Filiatus
Maître Poète
Stavisky n'est pas, à vrai dire
Un homme dangereux ou fou
Dont le souvenir pourrait nuire
Aux plus sensibles d'entre-nous
Mais son parcours, son aventure
Ayant causé tant de dégâts
Chez les bourgeois, je vous rassure
Je devais étudier son cas
Stavisky Sergius Alexandre
Vient au monde en grande Russie
Un automne où, à pierre fendre
Il gèle dans tout le pays
Le père est chirurgien-dentiste
Mais étant d'origine juive
Contre le tsar impérialiste
Il a une dent incisive
La petite famille émigre
Pour la France vers mil neuf cent
Là au moins on ne le dénigre
Pas pour son spécifique accent
Alexandre fait des études
À Paris, lycée Condorcet
Puis l'État dans sa mansuétude
Le naturalise Français
Séducteur et baratineur
"Le beau Sacha", comme on l'appelle
Passe de petit arnaqueur
À malfaiteur professionnel
Stavisky passe sa jeunesse
À voler, frauder, falsifier
Truander avec sa maîtresse
Pour se payer la vie dorée
Le père Stavisky, honnête
Honteux des frasques de son fils
Se fait sauter la bobinette
Un jour de mil neuf cent vingt-six
Cette même année Alexandre
Insensible à la tragédie
Par les policiers se fait prendre
Dénoncé par vieil ami
Il écope de deux ans fermes
À la prison de la Santé
Mais en ressort bien avant terme
Pour fausse raison de santé
Un certificat médical
Établi par un faux docteur
L'a transféré à l'hôpital
D'où il s'est échappé sur l'heure
Il épouse Simon Arlette
Alors mannequin chez Chanel
Qui éponge toutes ses dettes
Et le loge en un grand hôtel
Stavisky devient respectable
Il fait partie de la Jet-Set
Les juges dînent à sa table
Et son procès bat en retraite
Il est l'heureux propriétaire
D'un grand théâtre parisien
Et sans sa voie de vrai faussaire
Il eut pu être comédien
Il gonfle son chiffre d'affaires
Grâce aux Crédits municipaux
Dont les gains sont spectaculaires
Mais les procédés illégaux
Avec des financiers complices
Il émet des milliers de bons
Et quand s'inquiète la justice
Il revend tout à un larron
À un jambon, devrai-je dire
Car c'est le maire de Bayonne
Qui a ruiné son avenir
En achetant ce minestrone
En découvrant le pot-aux-roses
Hiver mil neuf cent trente-trois
La République est mise en cause
Le Parlement est aux abois
Dans la rue, partout des manifs
Crient leur rancœur et parfois plus
Les uns crient : "Stavisky est juif !"
Les autres : "Stavisky est Russe !"
Tandis que le régime tombe
Stavisky sort son pistolet
S'envoie deux balles et succombe
Le suicide est presque parfait
Un homme dangereux ou fou
Dont le souvenir pourrait nuire
Aux plus sensibles d'entre-nous
Mais son parcours, son aventure
Ayant causé tant de dégâts
Chez les bourgeois, je vous rassure
Je devais étudier son cas
Stavisky Sergius Alexandre
Vient au monde en grande Russie
Un automne où, à pierre fendre
Il gèle dans tout le pays
Le père est chirurgien-dentiste
Mais étant d'origine juive
Contre le tsar impérialiste
Il a une dent incisive
La petite famille émigre
Pour la France vers mil neuf cent
Là au moins on ne le dénigre
Pas pour son spécifique accent
Alexandre fait des études
À Paris, lycée Condorcet
Puis l'État dans sa mansuétude
Le naturalise Français
Séducteur et baratineur
"Le beau Sacha", comme on l'appelle
Passe de petit arnaqueur
À malfaiteur professionnel
Stavisky passe sa jeunesse
À voler, frauder, falsifier
Truander avec sa maîtresse
Pour se payer la vie dorée
Le père Stavisky, honnête
Honteux des frasques de son fils
Se fait sauter la bobinette
Un jour de mil neuf cent vingt-six
Cette même année Alexandre
Insensible à la tragédie
Par les policiers se fait prendre
Dénoncé par vieil ami
Il écope de deux ans fermes
À la prison de la Santé
Mais en ressort bien avant terme
Pour fausse raison de santé
Un certificat médical
Établi par un faux docteur
L'a transféré à l'hôpital
D'où il s'est échappé sur l'heure
Il épouse Simon Arlette
Alors mannequin chez Chanel
Qui éponge toutes ses dettes
Et le loge en un grand hôtel
Stavisky devient respectable
Il fait partie de la Jet-Set
Les juges dînent à sa table
Et son procès bat en retraite
Il est l'heureux propriétaire
D'un grand théâtre parisien
Et sans sa voie de vrai faussaire
Il eut pu être comédien
Il gonfle son chiffre d'affaires
Grâce aux Crédits municipaux
Dont les gains sont spectaculaires
Mais les procédés illégaux
Avec des financiers complices
Il émet des milliers de bons
Et quand s'inquiète la justice
Il revend tout à un larron
À un jambon, devrai-je dire
Car c'est le maire de Bayonne
Qui a ruiné son avenir
En achetant ce minestrone
En découvrant le pot-aux-roses
Hiver mil neuf cent trente-trois
La République est mise en cause
Le Parlement est aux abois
Dans la rue, partout des manifs
Crient leur rancœur et parfois plus
Les uns crient : "Stavisky est juif !"
Les autres : "Stavisky est Russe !"
Tandis que le régime tombe
Stavisky sort son pistolet
S'envoie deux balles et succombe
Le suicide est presque parfait