Filiatus
Maître Poète
Écrivain, traducteur, chanteur
Parolier, peintre, trompettiste
Directeur artistique, acteur
Poète, ingénieur, scénariste
Voilà les différents métiers
Qu'exerçait Vernon Sullivan
Ainsi qu'il s'était surnommé
Pour s'émanciper de ses fans
C'est le dix mars mil neuf cent-vingt
Que du couple Paul et Yvonne
Naît Boris le fils benjamin
D'une fratrie de trois personnes
Nous sommes à Ville-d'Avray
Une ville de Seine-et-Oise
Où Paul, austère Versaillais
Dispense une instruction bourgeoise
D'une santé plutôt fragile
Pour ne pas dire chancelante
On fait venir à domicile
Une scrupuleuse enseignante
Très tôt il sait lire et écrire
Il apprend l'anglais avec fièvre
Et comme son mal point n'empire
Il s'en va étudier à Sèvres
Puis au lycée Hoche à Versailles
Enfin Condorcet à Paris
Le jeune Boris est de taille
À passer son bac sans soucis
Il se passionne pour le jazz
En France encore méconnu
Et le soir venu il embrase
Avec sa trompette la rue
Quand la guerre mondiale éclate
Boris a juste dix-neuf ans
Mais sa santé trop délicate
Le réforme du contingent
Il entre à l'École Centrale
Des Arts et des Manufactures
Qui a quitté la Capitale
Pour une autre "kommandantur"
Comme l'école est en Charente
Toute la famille le suit
Dans les Landes elle s'implante
Car les Vian détestent Vichy
Boris épouse sa promise
En quarante et un, à Paris
Son nom c'est Michèle Léglise
À l'église il s'est donc uni
Voulant coller à son époque
Boris s'intéresse aux Zazous
Crée des clubs plus ou moins loufoques
Où les gandins ont rendez-vous
Parallèlement il décroche
Un diplôme d'ingénierie
Lors, en plus de l'argent de poche
L'administration le nourrit
Vers quarante-quatre il publie
Sous le pseudo "Bison ravi"
Quelques poèmes bien sentis
Sur la cruauté des nazis
Peu après, Boris fait paraître
Son roman "L'Écume des jours"
Qui, s'il le fait un peu connaître
Malheureusement est un four
En quarante-sept, il s'impose
Avec un roman, une bombe
Dont le titre empreint de psychose
Est : "J'irai cracher sur vos tombes"
À la nuit venue, rue Dauphine
Au cœur de Saint-Germain-des-Prés
Ça balance, ça se dandine
Quand il joue ses airs endiablés
Boris qui n'est plus fonctionnaire
[Il a donné sa démission]
Vit dans le monde littéraire
Et parfois écrit des chansons
Il se lance dans le théâtre
Et la comédie musicale
Il coupe les phrases en quatre
Au milieu d'un ballet vocal
Il se sépare de Michèle
En mil neuf cent cinquante et un
Pour une Allemande très belle
[De seins Michèle à seins germains]
Boris, maintenant trentenaire
S'essaie au métier de chanteur
Il crée un chant contre la guerre
Qu'il appelle "Le Déserteur"
Mais son thème antimilitaire
Antimilitariste même
Lui vaut les foudres de ses pairs
Du public et du "star system"
Après le jazz, le roman noir
Le théâtre, le music-hall
Boris découvre un nouvel art
Venu de l'ouest, le "rock'n'roll"
"Rock'n'roll Mops" d'Henry Cording
[C'est l'alias d'Henri Salvador]
"Fais-moi mal Johnny", autre swing
Sont tous deux presque disques d'or
Mais la java encor le pique
Celle des "chaussettes à clous"
Celle des "bombes atomiques"
Aux thèmes souvent aigres-doux
Malgré ses soucis de santé
Il ne cesse guère son job
Il écrit "Les Joyeux bouchers"
"Je bois" et encore "J'suis snob"
Il est directeur artistique
Chez Philips, puis chez Fontana
Lors, Boris change de boutique
Et chez Barclay donne le "la"
La maladie frappe l'artiste
Mais comme il est surréaliste
Pour ne pas trop nous rendre triste
Il écrit "Le Blues du dentiste"
Boris décède d'un œdème
Pulmonaire gros comme un œuf
À Paname, dans le septième
