benoit la plume
Maître Poète
ELLE SOURIAIT
Elle souriait nullement aigrie,
Face au miroir, son beau miroir,
En contemplant ses cheveux gris,
Hier si drus, d’un si beau noir.
Elle avait traversé la vie
Comme on remonte une avenue
A contre vent, à contre pluie,
L’épreuve l’avait rendue menue.
Famille nombreuse et violente,
Des cris, des coups et parfois pire,
La poigne du père qu’il faut qu’on sente,
Ils la sentaient, et c’est peu dire.
C’est pas qu’il n’avait pas de cœur,
La tâche était démesurée :
Sept enfants, des frères et des sœurs,
Juste un salaire pour assurer.
Des jours d’été aux jours pluvieux,
Dernier rentré, premier parti,
Toujours au profond de ses yeux
Le souvenir de l’Algérie.
Les frères d’emblée étaient les rois
Lorsque le père était absent,
Les filles assignées à l’étroit,
Il fallait bien aider maman.
Alors sûr, le bled pas la peine !
Elle en avait trop vu partir
Pour Alger, Oran ou Tlemcen,
Partir et ne plus revenir.
Furent-elles heureuses ces mariées
A des vieux de l’âge de leur père ?
Si le bonheur est résigné,
Alors oui, pour elles, elle l’espère.
Elle, n’étant pas de ce bois-là,
N’aimant des fleurs que celles des champs,
Elle insulta leur au-delà,
Virevoltant aux quatre vents.
Ni dominée, ni assouvie,
Sans tabou et sans absolu,
Ses amants, tous elle les choisit,
Ses enfants, tous elle les voulut.
Que de galère, que de mépris
Elle affronta en se battant.
La liberté ça a un prix,
Elle a toujours payé comptant.
Et puis les ans s’en sont allés,
Emportant tout, changeant la donne.
On était jeune, on est l’ainé,
Alors à tous on leur pardonne.
Où est son père, et puis ses frères
Qui enfant l’avaient humiliée.
Les morts vieillissent avec la terre,
Le temps sait tout réconcilier.
Elle souriait nullement aigrie,
Face au miroir, son beau miroir,
En contemplant ses cheveux gris
Hier si drus, d’un si beau noir
Elle souriait nullement aigrie,
Face au miroir, son beau miroir,
En contemplant ses cheveux gris,
Hier si drus, d’un si beau noir.
Elle avait traversé la vie
Comme on remonte une avenue
A contre vent, à contre pluie,
L’épreuve l’avait rendue menue.
Famille nombreuse et violente,
Des cris, des coups et parfois pire,
La poigne du père qu’il faut qu’on sente,
Ils la sentaient, et c’est peu dire.
C’est pas qu’il n’avait pas de cœur,
La tâche était démesurée :
Sept enfants, des frères et des sœurs,
Juste un salaire pour assurer.
Des jours d’été aux jours pluvieux,
Dernier rentré, premier parti,
Toujours au profond de ses yeux
Le souvenir de l’Algérie.
Les frères d’emblée étaient les rois
Lorsque le père était absent,
Les filles assignées à l’étroit,
Il fallait bien aider maman.
Alors sûr, le bled pas la peine !
Elle en avait trop vu partir
Pour Alger, Oran ou Tlemcen,
Partir et ne plus revenir.
Furent-elles heureuses ces mariées
A des vieux de l’âge de leur père ?
Si le bonheur est résigné,
Alors oui, pour elles, elle l’espère.
Elle, n’étant pas de ce bois-là,
N’aimant des fleurs que celles des champs,
Elle insulta leur au-delà,
Virevoltant aux quatre vents.
Ni dominée, ni assouvie,
Sans tabou et sans absolu,
Ses amants, tous elle les choisit,
Ses enfants, tous elle les voulut.
Que de galère, que de mépris
Elle affronta en se battant.
La liberté ça a un prix,
Elle a toujours payé comptant.
Et puis les ans s’en sont allés,
Emportant tout, changeant la donne.
On était jeune, on est l’ainé,
Alors à tous on leur pardonne.
Où est son père, et puis ses frères
Qui enfant l’avaient humiliée.
Les morts vieillissent avec la terre,
Le temps sait tout réconcilier.
Elle souriait nullement aigrie,
Face au miroir, son beau miroir,
En contemplant ses cheveux gris
Hier si drus, d’un si beau noir