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Cauchemar

Carme

Poète libéré
Je fis un cauchemar : un monde abject surgit !

J’entrevis un monde difforme, rabougri ;
Un monde farouche comme un mauvais prélude,
Un milieu austère baigné de turpitude :
Le banc des déficients liés aux vaniteux
Et la constellation des groupes crapuleux.
J’aperçus la masse des dettes abyssales :
Tant de bons sentiments couchés dans des draps sales.
Je vis la Cinquième entrant dans le néant ;
Je vis la République au fond du trou béant ;
Je vis celui qui trame et celui qui conspire ;
Je vis aussi celui qui ment comme il respire.
Les époques flambaient ; des amas de débris
S’élevaient au-delà de nos simples abris ;
Je vis les bas instincts fleurir sous la dictée ;
La médiocrité nommée, oblitérée
En valeur absolue, en vertu de la Nuit.
J’aperçus ce chaos : tout un monde détruit,
Renversé par les vents, englouti par la houle ;
La civilisation du progrès qui s’écroule ;
J’aperçus bien des gens en haut des parapets,
Les yeux écarquillés, courant tels des poulets,
Ne sachant où aller, folle course incertaine !
Des hommes sans raison, des ventres sans bedaine !
Triste désolation, implacable univers …
Je vis des partis faux et leurs membres pervers,
Excitant le mépris et cultivant le vide,
Érigeant la bassesse en doctrine morbide ;
Et sapant la nation par de funestes coups
Je voyais là ces Durs que nous appelons Mous !
Je comprenais enfin : délits et copinages,
Les dols, les concussions venant des noirs rivages
Étaient l’oeuvre sans fin des nouveaux philistins,
Tous ces politiciens sans honneur, ces mâtins
Mus par leur histoire au détriment de l’Histoire,
Mus iniquement par leur parcours dérisoire.

Et ce rêve éveillé, sonnant pour tous le glas,
Marquait le glissement du pays vers le bas
Sous le rythme obsédant des grands tambours funèbres.

Pourtant ce songe est vrai. Entrez dans les ténèbres …
 
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