ne me réveillais plus avec un trou dans la poitrine, ni avec un poids dans le cœur. A présent j’avais un but et un objectif atteindre.
L’année 2011-2012 fut très difficile. Mon inscription a été retardée. Problème d’argent ! L’année dernière (2010-2011) était super, je m'étais inscrit aussi au concours Eve qu’organisait le CNED sur l’atelier Web- collège. L’écrivain Yaël Hassan avait écrit un début d’histoire et nous devions terminer la suite. Après mon accident, j’ai remarqué que je pouvais dessiner avec mes mots. Un sourire naissait derrière des syllabes, un visage prenait forme derrière la sincérité de mes lettres. Mes textes de réflexion et mes poèmes ne me satisfaisaient plus, alors j’ai décidé de participer à cette course. Je voulais savoir ce que je valais. Savoir jusqu’où je pouvais aller. C’était très important pour moi parce que j’avais besoin de reconquérir ma confiance en moi. Cette confiance n’osait plus s’agripper à mes mains. Parfois, quand-il arrivait quelque chose je croyais que c’était ma faute. J’acceptais alors la discrimination et les insultes. Je ressentais la supériorité de celui qui était devant moi. La confiance perdue, je tournais le dos à mes capacités d'apprendre. La peur de ne pas y arriver! La peur de se tromper sclérosait mes efforts. Mais c’était sans compter sur la vie, le quotidien qui invitaient à m’interroger « pourquoi pas moi ? » L’envie faisait petit à petit son apparition. Elle attisait de plus en plus mon ambition. La curiosité s’emparait de mon corps, que je touchais ou regardais. Mes mouvements devenaient plus justes. Le premier paragraphe fini, mon cœur se sentait pousser des ailes. La naissance de ces personnages lui donnaient l’impression de danser au-dessus de la liberté. Les choses étaient plus faciles, mais ma lenteur rendait tout cela difficile. J’étais toujours en retard pour rendre mes devoirs. J’imaginais les autres élèves courir comme des lièvres et moi je glissais comme un escargot. Pour ne pas déclarer forfait, je décidais d’adopter une autre stratégie. Je dormais l’après-midi, car il faisait très chaud. Mes mains pesaient deux fois leur poids, ma tête nageait dans la fatigue, mon nez se bouchait, ma poitrine se gonflait et me donnait qu’une seul envie celle de rester sans rien faire. La nuit était plus douce, calme, pas le moindre bruit. Je nageais dans l’imagination.
Plus j’avançais, plus ça me plaisait! Le matin je demandais aux infirmiers et aux kinés de me prêter un peu de leurs connaissances. Ils regardaient si les choses que j’avais écrites étaient cohérentes ou s’il y avait des fautes. Malgré que mes idées affluaient comme les pluies de l’Amazonie, je savais qu’il y avait un problème. Depuis que j’avais fait mes premiers pas vers l’école, j’étais toujours en conflit avec les fautes de grammaire. Dictée zéro, expression écrite hors sujet. Mais cette épreuve m’a tellement séduite que la peur que mon encre se perde dans l’étourderie m’était complètement égal. En arrivant à la fin du récit, je voulais encore continuer, mais la raison m’avait fait part de son avis. J’ai envoyé mon texte. On ne l’avait pas encore corrigé, mais j’avais compris que c’était déjà une victoire. La preuve, elle était devant mes yeux. Je pouvais servir encore à quelque chose !
Quelques mois après j’avais eu les résultats. Je n’ai pas remporté l’épreuve, mais l’écrivain Yaël Hassan m’a écrit une appréciation « J’ai été vivement impressionnée par le foisonnement d’idées et la manière aussi rythmée que trépidante dont tu mènes l’aventure.»
