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Grand poète
Il était une fois quatre cavaliers de la route. Pendant la quête de leur avenir, ils sombrent dans le sommeil, mais pour combien de temps ? Cela reste une énigme. Ils étaient quatre, un policier doté d’une violence extrême et inconsciente. Un scientifique, pour qui le besoin d’être toujours sceptique prenait le pas sur sa foi. Un musicien, obnubilé par une nécessité impérative de nourrir sa créativité par des oeuvres qui ne lui appartenaient pas. Un clodo menant une vie facile.
Pour lui, les problèmes à résoudre étaient une perte de temps… et la vie est si courte pour s’engager dans des
responsabilités. Par un lien méconnu par les quatre chevaliers, quelque chose somnolant en eux va soudain se réveiller. Que ce soit pour le pire ou le meilleur, ils vont être confrontés à leur propre personne et vont découvrir enfin le but de leur longue recherche : la tranquillité d’un sommeil apaisant.
Colère
A quarante ans, le policier avait déjà donné vingt ans de service dans sa brigade. Sa passion ? L’action sur le terrain.
Toute personne hors-la-loi qui traversait son chemin n’avait aucune chance de s’en tirer. Pour cet agent de police, il était impératif que quelqu’un paie ! Toujours ! S’il existe des dettes dans ce monde, c’est qu’elles ont été faites pour être payées. C’était sa philosophie.
Représentait-il une erreur de la nature ou peut-être le résultat d’une expérience de plus du monde et de son comportement ? Au cours d’une nuit, pendant qu’il faisait une promenade après son service, il fut assommé par un dealer qui lui avait promis de lui faire la peau un jour.
Après l’avoir frappé, il le dépouilla de tous ses documents d’identité et cartes de crédit. Il changea son pistolet contre celui qui avait été utilisé pour une affaire de meurtre une heure avant. Le policier en question était un personnage haï par tous. Ses détracteurs n’attendaient qu’un faux pas pour l’effacer de la carte. Le jour qui suivit, quand le crime fut découvert, personne ne crut en son innocence. Il fut traduit en justice et condamné à la peine capitale.
Désormais, c’était pour lui les cent pas tout au long de l’interminable couloir qui apaise nos peines et efface nos larmes qui l’attendaient. Juste quelques pas pour finir la promenade commencée le soir précédent, après son dernier service.
Entre quatre murs, la réflexion quant à son comportement envers lui-même et ses proches ne tarda pas à surgir dans sa conscience. Les questions et les réponses personnelles allaient prendre doucement le dessus. Seul dans son trou, le besoin de communiquer se réveilla en lui. Et un miracle inattendu survint trois jours avant que la peine de mort ne soit appliquée : il retrouva la paix intérieure.
Trop d’orgueil et de fierté peuvent souvent nous faire trébucher et devenir des esclaves de notre propre égoïsme. Personne n’est jamais intouchable (ad æternam.) Le jour où nous n’y pensons pas, l’imprévisible peut nous secouer et transformer définitivement une existence.
Désespoir
Un scientifique, un génie dans son domaine. A seulement 20 ans, il avait déjà développé et présenté diverses théories révolutionnaires qui avaient été acceptées. Il était célèbre, mais plutôt démuni de biens.
Un jour, allez savoir pourquoi, un défi incongru se réveilla en lui : prouver qu’après la mort, chaque être devenait une nuance de couleur. Divin mélange qui explique la présence d’une telle panoplie de tonalités chromatiques face à nos yeux ébahis. Un travail dont le fait d’y croire dépasse le scepticisme. Bien que sa tête et sa façon de percevoir les choses aient été obtuses jusqu’ici, il n’est jamais exclu qu’un jour, tout un chacun puisse changer au moment le plus inattendu. Ce n’est pas une question de voir ou de ne pas voir. Mais de vouloir et y croire. Le reste est superflu. Sans laisser écouler une minute de plus, il mit en route de nouvelles expériences, baignant dans d’étranges recherches…
Un problème s’était présenté au moment de la dernière phase pratique de l’exercice. Pour pouvoir aboutir à un résultat, qu’il soit positif ou négatif, une question inévitable devenait impérative : où pourrait-il trouver des volontaires qui accepteraient de franchir la ligne de la mort tout en gardant l’espoir d’un retour
triomphal ? Ou encore plus délicat, qui croirait sans le moindre doute à la certitude d’une attente dans l’au-delà ? C’est ce que la théorie du génie tenait à prouver.
