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Je m'appelais Benjamin Désir

marcmarseille

Nouveau poète
Texte à rapprocher de "Monsieur Désir"...

Rapport de police concernant la découverte du corps sans vie d’un individu de sexe masculin d’environ 75 ans .Connu dans le quartier de la colline blanche sous le nom de Benjamin Désir, sans domicile fixe, sans famille connue.

Les causes de la mort semblent être une exposition au froid prolongée chez un individu fortement alcoolisé, par ailleurs connu pour ses excès de boisson.

Pas de papiers d’identité Simplement une lettre dans la poche de son pardessus.

L’affaire est classée sous la rubrique « Mort de cause naturelle ».La lettre est jointe en annexe :



Je m’appelle Désir, Benjamin Désir. Je suis né dans le quartier de la colline Blanche,il y a longtemps, plus de 75 ans.

A cette époque, dans cette banlieue isolée, il n’y avait que quelques maisons pour les ouvriers de l’usine . Je vivais dans une petite maison avec mon père, ma mère et ma petite sœur. Je me rappelle du père , quand il rentrait du boulot.Sur son vélo,il ne roulait pas toujours droit en sortant du bistrot. Je me rappelle de la mère penchée sur ses fourneaux, qui baissait la tête en silence quand le père gueulait un peu trop. Je me rappelle de la mère, certain matin, quand elle sortait de la chambre, et qu’elle essuyait ses yeux bleus…autour. Je me rappelle de ma petite sœur et de sa poupée qu’elle ne quittait jamais. Même quand le père l’amenait au fond du jardin, dans la cabane délabrée pour lui faire répéter ses leçons, au calme, comme il disait. Je me rappelle de tout cela et de moi qui étouffait.

Alors, petit garçon en culottes courtes, j’allais m’allonger sur la petite colline blanche derrière la maison, dans l’herbe et je restai des heures à regarder le ciel. Quand la nuit venait, j’observais les étoiles et je rêvais. J’ai souvent désiré tellement fort aller la haut…dans les étoiles rouges et bleues, voir les nébuleuses sombres et obscures, les lointaines galaxies mystérieuses…aller où on ne peut plus calculer les distances…

Et puis si ça se trouve j’y aurai rencontré une petite fille toute dorée… avec des yeux tout verts. Et on aurait continué tous les 2, main dans la main, encore plus loin dans le beau ciel de nuit. On aurait vu ce que personne ne voit jamais : les lieux où les étoiles se font et se défont comme les flocons de neige…Là on aurait choisi une petite étoile, une toute petite comme nous, rien que pour nous, loin du père et de la mère. Et on aurait continué tous les trois, encore plus loin, dans le ciel de nuit.

Mais j’ai eu beau y croire et y rêver très fort, elle n’est pas venue. Alors , à 17 ans, pour quitter le père, la mère et ma petite sœur qui ne pleurait même plus, je suis parti pour cette guerre, à laquelle je ne comprenais rien Il parait que nous l’avons gagnée. Je sais que moi, je l’ai perdue. Quand je pense à ces cadavres, à ces villes détruites…A ces femmes , dites ennemies, que nous entrainions dans les caves et à leurs yeux pleins de larmes et de peur. Peut être, si nous avions eu le temps…Mais il fallait se satisfaire vite et répartir…Et puis l’alcool nous aidait à oublier…Je pensais, alors, les posséder mais c’est elles qui m’ont envahies et depuis, elles ne m’ont plus quitté.

Après le retour, le corps et le cœur démolis, on m’a dit que la mère était morte, les yeux baissés, prés de son fourneau. Le père renversé dans un accident de vélo en sortant du bistrot.Il parait qu’il buvait encore plus depuis la mort de la mère. La sœur disparue, un beau jour, dans une belle voiture qui l’a emmenée à Paris, pour faire du théatre, a-t-elle dit.Nul ne l'a plus revue, depuis....

Et puis les petits boulots, le chômage et le manque d’envie d’y croire. Je n’allais plus sur la petite colline blanche .Elle existait toujours derrière le parking du supermarché…

Un jour, une seule fois, j’ai cru rencontrer la petite fille aux yeux verts. Elle avait grandi, elle était femme. Elle s’appelait "plaisir" et pour quelques billets, vous emmenait dans son ciel à elle. Mais elle vivait dans ses propres étoiles et je n’ai pas su partager ses rêves…

Les années ont passées. Quand j’ai été chassé de mon logement, j’ai vécu dans la rue. Quand il ne pleuvait pas, j’ai commencé à retourner sur la colline blanche, pour boire, essayer de dormir…essayer d’oublier Mais le ciel au dessus de moi, était vide et j’avais le cœur lourd de tout ce temps perdu. Mois aprés mois, j'ai vieilli, seul avec mes regrets...

Hier, pourtant ,ce cœur usé s’est réveillé Comme si tous ces souvenirs devenaient trop difficiles à contenir, j’ai eu l’impression qu’il se déchirait.. Lorsque je me suis réveillé, j’étais allongé sur l’herbe et ELLE était là, enfin, avec ses yeux verts, comme autrefois. Elle m’a souri et m’a dit de ne pas avoir peur .Que demain, elle viendrait me chercher et qu’elle l’avait trouvée, la toute petite étoile pour nous deux…

Alors ce soir, j’écris cette lettre. Demain, si je ne suis pas là, je sais que personne ne me pleurera mais je vous le dis quand même, ne me cherchez pas, je serai parti dans le ciel de nuit.

Je voyagerai, main dans la main, avec la petite fille dorée, très loin, bien au delà des plus lointaines nébuleuses…


Je m’appelais Benjamin Désir mais cela n’a aucune importance...
 
tres beau texte, et finalement, Benjamin Desir a pu realiser ses reves.
 
C'est magnifique cette histoire très émouvante........
 
Quand c'est beau c'est beau..
Magicien de la prose ..
Chaque texte a ce un relief.. qui touche aux situations qui ont un vécu..
tu tournes avec ce côté " à fleur de peau '.
J'M tout simplemnt
baisers jojo
 
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