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Dialogue

modernLOver

Nouveau poète
Lorsque je t'ai vu, au coin de la rue, ta redingote usée devenue grise par le temps, une canne abimée à la main. Tes chaussures longues et pointus dont la semelle s'était fatiguée sur les pavés de Paris faisaient crissés les cailloux que tu foulais d'ennui. Rue des sarcasmes, tu étais là, en agressant la vie tu as décidé de profiter de ton don. Trop de choses lourdes et ignorées. C'était intenable. Il fallait parler, l'hypocrisie n'était pas dans tes traits. Supporter l'exil des autres était mieux que de supporter leur hypocrisie infiniment mal dissumulée. Puis c'était agréable de provoquer tout en pestiferant.
- Pourquoi es-tu comme ça ? lui a demandé un autre qui se disait poète.
- Pourquoi serai-je autrement ?
- Tu gènes et tu n'es pas respectueux des normes.
- Je respecte les normes de la poèsie, je ne respecte pas leur massacre.
- Quel massacre ?
- Celui des mots.
- Les poètes ne le massacrent pas.
- Bien sur que si. Ils ne disent pas ce qu'il ressentent, ils disent ce que l'on veut entendre, ce qui flatte.
- Pourquoi feraient-ils cela ?
- Je n'en suis pas certain mais je pense que leur orgueil et leur soif de reconaissance les pousse à écrire des niaiseries pour être invité dans des salons.
- Des salons ? Sais-tu ce qu'on y fait ?
- On lit, on sourit et on est fabuleusement niais.
- Tu te trompes, de grands poètes viennent et y lisent leurs créations, certaines ont pris des années et sont des joyaux.
- Combien de vrais et bon poètes as-tu rencontré ?
- des centaines.
- Tu ne vaux alors pas mieux qu'eux.
- qu'en sais -tu ?
- Tu fréquentes ces salons. Tu t'extases devant des sortes de sophistes de notre siècle. Tu es pire qu'eux peut être.
- Voudrais-tu venir avec moi dans un de ces salons ?
- Quelle horreur et quel ennui.
- Tu ne connais pas.
- J'y suis allé une fois. Tous des bureaucrates, des imprimeurs, des riches bourgeois ou aristocrate ruinés dont l'ennui les poussent à vanter des joies qu'ils n'ont jamais connus.
- Quel âge as-tu ?
- 16 ans.
- Tu prétends avoir connu des choses qu'ils ignorent. Que sais-tu de l'amour, de la jalousie, de la mort et de toutes ces tortures qui inspirent ?
- Je ne sais rien mais moi je peux aisément donner l'impression de les connaitre.
- Et comment fais-tu ?
- J'utilise les mots et leur poèsie, je ne massacre pas chaque idée en leur donnant une illusion de perfection.
- Tu te prétends supérieur à eux. Ils peuvent parvenir à donner ces illusions.
- Alors pourquoi ne le font-ils pas ?
- Parce que...
- Parce que ça ne plairait pas. En lisant un beau, un magnifique poème, on s'extase de sa parfaite histoire mais en refermant le livre, c'est decevant.
- Tu le fais aussi.
- Non.
- Que fais-tu alors ?
- J'écris la vérité, j'écris des voyages que j'ai fais, je parle des personnes que j'ai vues, des actions et des révolutions que j'ai connu. Je parle de moi, de mes propres deceptions, de mes envies et je me venge.
- Si jeune tu aurais fais tout cela ?
- Oui.
- Habillé comme tu l'es je me demande où as-tu trouvé l'argent pour tous ces voyages ?
- Tu n'es pas poète.
- Tu l'es toi peut être ?
- Non et je dois être aussi médiocre que vous mais je ne donne pas l'illusion d'être bon et en ce qui concerne l'argent ce n'est pas une limite quand on a de l'imagination.
- Tu es alors terriblement rêveur.
- Non au contraire, je fais mon voyage et il pourrait se terminer bien et magique à chaque fois mais en refermant le livre les gens seraient déçus. Alors je reste dans la réalité.
- Peu importe que les gens soient deçus, les autres poètes doivent t'apprécier autant que tu les apprécies.
- Pire je dirai. Je pense qu'ils jalousent mes facilités.
- Tu es arrogant.
- Est-ce gênant ?
- Non mais tu es prétentieux et provocateur.
- Cela se verra-t-il sur un poème ?
- Sans doute oui.
- Alors tant mieux car je ne voudrai pas me mettre à mentir dans mes poèmes comme vous autres le faites.
- Tu as peut être raison, le temps et la société nous modifie.
- J'ai certainement raison.
- Que fais-tu à Paris ?
- Je voyage.
- Sais-tu où loger ?
- Oui certains endroits de la rue me semblent trés instructifs.
- Tu peux venir chez moi, enfin chez les parents de ma femme.
- Tu es marié ?
- Oui, elle s'appelle Mathilde. Il pleut viens, nous allons boire un verre.
- D'absinthe ?
- Oui.
- Comment t'appelles tu ?
- Paul. Et toi ? D'où viens -tu, quel est ton prénom ?
- Je suis de Charleville Mezières, je m'appelle Arthur.
Ils entrent dans un bar, Paul pose une main dans le dos du jeune homme pour l'inciter à entrer. Ils disparaissent dans le fond de la salle.
 
En lisant la biographie de Rimbaud, cette arrogance m'a plu et j'ai imaginé sa toute première conversation avec Verlaine. =)
 
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