Filiatus
Maître Poète

Monsieur de La Pérouse est mort
Depuis deux siècles et demi
Et s'il était fort jeune encore
Lorsqu'il dit adieu à la vie
Dans la mer de Corail, ce prince
Loin de la froidure de France
Comme dirait Georges Brassens
Il passe sa mort en vacances
Jean François, à la vie, s'éveille
Sous le règne de l'arrière
Petit-fils du grand Roi-Soleil
Dont l'éclat perd de sa lumière
On est à Albi, près Toulouse
En mil sept cent quarante et un
Mais pour le jeune La Pérouse
Ce nom n'est pas encore sien
Jean-François Galaup, il se nomme
Fils de Marguerite et Joseph
Son père est un vrai gentilhomme
Un noble dépourvu de fief
Bien qu'Albi soit loin de la mer
Et plus encor de l'océan
Le gamin veut être corsaire
Au déplaisir de ses parents
On envoie donc faire ses classes
À Brest, chez les "gardes-marine"
Le jeune noble dont l'audace
N'a d'égal que sa discipline
À dix-sept ans, il participe
À l'âpre "Guerre de sept ans"
L'année suivante, il fait un "trip"
De cinq ans sur les océans
D'abord officier subalterne
Il devient vite commandant
Devant qui chacun se prosterne
Tant au combat il est vaillant
Quand, en Amérique du Nord
La guerre sévit au plus fort
La Pérouse assiège deux forts
Et capture l'état-major
Nommé comte de La Pérouse
Par le roi pour ses bons offices
Il embarque, sans son épouse
Dès mil sept cent quatre-vingt-six
Pour un voyage à deux Corvettes
Destiné à cartographier
Quelques recoins de la planète
Et des trésors à rapporter
En mil sept cent quatre-vingt-sept
Il est en escale à Manille
Où les hommes lui font la fête
Où chaloupent les jeunes filles
Quarante jours dure l'escale
Le temps de réparer les coques
De la Boussole et l'Astrobale
Et filer vers Vladivostok
Là, on dessine quelques cartes
Puis, sur un ordre de Paris
Les deux goélettes repartent
Mettre le cap sur l'Australie
Sur le chemin de la grande île
Il jette l'ancre à Samoa
Mais les indigènes hostiles
Tuent onze hommes, en blessent trois
Arrivé à Botany-Bay
En Nouvelle-Galles du Sud
Basé dans ce havre de paix
Comme il en a pris l'habitude
La Pérouse écrit une lettre
Au ministre de la Marine
"La toute dernière, peut-être"
Se dit-il, d'une triste mine
Il quitte la rade tranquille
Pour le royaume des Tonga
Et au bout d'un millier de miles
Passe au large de Nouméa
Le temps de plus en plus instable
Menace les vaisseaux chétifs
Comme si de l'enfer, le diable
Les aspirait vers les récifs
Les bateaux sombrent corps et âmes
Tout près des Îles Salomon
Précisément, le lieu du drame
N'avait pas encore de nom.