rivière
Maître Poète
Il n’est pas rare
Il n’est pas rare de rencontrer
des femmes, et des hommes,
qui errent
dans les campagnes et les villes
à la recherche
de la chair bleue du soleil,
d’un chaton parlant
l’hébreu et le latin,
d’
une libellule
voguant sur
l’hymne des cimes.
Pour d’aucuns,
il s’agit là de personnes
ayant perdu le sens commun,
d’autant qu’elles s’entretiennent avec les oiseaux,
écoutent pendant des heures
le chant de l’écorce,
ou se couchent à plat ventre
dans l’herbe pour admirer la Nature.
Un groupe de citoyens indignés
par leur attitude
lança un jour une pétition nationale
avec ce message austère et rigide :
- que faire de ces bouches inutiles,
nous ne voulons plus voir ces parasites,
alors que nous trimons jour et nuit
et qu’ils font peur à nos enfants !
Le Président de la République,
saisi de l’affaire,
les reçut dans son palais
et leur dit :
- n’ayez crainte, mes amis,
je connais ces créatures
qui
émettent des ondes négatives,
elles se nomment anarchistes ou poètes.
Partez en paix, je saurai les mater !.
Il est vrai que les élections présidentielles
et législatives approchaient.
Le chef de l’Etat tint parole
et enferma dans ses prisons
tout ce que le pays comptait
selon ses critères d’originaux :
des plasticiens, des ballerines,
des dramaturges, des peintres,
des dessinateurs, des caricaturistes,
et notamment des poètes.
L’existence devint morne,
les musées fermèrent, les expositions itou,
les cabarets de Montmartre, du Mans, capitale du Maine,
et d’ailleurs, n’eurent plus de clients,
les touristes étrangers se désolèrent
devant ce spectacle.
Tous les lieux de vie
devinrent sans vie !
Seules les geôles connurent l’allégresse.
Toutes les sphères de la société
se pressèrent
dans ces lieux d’ordinaire lugubres,
s’y amusèrent,
et exigèrent
la fin de cette politique
qui entravait l’Art.
Le peuple gronda tant et si bien que
le Président libéra les versificateurs
et
les autres artistes.
Son parti subit peu après
une cinglante défaite.
Depuis,
les aèdes sont retournés dans leurs forêts,
dans leurs bocages
où ils jouissent d’une haute renommée.
Toi qui me lis, crois-moi,
écoute les poètes et les poétesses qui portent
le message du vent,
de la rosée,
des étoiles et des oiseaux,
car
ils sont
les conquérants de l’Inutilité,
et
l’avant-garde de l'Humanité.
Sophie 839
Il n’est pas rare de rencontrer
des femmes, et des hommes,
qui errent
dans les campagnes et les villes
à la recherche
de la chair bleue du soleil,
d’un chaton parlant
l’hébreu et le latin,
d’
une libellule
voguant sur
l’hymne des cimes.
Pour d’aucuns,
il s’agit là de personnes
ayant perdu le sens commun,
d’autant qu’elles s’entretiennent avec les oiseaux,
écoutent pendant des heures
le chant de l’écorce,
ou se couchent à plat ventre
dans l’herbe pour admirer la Nature.
Un groupe de citoyens indignés
par leur attitude
lança un jour une pétition nationale
avec ce message austère et rigide :
- que faire de ces bouches inutiles,
nous ne voulons plus voir ces parasites,
alors que nous trimons jour et nuit
et qu’ils font peur à nos enfants !
Le Président de la République,
saisi de l’affaire,
les reçut dans son palais
et leur dit :
- n’ayez crainte, mes amis,
je connais ces créatures
qui
émettent des ondes négatives,
elles se nomment anarchistes ou poètes.
Partez en paix, je saurai les mater !.
Il est vrai que les élections présidentielles
et législatives approchaient.
Le chef de l’Etat tint parole
et enferma dans ses prisons
tout ce que le pays comptait
selon ses critères d’originaux :
des plasticiens, des ballerines,
des dramaturges, des peintres,
des dessinateurs, des caricaturistes,
et notamment des poètes.
L’existence devint morne,
les musées fermèrent, les expositions itou,
les cabarets de Montmartre, du Mans, capitale du Maine,
et d’ailleurs, n’eurent plus de clients,
les touristes étrangers se désolèrent
devant ce spectacle.
Tous les lieux de vie
devinrent sans vie !
Seules les geôles connurent l’allégresse.
Toutes les sphères de la société
se pressèrent
dans ces lieux d’ordinaire lugubres,
s’y amusèrent,
et exigèrent
la fin de cette politique
qui entravait l’Art.
Le peuple gronda tant et si bien que
le Président libéra les versificateurs
et
les autres artistes.
Son parti subit peu après
une cinglante défaite.
Depuis,
les aèdes sont retournés dans leurs forêts,
dans leurs bocages
où ils jouissent d’une haute renommée.
Toi qui me lis, crois-moi,
écoute les poètes et les poétesses qui portent
le message du vent,
de la rosée,
des étoiles et des oiseaux,
car
ils sont
les conquérants de l’Inutilité,
et
l’avant-garde de l'Humanité.
Sophie 839