M. Claude Schwab m’a écrit aussi une autre appréciation. Mon cœur fut tellement intimidé que j’ignorais ma joie. Je lus trois fois le texte pour être sûr qu’il m’était bien destiné. Mes yeux ont chevauchés la feuille jusqu’à son début, c’était bien mon nom qui était écrit. Je sentais quelque chose traverser mon corps. Aucun cri, aucune joie n’emprunta ma bouche. Mon visage se maquilla d’un bref sourire, pour témoigner cette joie que je ne pus conjuguer.
Pendant les vacances je m’impatientais de reprendre les cours, pour pouvoir participer à une autre épreuve. Mais avant toute chose il fallait me préparer, progresser pour ne plus être dupé par l’inadvertance. Je n’avais pas l’habitude de lire. Quand j’ouvrais un livre c’était surtout pour regarder les images. Même si parfois (je l’avoue !), au CDI du collège, pour ne pas avoir l’air idiot, je prenais un bouquin, je l’ouvrai et je riais derrière comme si je comprenais ce qui se tramait. Cependant l’épreuve m’a fait comprendre que j’étais à nouveau en-dessous et je n’étais pas fier. M. Claude Schwab et mon correcteur m’avaient déjà conseillé de feuilleter des livres. J’avais lu à l’occasion Chante Louna écrit par Paule du bouchet. C’était elle qui avait su me séduire. La lecture ne se heurtait plus sur mes dents, mais elle glissait dans ma bouche comme du miel.
Ces heures passées devant mon ordinateur me fatiguaient et je commençais à me lasser. Mais quelque chose attira mon attention, le souffle du vent apaisait mon corps étouffé par la chaleur. J’éteignis mon climatiseur, je préférais avoir chaud et apercevoir dehors. Même si le soleil n’embrassait pas ma peau, la vue, elle me montrait combien la vie était belle. Pour tromper cette nonchalance, je plongeais ma tête dans le rêve éveillé. J’imaginais cette rivière, cet endroit ou l’eau s’adoucit. Le soleil la frôlait à sa surface mettant à nue sa profondeur. Une voix se dispersait au plus profond de moi. Ces mots furent si aisés que mes syllabes se noyaient dans l’analphabétisme. Cette atmosphère me convainc de me laisser tomber dans l’assoupissement.
Le soir j’essayais de réviser mes cours, mais un malaise me priva de mes moyens. Je demandais à ma mère de me passer mon PC, mais elle me répéta qu’il fallait que je me repose. Je tentais encore ma chance, mais elle resta sur sa position. Mon petit frère Saïdina passant dans les parages, je lui suggérais de me le donner, il me répondit de dormir. Je montais un peu ma voix, il me ria au nez. Ma mère, qui n’était pas distancée par notre conversation, rigolait aussi. La soirée se termina devant la télé.
Je me levais à 5h du matin pour travailler. Je regardais mon emploi du temps, mon retard s’accroissait chaque fois que je m’arrêtais en chemin. Comme un sportif je m’affaiblissais à cause de mes blessures, mais je ne pouvais pas m’empêcher de sourire ! C’est peut être ça le secret de ma force.
Mes yeux s’égaraient sur ce ciel bleu caché par les nuages. J’espérais qu’il me conterait une image qui pourrait amadouer l’inspiration qui cheminerait vers mon encre.
Les heures défilaient en file indienne, mais aucune idée ne voulut me prêter son attention. La résignation s’emparait de moi et je ne savais plus s’il fallait continuer ou abandonner. Je pensais que j’avais mérité deux heures de vacances dans le monde de tous les possibles : le sommeil. Je pris mon casque pour écouter de la musique et m’enfuir.
En demi-sommeil, je comptais les bonnes et mauvaises actions que j’avais faites. Sans savoir le lieu de ma destination, les images tombaient devant mes yeux comme les feuilles d’un arbre vaincu par le temps.
