CONTES EN MELI MELO
hors concours
Et c’est ainsi, sortant tout juste de son long sommeil que la Belle au bois dormant chevaucha avec son bien aimé un beau cheval blanc pour rejoindre le palais de son prince…
Le mariage fut somptueux et durant plus de trois mois tout le royaume était en fête, bals festins se succédaient…
Afin de rattraper le temps perdu, la jeune épousée ne cessait de danser, de goûter les mets les plus fins et les plus rares, cuisinés spécialement à son attention.
Elle resplendissait de vie, de rire, de beauté et partout dans son sillage elle entrainait l’enchantement.
Puis quelques temps après elle donnait naissance à deux magnifiques bébés, roses et potelés à souhait. Le prince était au comble du bonheur : une merveilleuse jeune femme, un garçon et une fille, fruits de leur passion.
Mais la Belle sentit la fatigue peu à peu l’envahir, et le soir, devant son miroir, elle avait du mal à se reconnaitre : le teint grisâtre, de larges cernes sous ses yeux, des rides se creusaient de jour en jour sur, ce jadis, si beau visage...
A l’occasion de son second anniversaire de mariage, sous les insistances de son prince charmant, elle accepta une promenade en carrosse dans la campagne avoisinante.
Les villageois était enthousiasmés de voir leur prince : « comme il est jeune et beau », « comme il est attentionné, il promène son aïeule »…Mais la Belle ne put heureusement entendre ces propos, elle était devenue dure d’oreille…
Plus question pour elle de se servir de son rouet et de son fuseau…Sa vue s’estompait, ses mains tremblaient…Elle avait seize ans quand elle sombra dans un profond sommeil, se réveillant cent ans plus tard….Le temps la rattrapait : elle avait donc cent dix huit ans (cent dix neuf bientôt) et son prince en affichait vingt deux…Vrai que ce beau prince se consolait dans les bras des servantes et des jeunes villageoises du royaume, fallait bien que jeunesse se passe !
Alors la Belle dénicha dans la vaste bibliothèque du château un ouvrage qui lui paru digne d’intérêt : « comment sauvegarder sa jeunesse ». En feuilletant ces pages poussiéreuses elle pensa avoir découvert la solution…
Se reposer le plus longtemps possible, ne faire aucun effort, se nourrir uniquement de bouillon.
Alors, refusant toute festivité, elle s’éveillait à midi, buvant une gorgée de lait d’ânesse et se rendormait après une toilette des plus sommaires jusqu’à 19h où elle avalait un brouet clair et se rendormait jusqu’au lendemain matin. Mais l’âge reste l’âge et malgré ce régime strict elle ne retrouva pas l’ombre de ses seize ans…
N’en pouvant plus de vivre aux côtés de cette vieille femme devenue chauve, sourde, aveugle et perdant la raison, le prince charmant décida de confier ses deux jeunes enfants à son frère aîné, prince d’un royaume voisin qui avait épousé une certaine Blanche Neige quelques années auparavant.
Lorsqu’il arriva, il fut accueilli par une nuée de jeunes gamins, tous étaient de très petite taille avec des visages disproportionnés par rapport à leurs corps.
Blanche Neige était devenue une grosse dondon avec touts ses grossesses successives et n’avait plus rien de commun avec la belle jeune fille qui avait épousé son frère quelques années plutôt.
Elle le reçu de mauvaise grâce : elle avait déjà assez à faire avec ses mioches et n’avait pas le temps de s’occuper de ceux des autres, même ceux de son beau-frère ! Et déjà heureux que les sept nains, parrains de ses nombreux enfants, étaient là pour lui porter aide.
Le prince confia le soir même à son frère combien il était intrigué par la ressemblance de ses nièces et neveux avec Prof, Atchoum, Simplet, Joyeux, Grincheux, Timide et Dormeur…Son frère haussa les épaules d’un air blasé…
Alors le prince charmant repris la route pour aller dans le royaume de son frère cadet qui venait tout juste d’épouser Cendrillon.
Aussitôt arrivé, son frère lui conta son désespoir : toutes ses terres étaient recouvertes de crottes de souris, plus rien ne poussait, les « amies » de sa jeune épouse rongeaient toutes les graines et les semis…Par décret (et par complaisance pour Cendrillon) les chats avaient été bannis du territoire, au château c’était encore bien pire : les souris régnaient en force et grignotaient avec avidité toute la nourriture, les tapisseries, les meubles, les tableaux, le linge…..Et même le soir lorsqu’il se couchait avec Cendrillon, il trouvait avec effroi une vingtaine de ces bestioles dans son lit…
Alors le prince charmant repris la route avec ses deux enfants. Tandis que les chérubins cueillaient des fleurs pour en faire un joli bouquet, le prince toilettait son beau cheval blanc, ce dernier fut piqué par une guêpe et lui donna une vive bourrade. Le prince tomba, sa tête heurta une grosse pierre…et il mourut sur le coup.
Les enfants de hurler, de pleurer, de hurler, de pleurer jusqu’à ce qu’une vieille femme, alertée par leurs cris arriva.
« Ne pleurez plus mes enfants chéris, vous allez venir chez moi ! Je sais faire des gâteaux et ma maison est en pain d’épice et en sucre d’orge…Quels sont vos prénoms ? »
« Hansel et Gretel madame »
Et l’ogresse les dévora la nuit même.
FIN