Filiatus
Maître Poète

Pour les uns, il est le grand Jacques
Le président Français de souche
Hostile à la guerre en Irak
Qui tint tête à "Debeulyou" Busch
Pour d'autres, c'est juste un bellâtre
Un gourmand à l'humour potache
Amateur de 1664
Qui tripote le cul des vaches
Pour quelques esprits querelleurs
Il est le roi de la magouille
Hyper tricheur, super menteur
Entre Jacques Cœur et Jacquouille
Vous comprendrez, je le présume
Quelle doit être ma prudence
Sur quel fil va danser ma plume
Pour rester dans la bienséance
Jacques ne naît pas en Corrèze
Mais à Paris, dans le cinquième
Où la famille vit à l'aise
Entre les deux parents qui s'aiment
Nous sommes dans l'entre-deux-guerres
Une période d'accalmie
Où il effectue sa primaire
De quatre à sept ans et demi
Car devant l'avancée teutonne
Les Chirac s'enfuient de Paris
Et pendant quatre longs automnes
Près de Brive, ils se réfugient
Lorsqu'ils repartent de Corrèze
Peu-après la Libération
Son père est cadre chez Potez
Une société d'aviation
Le grand Jacques passe son bac
Puis, pris d'une envie fantaisiste
À l'insu du père Chirac
Il s'inscrit chez les Communistes
Mais, peu de temps, sa lubie, dure
Car à "Science-Po", pour entrer
Il serait de mauvais augure
D'y distribuer "L'Humanité"
C'est là qu'il croise Bernadette
Une fille de si haut rang
Qu'il en perd brusquement la tête
Et l'épouse un jour de printemps
En mil neuf cent cinquante-six
Il embarque pour l'Algérie
Afin d'effectuer son service
Militaire, au cœur du conflit
Démobilisé, il intègre
L'E.N.A., d'où il sort diplômé
Et grâce à son esprit allègre
Promptement, il est embauché
Durant la décennie soixante
Il remplit des mandats locaux
Et gravit gentiment la pente
Des postes gouvernementaux
Engagé dans la politique
Il est maintenant U.D.R.
Il sert Chaban, le dynamique
Puis le lymphatique Messmer
Il devient bientôt secrétaire
D'État aux Affaires sociales
Puis décroche le ministère
Du développement rural
Ministre de l'Agriculture
Devrais-je, en outre, préciser
Car c'est en ces lieux qu'il assure
Sa future notoriété
Aux élections présidentielles
De soixante-quatorze, hélas
Jacques, soudain est infidèle
À son maître Chaban-Delmas
Il soutient le précieux ministre
Des Finances, Giscard d'Estaing
Qui le nomme Premier ministre
En échange du coup de main
Mais Jacques n'est plus très à l'aise
Avec le chef de la nation
Et à l'été soixante-seize
Il lui remet sa démission
Une arrière-pensée naissante
Lui fait rebâtir son parti
Et en mars de l'année suivante
Il devient maire de Paris
Du haut de cette citadelle
Jacques prépare avec entrain
Les élections présidentielles
De mil neuf cent quatre-vingt-un
Or, il échoue à deux reprises
Face au vieux François Mitterand
Qui depuis deux années de crise
En a fait son Grand chambellan
Lorsque meurt le grand socialiste
En nombre, sont les prétendants
Jacques Chirac, pour les Gaullistes
L'emporte confortablement
Le septennat démarre en trombe
Quand, sur un Pacifique atoll
Jacques fait mettre au point la bombe
Les pacifistes sont hors-sol
Juppé est son Premier ministre
C'est l'ancien chef du R.P.R.
Mais durement, il administre
Alors il est impopulaire
Pour mettre un point final aux grèves
Qui minent la vie des Français
Le grand Jacques fait une trêve
En désagrégeant l'Assemblée
C'est un échec considérable
La droite perd les élections
Et revient une insupportable
Et longue cohabitation
C'est à cette époque qu'éclatent
Entre la Mairie de Paris
Et quelques élus de la droite
Des actes de filouterie
Mais le coquin a de la veine
Car, en vue du mandat suivant
Se retrouvant face à Le Pen
Il est réélu pour cinq ans
Il prend pour collaborateur
Le bon Jean-Pierre Raffarin
Qui gère les "trente-cinq heures"
Et un référendum pour rien
De fait, il est mis à la porte
Remplacé par De Villepin
Qui doit affronter les cohortes
D'étudiants et de lycéens
Lors, une attaque cérébrale
Pour ne pas dire un A.V.C.
Doublé d'un Sarko infernal
Rend le grand Jacques diminué
Enfin la délivrance arrive
Avec la fin de son mandat
Les critiques étaient trop vives
Il ne sera pas candidat
Nonobstant le mal qui le frappe
Il se voue à ses arts premiers
Mais les affaires le rattrapent
Et le Chirac est condamné
Il perd peu à peu la boussole
Et meurt vers quatre-vingt sept ans
Car, avec ou sans auréole
La mort emporte tous les gens.