Une idée imprécise venait perturber ma quiétude. Une image s’échouait lourdement sur mon cœur. Son poids m’invitait à m’interroger sur sa lourdeur. Je plongeais donc dans le passé pour comprendre et m’acquitter de cette pesanteur. La gorge sèche, je sentis des gouttes de sueur cheminer sur mon corps. Le rideau immobile, le vent ne traversait plus ma fenêtre ouverte. Sa brise ignorait mon corps et ma peau devint de plus en plus humide.
Soudain, une voix me réveilla. C’était ma mère ! Elle resta inerte sans bouger ni paupières ni sourcils. Ses yeux se fixèrent dans les miens. Son attitude me poussa à croire qu’elle sut ou j’étais. Intimidé, je la laissais parler, mais au fil de notre discussion je m’aperçus qu’elle l’ignorait. L’échange entre nous terminé, ma mère s’éloigna à petit pas de moi et je regagnais mon histoire où ma poitrine était en surcharge.
Je pense à ce soir où je n'avais pas encore franchi « l'autre porte », et où j’ai su lui avouer que mon cœur ne battait que pour son nom. Qu’il ne conjuguait le mot repos que quand-elle lui prêtait un regard. Mais hélas elle ne voulait pas encore de compagnon. « Peut-être que je me suis précipité ? » me disais-je. Ou peut-être que j’ai mal fait ? Mais aucune remise en question ne peut adoucir ma chute. « On peut être amis » disait-elle. Je lui répondis « oui », car c’était le seul mot qui pouvait glisser sur ma langue en pleine perdition. J’ai quitté cette scène où deux acteurs jouaient les rôles de « l’aimé et du mal aimé ». La rue était plus dure, aride sous mes pieds. Le ciel et les étoiles avaient su se taire.
Le matin à l’école j’essayais de décrypter chaque regard, comprendre chaque sourire. La peur qu’elle confia à quelqu’un mes intentions de hier soir, me nouait de la tête jusqu’au cou. Chaque œil qui s’égarait sur le mien, chaque rire que j’entendais au loin mettaient à nu l’embarras dont s'était habillé mon cœur. L’envie de fuir, d’ailleurs me martyrisait seconde après seconde, mais je décidais de rester jusqu’au bout. Quand on sortit de cette classe, je compris qu’elle avait gardé ça pour nous. Mon cœur se sentit libéré. Il oubliait ses chaînes qui lui rendaient l’avenir incertain. Deux nuits passèrent sans que ne lui apparaisse un autre chant du destin.
Quand je la croisais ma langue se mouillait, mais le doute de ne pas être entendu encore une fois amarrait mes lèvres. C’est à ce moment-là que j'appris à jouer le double jeu. À l’extérieur mes yeux, ma bouche l’ignoraient, mais au plus profond de moi, mon cœur se noyait. Il se noyait, car elle lui avait volé sans vouloir son identité. Il n'était plus lui-même depuis elle. J’ai su par des ouï-dire que son affection était pour quelqu’un d’autre. Pour ne pas être un obstacle, j’ai confondu le coucher du soleil à un trésor. Dans la foulée je suis devenu un pirate. Capitaine d’un bateau sans équipage, mais capitaine quand même.
Dans un rêve lointain, il m’arrive d’écrire un autre chapitre. Mais le réveil m’oblige à devenir un observateur sur cette séquence. Les images s’effacent au fil des secondes. J’essaye de les retenir, les graver pour mon prochain séjour, mais elles se dispersent aux quatre coins de mon cerveau.
Je perds son sourire. Il s’éparpille comme les petits morceaux d’un miroir cassé. Son visage se maquille d’un air ancien à l’exemple d’une veille photo en noir et blanc. Alors que la douceur de ses lèvres reste encore fraîche sur les miennes.
On dit qu’il arrive un moment où il faut savoir sauter d’un pont. Moi je n’ai pas su le faire. Je suis resté sur le quai. Sans billet, ni valise, je suis resté. Je sais où je dois aller, mais l’adresse est incertaine.
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