Megafou
Nouveau poète
Je ne trouve pas de meilleur moyen pour rendre hommage à l'écrivain
original que tu étais, que de te dédier ces quelques mots :
Te voilà déjà parti; j'ai du mal à admettre des choses aussi absurdes.
Les gens comme toi ne meurent pas; ils restent à jamais gravés dans
nos mémoires, où ils y perdurent pour le bien et pour le pire.
Guy, un roman éponyme de cinq ans qui se termine
en queue de poisson; l'amertume me gagne parfois
de ne pas y avoir laissé un peu plus mon empreinte.
Derrière ce personnage rustre, vigoureux, débrouillard,
téméraire et insouciant, se cachait quelqu'un de sensible,
fascinant, cultivé, curieux, ouvert d'esprit, et talentueux.
Ton existence, tu l'as peinte de mille et une façons en
tableaux; comme des pierres volontairement semées sur
ton chemin. Quoi de plus poétique que s'éteindre, en laissant
derrière soi d'innombrables pièces du puzzle de sa vie ?
La relation que tu entretenais avec ma mère représentait initialement
à mes yeux, une menace pour elle. Tu étais l'archétype de l'anarchiste marginal, tu fumais comme un pompier, donnais une image dégradée de
toi, et vivais reclut dans une serre que tu avais toi-même amenagé.
Alors âgé d'une quinzaine d'années, j'élaborais avec mes
amis moult farces à te faire; tu ne manquais d'ailleurs pas
d'imagination ni d'audace pour répliquer. Quelle brillante
idée que de mettre du sel dans les brioches au lait que je
dégustais habituellement sur le chemin du lycée...!
En ce temps là, on se tolérait simplement; nous avions alors tous deux
trop d'égo pour afficher une quelconque sympathie l'un envers l'autre.
Mais le temps est passé, et nous avons appris à nous connaître.
Heureux hasard, nous étions tous deux animés par un étrange
état, communément appelé "folie"; cet aspect fantaisiste et
décalé de notre personnalité, nous a en effet rapidement lié.
Au fil des années, à travers nos pleurs, nos rires, nos joies, nos peines,
nos disputes, et nos péripéties, une forte complicité est née entre nous.
Je t'ai considéré comme un ami, un frère, et même un père.
La semaine dernière, j'étais terrassé en apprenant que
le "crabe" t'avait emporté à l'âge de cinquante-cinq ans..
Même si la vie n'a pas toujours été rose, que le soleil n'illuminait
pas toutes nos journées, et que le bonheur n'était pas toujours au rendez-vous, je garde, tout comme beaucoup de mes proches que tu connaissais, des souvenirs impérissables et merveilleux de toi.
Repose en paix.