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Drôle d'époque

OLIVIERW

Maître Poète
Drôle d’époque



L’hiver, cet assassin habillé de blanc sévit depuis des mois

Chaque matin, un pauvre est découvert le long des routes

Le corps gelé, pétrifié comme la pierre, le regard d’un fou

Apeuré par la main froide qui s’est penchée sur sa vie



Combien sont-ils, ces misérables, à traîner comme lui

Et moi qui ne suis qu’un pauvre paysan sans le sou

Je dois partir pour nourrir ma femme et mes enfants

Quitter ma chaumière pour trouver de quoi subsister



Les chemins ne sont pas sûrs, les écorcheurs sont là

Ces bandes de mercenaires et d’anciens soldats

Détrousseurs de passage, meurtriers et violeurs

Et avant tout pilleurs de villages et de fermes



Et la forêt n’est pas non plus sans danger, bien pire

Il est facile de se perdre ou de se faire attaquer

Ce que je crains le plus, ce sont les meutes de loups affamés

La vie ne vaut pas grand-chose et encore moins la mienne



Ironie



Je le sais, je ne vais pas me mentir, je vais mourir

Crever sur le bord de ce chemin, comme une bête

Quelle ironie ! J’ai mal ! J’ai reçu un coup de poignard

D’un plus pauvre que moi qui voulait me détrousser



Il m’a surpris, il est sorti d’un fourré en hurlant

Donne-moi ton argent et vite, sinon tu vas voir

De quel bois je me chauffe ! Un couteau à la main

Il m’a menacé, je n’ai rien sur moi, lui dis-je



Il m’a demandé de me déshabiller, d’enlever mes frusques

Il a fouillé dedans sans rien trouver ou presque, deux sous

De rage il m’a rendu la monnaie, sa lame dans mon ventre

Et il s’est enfui de rage en plein cœur de la forêt dense



Et moi, j’ai les tripes à l’air, je me vide de mon sang

Personne pour me secourir, je n’ai que trente ans

Une femme et trois enfants, ils seront orphelins

Ma compagne veuve, j’attends la venue des loups





Les pourceaux



Je suis ce cadavre qui se décompose sur le chemin

Bouffé par les nécrophages de tous acabits

Ils ont le ventre gras et plein, les vauriens

Ils se régalent de mon corps, le buffet est ouvert



Ma femme et mes enfants ont été expulsés

De la pauvre masure où nous vivions, un taudis

Ils errent dans le village comme des chiens errants

Le ventre creux, les joues creuses, vêtus de guenilles



Pour quelques sous, la mère se prostitue pour survivre

Offrant son corps décharné à des gueux en rut

Ils s’acharnent tels des verrats entre ses cuisses

Et elle détourne le regard en priant que ça cesse



Elle remonte sa robe pleine de boue, l’acte fini

Elle enlève le sperme qui a coulé sur ses jambes

Elle a envie de vomir, même de tuer ces pourceaux

Au moins, ce soir, sa marmaille et elle vont manger



Les pauvres



Et les mois passent, la mère est malade et alitée

Pas les moyens de faire venir un charlatan de médecin

Elle tousse et crache de mauvaises humeurs

Elle meurt sans dire au revoir à ses rejetons



Et eux à peine sortis de l’enfance, les pauvres

Des gueules de futurs gibiers de potence

Ils font la manche pour un bout de pain rassis

Ils ont l’air de déchets, juste bons à être jetés



Alors ils s’accrochent comme des morpions à la vie

Tout est bon pour ne pas passer l’arme à gauche

Ils sont prêts à tout, à chaparder sur un étal

Ou à voler la vieille écuelle d’un chien miteux



Ils se font ramasser par les gens d’armes du roi

Entassés avec les voleurs et les arnaqueurs

Les rats partagent la paille pleine d’excréments

Je descends de ces gens, ce sont mes ancêtres

 
on comprend mieux ainsi l'intérêt d'avoir des droits sociaux, pour ceux qui auraient oublié à quoi il servent
 
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