AU RYTME DES FLEURS
En mes souvenances…ces toutes premières roses
Que mon grand père cueillait en secret dans le jardin,
Elles étaient tout juste en bouton et à peine écloses
Et accompagnaient mon « compliment » criblé de dessins.
J’ânonnais bêtement ces lignes apprises à l’école,
Pourtant ! je la savais par cœur cette récitation
Mais l’émotion m’en avait fait oublier les paroles,
Alors laissant vagabonder mon imagination
Je te promettais en ce jour de fête des mères
D’être sage, de faire mes devoirs et mon piano,
De ne plus te répondre et devenir exemplaire
Et je me jetais vivement dans tes bras…en sanglots…
Et il est arrivé que je n’aidais plus mon père
A tendre…avec maladresse…ces brins de muguet
Destinés à ma grand-mère, attribués à ma mère
Car dorénavant il m’en offrait pour le premier mai…
Me souvenir…mes 10 ans…Papa était revenu
Chargé d’une somptueuse brassée de roses blanches,
J’étais surprise de ce présent…un peu déconvenue,
Décontenancée, embarrassée pour être franche…
Que j’aimerais revenir en arrière pour t’embrasser,
Te remercier de la tendresse de ce geste si pur,
Ramène-moi des roses blanches mon père adoré,
Je saurais les apprécier, les aimer…je t’assure…
Puis venu le temps de ma première rose rouge
Offerte avec émoi par un certain Dominique,
Sans que nul aveu secret à ses lèvres ne bouge
Il venait me rendre visite en cette clinique…
Puis les corbeilles de fleurs blanches pour mes fiançailles,
Flocons et calices de candeur en mon mariage
Qui se sont flétris et fanés tel un feu de paille
Au calque de cette union qui ne fut que mirage…
Et « ses »bouquets qu’ « il » m’offrait au pardon de violence,
Les brisant avec rage, je jetais sans un regard
Ces pauvres fleurs meurtries, si fragiles d innocence
En les déchets d’amours déchus et en leurs corbillards.
Puis le temps délicieux d’une poignée de fleurs des champs
Arrachées avec maladresse sans feuille ni tige
Avec un « c’est pour toi, je t’aime très beaucoup Maman »,
Même les plates bandes du jardin ne posaient litige…
Les envois par interflora aux anniversaires,
Cette belle anecdote qui m’a marqué à jamais :
Dispute…ma mère était repartie chez sa mère…
Mon père était désespéré et me téléphonait,
Alors j’ai fais livrer un vaste bouquet de roses
Avec sur bristol « pardonne moi, je t’aime, Raymond »
Le fleuriste qui n’avait certes pas compris ma prose
Me reluquait, interloqué, avec des yeux tout ronds…
Les couleurs des trois roses cueillies sous la charmille,
Déposées sur ton cercueil avant l’incinération
Reflètent l’amour de tes descendants, de ta fille
En l’union d’une claire ferveur baignée d’émotion…
J’avais envisagé d’être enterrée aux amarres
D’un linceul capitonné de fraiches jonquilles,
Je préfère que mes cendres soient mises en quelque jarre
Et essaimées aux vents parmi les fleurs et ramilles.
Les roses du temps se révèlent et survivent en mon cœur
Me murmurant et contant les fièvres du destin de l’âme
En un encens d’espérance, de fragrance de fleurs,
Au souffle de la vie, en sa mesure, en sa gamme.