Filiatus
Maître Poète

Edgar Faure était, paraît-il
Un homme doué d'un grand esprit
Un genre de "force tranquille"
Avant que le slogan fût pris
C'était un indécis, en fait
Qui changeait d'avis, prétextant
Que : "Ce n'est pas la girouette
Qui tourne, c'est juste le vent"
C'est à Béziers que naît Edgar
Béziers, la ville du pinard
Où vivent en père peinard
Le père et la mère Ménard
Le maire et la paire Ménard
Devrais-je dire en bon français
Mais on dirait que je m'Edgar
Revenons-en à mon portrait
Edgar naît en mil neuf cent-huit
Le dix-huit août, précisément
Jean-Baptiste et Claire Lavit
Sont ses sympathiques parents
Ils lui paient de longues études
De droit, de lettres et, peu banal
Ils poussent leur sollicitude
Aux cours de langues orientales
Finalement, après la guerre
À l'âge de vingt et un ans
Edgar est avocat d'affaire
C'est le plus jeune de son temps
Il épouse une journaliste
Et en guimbarde pour carrosse
Jusques en Russie communiste
Ils font leur voyage de noces
Au cours de la Seconde guerre
À l'automne quarante-deux
Ils passent tous deux la frontière
Car sa femme a du sang hébreu
Quand la paix revient derechef
Edgar est élu député
Mais pas franchement dans son fief
Puisque en Jura, Franche-Comté
Puis c'est le Conseil général
Du Jura qu'il vient chapeauter
Avant que l'ascenseur social
Au Budget vienne le hisser
Deux ans plus tard Edgar accède
Trop hâtivement au sommet
Car l'an suivant, il rétrocède
Le poste à Antoine Pinay
René Mayer, Joseph Laniel
Et enfin Pierre Mendès-France
Se suivent au septième ciel
Du gouvernement de la France
Lorsque son tour enfin repasse
En mil neuf cent cinquante-cinq
Ivre de gloire, il boit la tasse
Et chez ses électeurs, il trinque
Quand De Gaulle arrive aux affaires
Edgar est tenu à distance
Lors, à défaut d'un ministère
Au sénat, il tente sa chance
Aux élections présidentielles
En véritable démocrate
Le Général enfin l'appelle
Pour avoir soutenu la droite
Ministre de l'Agriculture
Est sa nouvelle occupation
Et les Radicaux de l'exclure
Presto de leur association
En mil neuf cent soixante-huit
Après le printemps infernal
Notre ministre ressuscite
À l'Éducation nationale
À la mort de Charles de Gaulle
En accord avec Pompidou
Il change son fusil d'épaule
Pour être député du Doubs
Pour le remercier, en somme
De sa rémission nationale
Le nouveau président le nomme
Ministre aux Affaires sociales
L'année suivante, quelle aubaine
La place au "perchoir" se libère
Aussi, pris d'une envie soudaine
Edgar lâche son ministère
Quand Georges Pompidou trépasse
Edgar veut être président
Mais, il lui faut céder la place
À messieurs Giscard et Chaban
Furieux, il veut la présidence
De son vieux Parti radical
Mais Servan-Schreiber le devance
Lors de la bataille finale
Lorsqu'il a soixante-dix piges
Il est à droite avec Chirac
Mais "l'appel de Cochin" l'afflige
Il prend ses cliques et ses claques
Et contre les partis de droite
Edgar est élu sénateur
Grâce à la gauche démocrate
Dont il est le nouveau leader
Depuis deux ans, Edgar est veuf
Et comme il n'a guère d'amis
À l'été soixante-dix-neuf
Avec Marie-Jeanne, il s'unit
Lorsque Mitterrand et ses troupes
Approchent en quatre-vingt-un
Encore une fois il se loupe
En votant pour Giscard d'Estaing
Sept ans plus tard, pour le grand Jacques
Il s'apprête à prendre parti
Mais la mort, deux jours avant Pâques
Lui fait perdre encor son pari.