Filiatus
Maître Poète
En choisissant Alfred Dreyfus
Je prends un risque, savez-vous.
Car des rimes riches en "us"
Il n'en existe pas beaucoup
Aussi pour éviter la rime
J'ai trouvé un simple remède
J'abandonne le patronyme
Et toujours je l'appelle Alfred
Alfred Dreyfus naît à Mulhouse
De Raphaël, industriel
Et de Jeannette, son épouse
Dans la religion d'Israël
En mil huit cent soixante-dix
L'Alsace devient germanique
Jeannette et Raphaël choisissent
De rester dans la République
Dans un élan patriotique
Alfred s'engage dans l'armée
Puis l'École polytechnique
Fait de lui un bon officier
Il entre à l'école de guerre
À l'âge de trente et un ans
Puis épouse une diamantaire
Qui lui donne deux beaux enfants
Au ministère de la Guerre
Il occupe une place en or
Il est capitaine stagiaire
Attaché à l'état-major
À l'ambassade d'Allemagne
On escamote avec succès
Un bordereau qui accompagne
Des documents secrets français
Et sur le bordereau, bien sûr
Quelques vilains olibrius
Croient reconnaître l'écriture
Du capitaine Alfred Dreyfus
Coup monté, antisémitisme ?
[Disons, les deux mon adjudant]
En tout cas c'est un vrai séisme
Que cause cet événement
Alors Alfred est arrêté
En Conseil de guerre on le traîne
Devant les juges remontés
Les graphologues se déchainent
Ils se contredisent, s'insultent
On pense à un acquittement
Finalement, il en résulte
Un verdict à contre-courant
C'est à une très lourde peine
Qu'Alfred Dreyfus est condamné
Il part au bagne de Cayenne
Après s'être fait dégrader
Ni Jean Jaurès, ni Clémenceau
Deux humanistes respectables
N'ont défendu notre héros
Lors, il gagne l'Île du Diable
Le Capitaine, soi-disant
Voulant s'enfuir de cet enfer
Sur l'ordre du gouvernement
Rapidement est mis aux fers
Très vite sa santé décline
Et son moral est au plus bas
Il écrit beaucoup, il jardine
Il lit, sans trop de résultats
Tandis qu'Alfred sur son atoll
En est à parler aux requins
Un militaire en métropole
A mis la main sur un coquin
Cet espion semble être le traître
Ce que le tribunal récuse
Alors Zola, de tout son être
Crie au gouvernement : "J'accuse !"
Bientôt toute la France gronde
Les "antis" et les "pros" s'affrontent
Échangeant des propos immondes
Qu'aujourd'hui, ils nous feraient honte
Quant aux preuves indiscutables
Du forfait de notre exilé
Ce n'était qu'une triste fable
Créée par un agent secret
Depuis quatre ans, l'ex-capitaine
De son rocher crie "au secours"
Quand un nouveau procès, à Rennes
Le rapatrie pour quelques jours
L'issue de cette révision
Ne l'acquitte pas pour autant
On ramène sa détention
À dix ans d'emprisonnement
Une grâce présidentielle
Vient mettre un terme à son supplice
Mais la finalité réelle
N'intervient qu'en mil neuf cent six
Alfred a quarante-sept ans
Et après treize ans de galère
Déclaré enfin innocent
Il redevient un militaire
Au bout d'une année et demie
Adorné de quatre barrettes
La Légion d'honneur à l'appui
On lui fait prendre sa retraite
Mais vivaces sont les passions
Il est l'objet d'un attentat
Durant la mise au Panthéon
Des cendres d'Émile Zola
Lorsqu'éclate la Grande guerre
Il réincorpore l'armée
Et pour son courage exemplaire
Il est encore décoré
Quand vient le jour de sa retraite
Officiellement approuvée
Il quitte la Grande muette
Pour son Alsace retrouvée
À soixante-quinze ans, sans bruit
Il meurt d'une crise cardiaque
C'est mieux que de mourir d'ennui
Sur l'Île du Diable, ou de Pâques
Je prends un risque, savez-vous.