Le jeune scientifique, soucieux, s’approcha de la grande fenêtre de son laboratoire. Il tira les rideaux et fixa son regard sur l’immense masse des cieux. Trois longues heures couleront avant qu’il ne réagisse à nouveau et reprenne son travail. Devant le ciel blanc et vide telle une feuille vierge, il était demeuré immobile.
Un changement inattendu allait arriver bientôt, mais quand précisément ? Mais quand ? Au nom des spectres !
Soudain, il y eut comme des feux d’artifice dans la totalité du ciel. Des tourbillons, porteurs de couleurs chaudes, allaient caresser la superficie du firmament. Inopinément, cet étincelant sourire qui n’appartient qu’aux dingues, maîtres de ses rêves, se dessina pour la première fois sur son visage livide.
Eurêka ! cria-t-il, j’ai trouvé la réponse à ma question. Il prit alors la ferme décision d’être son propre cobaye. Il s’en est allé et n’est jamais revenu. Personne ne saura jamais s’il a réussi à atteindre son but. Néanmoins, il est parti en paix, vainqueur de cet ennemi qui lui avait gâché toute sa vie : son côté incrédule.
Comment peut-il ne pas croire, celui qui n’a jamais vu ? Et comment peut-il être certain, celui qui a vu et touché ?
Peut-être que c’est une question de foi. Un miracle qui nous permet de tenir dans le pire et de s’éclater à fond le champignon dans le meilleur. Tout cela sans avoir la crainte du lendemain.
L’aboutissement d’un changement ne sera peut-être pas toujours tel que nous l’aurons imaginé. Cependant, si nous ne le laissons pas entrer quand il frappe à la porte, personne ne saura jamais ce qui aurait pu se passer.
Tristesse
Il était beau, passionné et solitaire. Il avait une longue chevelure noire. Des yeux à la pigmentation caramel, profonds et imprévisibles. Ses mains dures et lisses comme le marbre voyageaient comme un éclair sur la gorge ensanglantée de son violon. Quand l’improvisation de sa musique volait vers le public, tous étaient envoûtés par cet univers presque diabolique. Il ne jouait jamais aucune composition telle qu’elle avait été écrite. Il la décomposait pour ensuite l’amener au plus près d’une perfection absolue. A chaque présentation, son jeu était différent. L’éclat de sa prestation était dans la richesse de ses variations.
Un soir, dans les coulisses du théâtre, après une de ses représentations, quelqu’un s’est adressé à lui et lui a dit : « Le jeu de vos variations est étonnant, vous êtes sans aucun doute un virtuose. Cependant, il ne vous est jamais venu à l’esprit de composer vos propres oeuvres ? De cesser de tourmenter le passé qui ne vous appartient pas ? Si vous cherchez la perfection, je peux vous dire qu’en tant que musicien, vous l’avez déjà conquise. Mais si vous n’êtes pas encore satisfait des résultats, c’est peut-être parce que c’est le moment de vous envoler dans votre propre musique. »
Le musicien est parti la tête en l’air, interloqué par les mots que cet individu, sorti de nulle part, lui avait dits. Arrivé chez lui, il a rangé son violon dans son placard et a disparu du monde des vivants pendant quelques jours. Ses présentations suivantes durent être annulées. Nul ne savait où il était.
Paix de l’esprit
A l’aube d’un nouveau jour, un clodo se trouvait assis sur un trottoir en face d’un vieux bâtiment près de la gare. Comme par enchantement, le musicien disparu revint à la surface et apparut à l’abri des rideaux d’une vieille fenêtre du deuxième étage d’une maison décrépie, à la cheminée vacillante.
Quelques tuiles, lézardées par les coups de boutoir d’une récente tempête, menaçaient de s’écraser sur le trottoir, quatre étages plus bas. Sur un fronton délabré, une date : 1832.
Le clodo leva son visage, soudain attiré par des sons presque paradisiaques. Face au jeu du violoniste, il restait émerveillé. La mélodie était si fluide et si touchante que des larmes d’amertume suivies de rires sincères apparurent sur le visage émacié de l’hôte du macadam. Il fut saisi d’une danse involontaire. Ce petit personnage qui, avant cette rencontre, n’avait rien à foutre de rien vit s’évanouir dans l’éther, par un miracle de la foi, les écailles qu’il portait sur ses yeux. Il avait reconnu le jeune génie, son fils unique. Jadis égaré dans le néant de son égoïsme.
Parfois, vouloir adopter une personnalité qui ne nous appartient pas nous fait croire à un sentiment fictif de mieux vivre.
