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À la bonne heure

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion Anchora
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Anchora

Maître Poète
La Mort ne surprend pas toujours
Au creux du songe, le malheureux
Ouvrant les bras à son étreinte,
Quand le parfum du faux secours
Efface sa dernière complainte.

Avant de recouvrir le clair ciel souverain
De son majestueux plumage de rapace,
Devant les lourdes portes du palais doré,
Flottant sur la nue éternelle,
Elle joue aux osselets, d'un ton gai et serein,
Avec l’ami blafard des sévices qui passe.
Une partie sans vainqueur sous la voûte éthérée.

Sur son temps libre, elle arpente le trépas,
Traversant le couloir de ses fiers attributs,
Qu’elle réorganise au rythme de son pas :
Pour un centenaire défraîchi au contre-jour,
Un jouvenceau cueilli à la pointe du jour.
Pour un limaçon gobé au vert du passage,
Un hérisson aplati au gris du virage.

Quand l’ennui la gagne, elle navigue, sifflotante,
Dans la terre hivernale de l'entre-deux cendré,
Pour deviser, curieuse, avec l’âme égarée
Qui cherche la chaleur dans la nuit éclipsante.

Quand, enfin, aux lueurs de l’aurore,
Elle prend siège face au palais des vivants,
Splendide, suspendu et dolent,
Perchée depuis son arbre empyrée nu,
Elle boit, lucide, les fables de chacun,
Puis jette alors ces mots glaçants :

« Malheureux pèlerin qui luttes vainement !
Quand ton horloge au loin vient trembler,
Qu’attends-tu si promptement de mon ombre ?
Une litanie pour prolonger cette harassante vie ?
Une berceuse douce-amère aux notes colorées ?
Ou l'humble lanterne qui éclaire ton déclin ?

Pauvre ignorant tremblant dans tes braies,
Confondant dans la peur le destin et l’espoir,
La tragédie feinte et le dépit dérisoire,
Je suis l’immuable fatalité, le couperet dépouillant!
Pas l’ange gardien qui veille sur l’avenant !

De mon souffle âpre et sans onde,
J’aspire la fumée offerte par la vie.
De mes grands orbes creux,
J’éteins la flamme dansante du regard.
De mes longs doigts squelettiques,
Je capture l’effervescence corporelle.
Car je suis le charognard qui dévore tout.

Ce vermiceau luisant succulent qui sort
De ton corps figé dans le répit fugace,
Voilà mon royal buffet, ma digne redevance.

Non, tu n’as plus le temps
D’assembler tes affaires.

Choisis :
La barque, la balance ou le suaire ?
La roue qui tourne ou le pont qui vacille ?
Tant le final sera le même.
Ton heure est venue. »
 
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