lilasys
Maître Poète
Les obsèques joyeuses
Nous savons tous qu'il y a un moment
Où le sérieux est de rigueur
Comme aux funérailles d'un parent
Ou l'annonce d'un grand malheur
Il m'est pourtant arrivée de rire à un enterrement
Et je ne fus pas la seule dans le cas, heureusement
Je crois bien que même le défunt a dû en rire
Il n'y a que le curé qui a dû en pâtir.
Or donc c'est le cousin d'un ami qu'on enterre
Toujours une aubaine pour s'échapper du turbin
Mais voilà, c'est quelque part autour de Quimper
Dans un lointain, obscur, petit patelin
Un de ces villages de carte postale
Qu'on dirait figer dans le temps
Où l'on appelle l'église, une cathédrale
Et le bureau de poste est absent.
Nous voici donc tous réunis au cimetière
Avec, chacun, un visage ému, de circonstance
Pour désigner le cercueil, le curé se tire en arrière,
Glisse dans la boue et tire sa révérence...
Dans le trou béant attendant sa bière
Bin, je ne sais en quelle langue étaient ses prières
Mais Nom de Vindjou de Merdouille de Purin*
Ses cris offusquèrent même le tocsin
Toute l'assemblée, pliée en deux, riait
Le pauvre homme, dans son trou, jurait
Le seul à pleurer le disparu si tôt
Fut le ciel : Il pleuvait à flots
On sortit le prélat avant qu'il ne se noie
Il expédia vite fait la cérémonie
Je pense que personne n'oubliera ce jour-là
Où, toute l'assemblée, à l'enterrement rit
Toute ?
Non, le curé en garda rancune
À Jean Santer (ça s'invente pas)
D'avoir pataugé dans sa lagune
"C'est une chose qui ne se pardonne pas"
L'un dans l'autre, le mort a dû se réjouir
Lui qui aimait tant les farces et le rire
Qu'à ses obsèques tout le monde se soit si bien amusé
Qui plus est, lui qui ne les aimait pas, au dam du curé.
LILASYS
* On aura compris que les jurons étaient d'une autre trempe