Peut-être que, sous le plus sophistiqué des déguisements, nous parvenons à tromper quelques personnes. Mais nous, non ! Jamais ! Gagner ou perdre devient souvent aléatoire si nous ne croyons pas en qui nous sommes.
Pour lui, les problèmes à résoudre étaient une perte de temps… et la vie est si courte pour s’engager dans des
responsabilités. Par un lien méconnu par les quatre chevaliers, quelque chose somnolant en eux va soudain se réveiller. Que ce soit pour le pire ou le meilleur, ils vont être confrontés à leur propre personne et vont découvrir enfin le but de leur longue recherche : la tranquillité d’un sommeil apaisant.
Colère
A quarante ans, le policier avait déjà donné vingt ans de service dans sa brigade. Sa passion ? L’action sur le terrain.
Toute personne hors-la-loi qui traversait son chemin n’avait aucune chance de s’en tirer. Pour cet agent de police, il était impératif que quelqu’un paie ! Toujours ! S’il existe des dettes dans ce monde, c’est qu’elles ont été faites pour être payées. C’était sa philosophie.
Représentait-il une erreur de la nature ou peut-être le résultat d’une expérience de plus du monde et de son comportement ? Au cours d’une nuit, pendant qu’il faisait une promenade après son service, il fut assommé par un dealer qui lui avait promis de lui faire la peau un jour.
Après l’avoir frappé, il le dépouilla de tous ses documents d’identité et cartes de crédit. Il changea son pistolet contre celui qui avait été utilisé pour une affaire de meurtre une heure avant. Le policier en question était un personnage haï par tous. Ses détracteurs n’attendaient qu’un faux pas pour l’effacer de la carte. Le jour qui suivit, quand le crime fut découvert, personne ne crut en son innocence. Il fut traduit en justice et condamné à la peine capitale.
Désormais, c’était pour lui les cent pas tout au long de l’interminable couloir qui apaise nos peines et efface nos larmes qui l’attendaient. Juste quelques pas pour finir la promenade commencée le soir précédent, après son dernier service.
Entre quatre murs, la réflexion quant à son comportement envers lui-même et ses proches ne tarda pas à surgir dans sa conscience. Les questions et les réponses personnelles allaient prendre doucement le dessus. Seul dans son trou, le besoin de communiquer se réveilla en lui. Et un miracle inattendu survint trois jours avant que la peine de mort ne soit appliquée : il retrouva la paix intérieure.
Trop d’orgueil et de fierté peuvent souvent nous faire trébucher et devenir des esclaves de notre propre égoïsme. Personne n’est jamais intouchable (ad æternam.) Le jour où nous n’y pensons pas, l’imprévisible peut nous secouer et transformer définitivement une existence.
Désespoir
Un scientifique, un génie dans son domaine. A seulement 20 ans, il avait déjà développé et présenté diverses théories révolutionnaires qui avaient été acceptées. Il était célèbre, mais plutôt démuni de biens.
Un jour, allez savoir pourquoi, un défi incongru se réveilla en lui : prouver qu’après la mort, chaque être devenait une nuance de couleur. Divin mélange qui explique la présence d’une telle panoplie de tonalités chromatiques face à nos yeux ébahis. Un travail dont le fait d’y croire dépasse le scepticisme. Bien que sa tête et sa façon de percevoir les choses aient été obtuses jusqu’ici, il n’est jamais exclu qu’un jour, tout un chacun puisse changer au moment le plus inattendu. Ce n’est pas une question de voir ou de ne pas voir. Mais de vouloir et y croire. Le reste est superflu. Sans laisser écouler une minute de plus, il mit en route de nouvelles expériences, baignant dans d’étranges recherches…
Un problème s’était présenté au moment de la dernière phase pratique de l’exercice. Pour pouvoir aboutir à un résultat, qu’il soit positif ou négatif, une question inévitable devenait impérative : où pourrait-il trouver des volontaires qui accepteraient de franchir la ligne de la mort tout en gardant l’espoir d’un retour
triomphal ? Ou encore plus délicat, qui croirait sans le moindre doute à la certitude d’une attente dans l’au-delà ? C’est ce que la théorie du génie tenait à prouver.
Le jeune scientifique, soucieux, s’approcha de la grande fenêtre de son laboratoire. Il tira les rideaux et fixa son regard sur l’immense masse des cieux. Trois longues heures couleront avant qu’il ne réagisse à nouveau et reprenne son travail. Devant le ciel blanc et vide telle une feuille vierge, il était demeuré immobile.
