rivière
Maître Poète
Devez urbaphobe, et proche de vos semblables
Alors que je me sentais fiévreuse,
et fatiguée depuis plusieurs mois,
je me rendis
chez le docteur Drèves, mon médecin traitant,
à Paris, dans le quinzième arrondissement.
Ce dernier m’ausculta, prit ma tension,
me tata le cou, m’examina et laissa tomber
de ce ton docte et détaché
qu’il employait envers ses patients
proches de la tombe :
- c’est bien ce que je craignais,
chère mademoiselle,
- vous souffrez d’urbaphobie aigüe,
il n’y a plus rien à faire,
vous en possédez tous les symptômes,
à l’instar de vos cernes sous les yeux,
voire la fatigue permanente
dont vous m’avez entretenu
voilà deux mois,
et cette respiration sifflante,
- j’ai lu d’ailleurs à ce propos
hier soir, un article fort intéressant
de l’un de mes confrères,
le professeur
-Charles-Edouard de Chevreuse de la Batelière,
de l’université de Genève.
Pour reprendre ses arguments,
cette maladie se définit
- par un rejet du mode de vie urbain,
et un amour inconsidéré
pour
la Nature et la campagne.
- Je vous mets en congé longue maladie
dès maintenant,
et vous prescris un repos prolongé
dans un lieu à votre convenance.
- Votre espérance de vie n’est que
de quelques mois au grand maximum,
voici mon ordonnance,
et bon courage quand même, conclut-il.
Je sortis désespérée de la consultation,
d’autres spécialistes fort réputés
confirmèrent de leur air sévère et martial
le diagnostic de leur confrère.
Je décidai de passer
le restant de mes jours en Sarthe,
où j’avais passé une enfance
et une adolescence heureuses
avant d’être nommée
professeure de lettres dans la capitale.
Je redécouvris dès mon arrivée
les merveilles des frondaisons,
les fraîcheurs de l’herbe menue
dans le vent de l’aurore,
les murmures des sources,
le friselis du rêve
quand sonne
la cloche de l’église Saint-Guingalois
à Château-du-Loir,
où j’avais appris
à chanter et à écrire le rythme des saisons,
les syllabes d’étoile
qui animaient
depuis lors mon existence.
Les semaines, puis les mois s’écoulèrent,
j’écrivis de nouveau nombre de poèmes,
et mon état alla
s’améliorant,
si bien que je réintégrai
par dérogation médicale,
et à ma demande expresse
le collège de Flée situé non loin de là.
Je profitai des vacances pascales
l’année suivante
pour régler quelques affaires
dans la capitale et revoir le docteur Drèves,
qui faillit s’évanouir à ma vue,
car il me croyait morte et enterrée.
- Je vous remercie de m’avoir octroyé
ce long repos,
- vous m’avez sauvé l’existence
en me faisant découvrir la vraie Vie.
Si vous êtes malade docteur,
je peux vous soigner, ajoutai-je,
- moqueuse, d’autant que vous vous avérez
bilieux et maladif,
malgré tous vos efforts saugrenus
pour paraître jeune et dynamique,
- pour ce faire, je vous donne un conseil :
parcourez les fourrés, les bois et les prés
en tous sens, entendez les chants des oiseaux,
devenez urbaphobe, humble et proche de vos semblables,
- vous n’en serez
que meilleur, je vous salue bien bas,
monsieur, ajoutai-je
en claquant la porte sans payer !
Sophie 839
Alors que je me sentais fiévreuse,
et fatiguée depuis plusieurs mois,
je me rendis
chez le docteur Drèves, mon médecin traitant,
à Paris, dans le quinzième arrondissement.
Ce dernier m’ausculta, prit ma tension,
me tata le cou, m’examina et laissa tomber
de ce ton docte et détaché
qu’il employait envers ses patients
proches de la tombe :
- c’est bien ce que je craignais,
chère mademoiselle,
- vous souffrez d’urbaphobie aigüe,
il n’y a plus rien à faire,
vous en possédez tous les symptômes,
à l’instar de vos cernes sous les yeux,
voire la fatigue permanente
dont vous m’avez entretenu
voilà deux mois,
et cette respiration sifflante,
- j’ai lu d’ailleurs à ce propos
hier soir, un article fort intéressant
de l’un de mes confrères,
le professeur
-Charles-Edouard de Chevreuse de la Batelière,
de l’université de Genève.
Pour reprendre ses arguments,
cette maladie se définit
- par un rejet du mode de vie urbain,
et un amour inconsidéré
pour
la Nature et la campagne.
- Je vous mets en congé longue maladie
dès maintenant,
et vous prescris un repos prolongé
dans un lieu à votre convenance.
- Votre espérance de vie n’est que
de quelques mois au grand maximum,
voici mon ordonnance,
et bon courage quand même, conclut-il.
Je sortis désespérée de la consultation,
d’autres spécialistes fort réputés
confirmèrent de leur air sévère et martial
le diagnostic de leur confrère.
Je décidai de passer
le restant de mes jours en Sarthe,
où j’avais passé une enfance
et une adolescence heureuses
avant d’être nommée
professeure de lettres dans la capitale.
Je redécouvris dès mon arrivée
les merveilles des frondaisons,
les fraîcheurs de l’herbe menue
dans le vent de l’aurore,
les murmures des sources,
le friselis du rêve
quand sonne
la cloche de l’église Saint-Guingalois
à Château-du-Loir,
où j’avais appris
à chanter et à écrire le rythme des saisons,
les syllabes d’étoile
qui animaient
depuis lors mon existence.
Les semaines, puis les mois s’écoulèrent,
j’écrivis de nouveau nombre de poèmes,
et mon état alla
s’améliorant,
si bien que je réintégrai
par dérogation médicale,
et à ma demande expresse
le collège de Flée situé non loin de là.
Je profitai des vacances pascales
l’année suivante
pour régler quelques affaires
dans la capitale et revoir le docteur Drèves,
qui faillit s’évanouir à ma vue,
car il me croyait morte et enterrée.
- Je vous remercie de m’avoir octroyé
ce long repos,
- vous m’avez sauvé l’existence
en me faisant découvrir la vraie Vie.
Si vous êtes malade docteur,
je peux vous soigner, ajoutai-je,
- moqueuse, d’autant que vous vous avérez
bilieux et maladif,
malgré tous vos efforts saugrenus
pour paraître jeune et dynamique,
- pour ce faire, je vous donne un conseil :
parcourez les fourrés, les bois et les prés
en tous sens, entendez les chants des oiseaux,
devenez urbaphobe, humble et proche de vos semblables,
- vous n’en serez
que meilleur, je vous salue bien bas,
monsieur, ajoutai-je
en claquant la porte sans payer !
Sophie 839