HOMME A LA MER
L’homme est tombé, il hurle, il crie, se débat,
Un goût de sang, un goût de fiel, un goût de fer,
Il agite fébrileusement mains et bras
Avant de disparaitre, de se fondre en mer ;
Sa vie défile devant ses yeux à moitiés morts,
Valse lente, trois temps et tristes mouvements,
Images du passé, délavées, sans ressort,
L’homme s’enfonce, se noie en esprit mouvant ;
L’eau saline se colle et se brûle à sa peau,
Sécheresse d’une mortelle caresse,
Il ne trouve plus de phrase, ne peux dire un mot,
L’homme se harponne aux affres de détresse ;
Regrets, espérances ne figurent plus rien,
Il savait qu’il devait, savait qu’il aurait dû
Mais n’a su retenir les leçons en ses mains,
En rejet, en refus de ce qu’il aurait pu ;
Les sillons de sa vie s’en vont en dérive,
Dernière secousse en un ultime souffle
Où l’écume en fait sa proie et le captive,
L’engourdit, le boit, l’absorbe, le boursouffle ;
Et l’homme tombé à la mer a succombé,
Son âme n’est plus que cadavre d’albâtre,
Il n’a su que se taire, il s’est effacé
Sous les cache-misères d’algues verdâtres.