Un changement inattendu allait arriver bientôt, mais quand précisément ? Mais quand ? Au nom des spectres !
Soudain, il y eut comme des feux d’artifice dans la totalité du ciel. Des tourbillons, porteurs de couleurs chaudes, allaient caresser la superficie du firmament. Inopinément, cet étincelant sourire qui n’appartient qu’aux dingues, maîtres de ses rêves, se dessina pour la première fois sur son visage livide.
Eurêka ! cria-t-il, j’ai trouvé la réponse à ma question. Il prit alors la ferme décision d’être son propre cobaye. Il s’en est allé et n’est jamais revenu. Personne ne saura jamais s’il a réussi à atteindre son but. Néanmoins, il est parti en paix, vainqueur de cet ennemi qui lui avait gâché toute sa vie : son côté incrédule.
Comment peut-il ne pas croire, celui qui n’a jamais vu ? Et comment peut-il être certain, celui qui a vu et touché ?
Peut-être que c’est une question de foi. Un miracle qui nous permet de tenir dans le pire et de s’éclater à fond le champignon dans le meilleur. Tout cela sans avoir la crainte du lendemain.
L’aboutissement d’un changement ne sera peut-être pas toujours tel que nous l’aurons imaginé. Cependant, si nous ne le laissons pas entrer quand il frappe à la porte, personne ne saura jamais ce qui aurait pu se passer.
Tristesse
Il était beau, passionné et solitaire. Il avait une longue chevelure noire. Des yeux à la pigmentation caramel, profonds et imprévisibles. Ses mains dures et lisses comme le marbre voyageaient comme un éclair sur la gorge ensanglantée de son violon. Quand l’improvisation de sa musique volait vers le public, tous étaient envoûtés par cet univers presque diabolique. Il ne jouait jamais aucune composition telle qu’elle avait été écrite. Il la décomposait pour ensuite l’amener au plus près d’une perfection absolue. A chaque présentation, son jeu était différent. L’éclat de sa prestation était dans la richesse de ses variations.
Un soir, dans les coulisses du théâtre, après une de ses représentations, quelqu’un s’est adressé à lui et lui a dit : « Le jeu de vos variations est étonnant, vous êtes sans aucun doute un virtuose. Cependant, il ne vous est jamais venu à l’esprit de composer vos propres oeuvres ? De cesser de tourmenter le passé qui ne vous appartient pas ? Si vous cherchez la perfection, je peux vous dire qu’en tant que musicien, vous l’avez déjà conquise. Mais si vous n’êtes pas encore satisfait des résultats, c’est peut-être parce que c’est le moment de vous envoler dans votre propre musique. »
Le musicien est parti la tête en l’air, interloqué par les mots que cet individu, sorti de nulle part, lui avait dits. Arrivé chez lui, il a rangé son violon dans son placard et a disparu du monde des vivants pendant quelques jours. Ses présentations suivantes durent être annulées. Nul ne savait où il était.
Paix de l’esprit
A l’aube d’un nouveau jour, un clodo se trouvait assis sur un trottoir en face d’un vieux bâtiment près de la gare. Comme par enchantement, le musicien disparu revint à la surface et apparut à l’abri des rideaux d’une vieille fenêtre du deuxième étage d’une maison décrépie, à la cheminée vacillante.
Quelques tuiles, lézardées par les coups de boutoir d’une récente tempête, menaçaient de s’écraser sur le trottoir, quatre étages plus bas. Sur un fronton délabré, une date : 1832.
Le clodo leva son visage, soudain attiré par des sons presque paradisiaques. Face au jeu du violoniste, il restait émerveillé. La mélodie était si fluide et si touchante que des larmes d’amertume suivies de rires sincères apparurent sur le visage émacié de l’hôte du macadam. Il fut saisi d’une danse involontaire. Ce petit personnage qui, avant cette rencontre, n’avait rien à foutre de rien vit s’évanouir dans l’éther, par un miracle de la foi, les écailles qu’il portait sur ses yeux. Il avait reconnu le jeune génie, son fils unique. Jadis égaré dans le néant de son égoïsme.
Parfois, vouloir adopter une personnalité qui ne nous appartient pas nous fait croire à un sentiment fictif de mieux vivre.
Peut-être que, sous le plus sophistiqué des déguisements, nous parvenons à tromper quelques personnes. Mais nous, non ! Jamais ! Gagner ou perdre devient souvent aléatoire si nous ne croyons pas en qui nous sommes.