Car des rimes riches en "us"
Il n'en existe pas beaucoup
Aussi pour éviter la rime
J'ai trouvé un simple remède
J'abandonne le patronyme
Et toujours je l'appelle Alfred
Alfred Dreyfus naît à Mulhouse
De Raphaël, industriel
Et de Jeannette, son épouse
Dans la religion d'Israël
En mil huit cent soixante-dix
L'Alsace devient germanique
Jeannette et Raphaël choisissent
De rester dans la République
Dans un élan patriotique
Alfred s'engage dans l'armée
Puis l'École polytechnique
Fait de lui un bon officier
Il entre à l'école de guerre
À l'âge de trente et un ans
Puis épouse une diamantaire
Qui lui donne deux beaux enfants
Au ministère de la Guerre
Il occupe une place en or
Il est capitaine stagiaire
Attaché à l'état-major
À l'ambassade d'Allemagne
On escamote avec succès
Un bordereau qui accompagne
Des documents secrets français
Et sur le bordereau, bien sûr
Quelques vilains olibrius
Croient reconnaître l'écriture
Du capitaine Alfred Dreyfus
Coup monté, antisémitisme ?
[Disons, les deux mon adjudant]
En tout cas c'est un vrai séisme
Que cause cet événement
Alors Alfred est arrêté
En Conseil de guerre on le traîne
Devant les juges remontés
Les graphologues se déchainent
Ils se contredisent, s'insultent
On pense à un acquittement
Finalement, il en résulte
Un verdict à contre-courant
C'est à une très lourde peine
Qu'Alfred Dreyfus est condamné
Il part au bagne de Cayenne
Après s'être fait dégrader
Ni Jean Jaurès, ni Clémenceau
Deux humanistes respectables
N'ont défendu notre héros
Lors, il gagne l'Île du Diable
Le Capitaine, soi-disant
Voulant s'enfuir de cet enfer
Sur l'ordre du gouvernement
Rapidement est mis aux fers
Très vite sa santé décline
Et son moral est au plus bas
Il écrit beaucoup, il jardine
Il lit, sans trop de résultats
Tandis qu'Alfred sur son atoll
En est à parler aux requins
Un militaire en métropole
A mis la main sur un coquin
Cet espion semble être le traître
Ce que le tribunal récuse
Alors Zola, de tout son être
Crie au gouvernement : "J'accuse !"
Bientôt toute la France gronde
Les "antis" et les "pros" s'affrontent
Échangeant des propos immondes
Qu'aujourd'hui, ils nous feraient honte
Quant aux preuves indiscutables
Du forfait de notre exilé
Ce n'était qu'une triste fable
Créée par un agent secret
Depuis quatre ans, l'ex-capitaine
De son rocher crie "au secours"
Quand un nouveau procès, à Rennes
Le rapatrie pour quelques jours
L'issue de cette révision
Ne l'acquitte pas pour autant
On ramène sa détention
À dix ans d'emprisonnement
Une grâce présidentielle
Vient mettre un terme à son supplice
Mais la finalité réelle
N'intervient qu'en mil neuf cent six
Alfred a quarante-sept ans
Et après treize ans de galère
Déclaré enfin innocent
Il redevient un militaire
Au bout d'une année et demie
Adorné de quatre barrettes
La Légion d'honneur à l'appui
On lui fait prendre sa retraite
Mais vivaces sont les passions
Il est l'objet d'un attentat
Durant la mise au Panthéon
Des cendres d'Émile Zola
Lorsqu'éclate la Grande guerre
Il réincorpore l'armée
Et pour son courage exemplaire
Il est encore décoré
Quand vient le jour de sa retraite
Officiellement approuvée
Il quitte la Grande muette
Pour son Alsace retrouvée
À soixante-quinze ans, sans bruit
Il meurt d'une crise cardiaque
C'est mieux que de mourir d'ennui
Sur l'Île du Diable, ou de Pâques