Andalou
Maître Poète
Le marcheur des sables
Duo
Christine/Andalou
Duo
Christine/Andalou
Marcheur des sables, je sais les solitudes qui t'emprisonnent lorsque tu étanches ta soif de vivre dans les puits vides des oasis. A la croisée des vents, tu hèles de tous tes cris l'elfe des nuages qui t'emportera au-dessus des lamentations des murs blancs.
Et lorsque tu jetteras sous les pluies verticales la question de l'insondable, tendras-tu l'oreille afin d'en recevoir l'écho ?
Libéré et conquérant, tu aborderas tes chemins de vie, pourvu de ton simple bâton de pèlerin...
Voici inscrite sur mon bâton de pèlerin l’histoire de mon errance, dans cet océan de sable offrant ses rondeurs aux caresses du vent. Mes pas désorientés gribouillent sur le sable le brouillon de ma volonté de survie. Cependant le vent efface mes traces, et pianote sur le palimpseste dunaire la mélopée de ma perte, assoiffé à une étoile dans un verre de mirage. J'accepte de mourir entre ces dunes, offertes en étrennes à la première caravane des rimes, mais pas avant un éclair en réplique à ma dernière interrogation. L'énigme est un défi à la conscience. Je veux survivre pour cueillir à la racine une certitude poussant sur trois tiges dans mon désert ontique fissuré par le néant. La connaissance est une liberté. Que le nuage galope vers l'horizon de mes brûlantes questions !
Il y a dans la quête toute la douceur et toute la détresse de nos mondes sur le fil ténu de l'existence. Des lavis sombres et pathétiques côté coeur jusqu'au plongeoir existentiel, l'ici-bas et l'au-delà entre prière et solitude, extase et mélancolie. Marcheur des sables, toi qui suis depuis des soleils et des nuits toutes les saisons des ombres errantes, n'as-tu jamais eu l'envie de crier en plein désert pour réveiller ce monde aphone et de déchirer les pages du grand livre subversif ? Mais traversé d'instants de fulgurante et inoubliable beauté, tu échappes à ce temps linéaire pour t'échouer sur les rives de l'imperceptible. Est-ce de la mélodie exigeante et céleste des silences de ces lieux que tu tires tes plus belles contemplations ? Sphères inexplorées de ta pensée, couloirs d'incertitudes que tu combles, dédale peuplée d'êtres ésotériques, quel est donc ton secret qui capte le souffle haletant de la sérénité.
Ô voix qui m’interpelles de derrière le nuage pourpre de ma pensée vespérale, m’invitant au festival orgiaque des étoiles, aurais-je encore une heure de plus à survivre pour contempler le mandala céleste qui se manifestera ce soir dans toute sa splendeur ? Ah si seulement je pouvais me souvenir de l’Ursprache pour décrire la joie flamboyante de mon extinction aux âmes endormies dans les chrysalides des illusions ! Mais, c’est en s’approchant de la vérité que l’on savoure la magnificence du silence. Triste, celui qui sait; misérable, celui qui ne sait pas ! Je me dévêts de ce que je suis, et je m’offre en miroir à l’ironie des inexistants. En l’espace d’une révélation j’ai vu tout l’univers dans un grain de sable, et j’ai vécu toutes mes réincarnations. Je suis une plume dans la main du vent. L’encre me confie ses possibles et le parchemin.