Le vingt-trois juin cinquante-neuf
Parolier, peintre, trompettiste
Directeur artistique, acteur
Poète, ingénieur, scénariste
Voilà les différents métiers
Qu'exerçait Vernon Sullivan
Ainsi qu'il s'était surnommé
Pour s'émanciper de ses fans
C'est le dix mars mil neuf cent-vingt
Que du couple Paul et Yvonne
Naît Boris le fils benjamin
D'une fratrie de trois personnes
Nous sommes à Ville-d'Avray
Une ville de Seine-et-Oise
Où Paul, austère Versaillais
Dispense une instruction bourgeoise
D'une santé plutôt fragile
Pour ne pas dire chancelante
On fait venir à domicile
Une scrupuleuse enseignante
Très tôt il sait lire et écrire
Il apprend l'anglais avec fièvre
Et comme son mal point n'empire
Il s'en va étudier à Sèvres
Puis au lycée Hoche à Versailles
Enfin Condorcet à Paris
Le jeune Boris est de taille
À passer son bac sans soucis
Il se passionne pour le jazz
En France encore méconnu
Et le soir venu il embrase
Avec sa trompette la rue
Quand la guerre mondiale éclate
Boris a juste dix-neuf ans
Mais sa santé trop délicate
Le réforme du contingent
Il entre à l'École Centrale
Des Arts et des Manufactures
Qui a quitté la Capitale
Pour une autre "kommandantur"
Comme l'école est en Charente
Toute la famille le suit
Dans les Landes elle s'implante
Car les Vian détestent Vichy
Boris épouse sa promise
En quarante et un, à Paris
Son nom c'est Michèle Léglise
À l'église il s'est donc uni
Voulant coller à son époque
Boris s'intéresse aux Zazous
Crée des clubs plus ou moins loufoques
Où les gandins ont rendez-vous
Parallèlement il décroche
Un diplôme d'ingénierie
Lors, en plus de l'argent de poche
L'administration le nourrit
Vers quarante-quatre il publie
Sous le pseudo "Bison ravi"
Quelques poèmes bien sentis
Sur la cruauté des nazis
Peu après, Boris fait paraître
Son roman "L'Écume des jours"
Qui, s'il le fait un peu connaître
Malheureusement est un four
En quarante-sept, il s'impose
Avec un roman, une bombe
Dont le titre empreint de psychose
Est : "J'irai cracher sur vos tombes"
À la nuit venue, rue Dauphine
Au cœur de Saint-Germain-des-Prés
Ça balance, ça se dandine
Quand il joue ses airs endiablés
Boris qui n'est plus fonctionnaire
[Il a donné sa démission]
Vit dans le monde littéraire
Et parfois écrit des chansons
Il se lance dans le théâtre
Et la comédie musicale
Il coupe les phrases en quatre
Au milieu d'un ballet vocal
Il se sépare de Michèle
En mil neuf cent cinquante et un
Pour une Allemande très belle
[De seins Michèle à seins germains]
Boris, maintenant trentenaire
S'essaie au métier de chanteur
Il crée un chant contre la guerre
Qu'il appelle "Le Déserteur"
Mais son thème antimilitaire
Antimilitariste même
Lui vaut les foudres de ses pairs
Du public et du "star system"
Après le jazz, le roman noir
Le théâtre, le music-hall
Boris découvre un nouvel art
Venu de l'ouest, le "rock'n'roll"
"Rock'n'roll Mops" d'Henry Cording
[C'est l'alias d'Henri Salvador]
"Fais-moi mal Johnny", autre swing
Sont tous deux presque disques d'or
Mais la java encor le pique
Celle des "chaussettes à clous"
Celle des "bombes atomiques"
Aux thèmes souvent aigres-doux
Malgré ses soucis de santé
Il ne cesse guère son job
Il écrit "Les Joyeux bouchers"
"Je bois" et encore "J'suis snob"
Il est directeur artistique
Chez Philips, puis chez Fontana
Lors, Boris change de boutique
Et chez Barclay donne le "la"
La maladie frappe l'artiste
Mais comme il est surréaliste
Pour ne pas trop nous rendre triste
Il écrit "Le Blues du dentiste"
Boris décède d'un œdème
Pulmonaire gros comme un œuf
À Paname, dans le septième
Le vingt-trois juin cinquante-neuf
