AnnaVart
Maître Poète
Une triste découverte...
(Les mémoires de ma mère)
C'était comme hier. Je me souviens parfaitement qu'il faisait beau et chaud, un jour d'été ensoleillé. Je suis rentrée chez moi après des cours quand le téléphone a sonné. Un appel étrange. La personne s'est présentée. Une standardiste des hôpitaux très connus. Tout d'abord elle a demandé ma mère, mais comme elle était au travail, cette dame, avec une voix triste m'a transmis la mauvaise nouvelle. Mon oncle de 42 ans était décédé à la sortie du cinéma, alors qu'il était parti avec son fils aîné.
Ma mère s'effondra à l'annonce de cette terrible nouvelle. Elle ne parla à personne pendant des jours et ce même après l'enterrement de son frère. Son chagrin était immense.
On savait qu'une chose. Le film était dédié au génocide arménien sur lequel les témoins et les victimes gardaient le silence, en partie à cause des autorités soviétiques qui n'aimaient guère que l'on traite du sujet.
Certes les manuels de l'histoire arménienne enseignaient ce sujet aux élèves, mais ils le faisaient de façon laconique . Ce n'est qu'à partir de 1960 que la République Soviétique d'Arménie guidée par ses intellectuels et sa jeunesse, se révolte pour forcer le gouvernement soviétique à reconnaître le génocide.
Ma mère souffrait beaucoup et nous voulions en savoir la cause. Finalement, mon père nous a expliqué la cause de sa souffrance
Avant le génocide, les parents de ma mère vivaient en Arménie Occidentale (actuellement territoire turc). La plupart de sa famille étaient des médecins, des professeurs et des commerçants. On y comptait 64 personnes avec leurs domestiques et les membres de la famille.
Au début des massacres, toute la famille a décidé de s'enfuir, mais tous ces membres ont été tués ou capturés par des militaires turcs, des kurdes ou des criminels libérés et les survivants ont été déportés dans les déserts de Syrie (le désert Der El Zor)
Une partie de la famille de mon grand-père fut massacrée sur le chemin de l'exil. L’autre partie a disparu à cause de la famine et du froid avant même son arrivée à Der El Zor. Leur compagnons d’infortune étaient en majorité des femmes, des enfants et des vieillards. Les hommes âgés de 17 à 45 ans ont été mobilisés par le gouvernement turc allié à Allemagne. Mais une fois arrivés au front, tous ces Arméniens ont été fusillés, accusés de soutien aux troupes russes sur le front oriental.
Cependant mon grand-père et son frère jumeaux Ishkhan (en arménien: Prince) avec leur frère aîné Vazgène, ont réussi à échapper aux soldats turcs et rejoindre les troupes arméniennes (plupart des civils) qu'ils voulaient sauver leur compatriotes de la déportation massive.
Comme les frères parlaient très bien plusieurs langues, notamment le turc et le kurde, ils pouvaient récolter les informations nécessaires aux troupes arméniennes, dans les villages. Malgrès leur jeune âge, les deux frères se sont comportés comme de vrais combattants, si bien qu’ils seront connus dans toute la province. Leurs informations ont permis certains faits de guerres contre les turcs. Ils ont aussi échappés à plusieurs reprise à des guets-apens de l’armée.
Mais un jour, un des frères, Ishkhan fut capturé par les Turcs. Son frère Hamazaspe, qui était aussi mon grand-père, attendit la nuit pour tenter de le libérer. Après 2 à 3 kilomètres, d’avancée discrète, il atteint finalement le camps turc , où il vit son frère torturé et forcé de chanter des chants turcs. Il était connu dans la province pour sa belle voix et par sa capacité de chanter en 3 langues ( Arménien, Kurde et Turc)
Mais Ishkhan refusa d’obtempérer. Sous les coups de pieds et de bâton d’un soldat, le garçon tomba, gémit, mais se tût. Hamazaspe ne supportait plus de voir son frère dans cet état. Quelques minutes après il vit un officier, une grosse corde dans ses mains approcher. Vu leur nombre, il était été impossible pour son frère d’agir. Il décide d’attendre pour tenter un action ultérieure.
Un peu plus tard, Ishchan fût pendu par les pieds à un noisetier ayant eu au préalable les yeux crevés. C’est seulement après leur départ qu'Hamazaspe à pu quitter sa cachette pour récupérer la dépouille. Il se mit à pleurer et hurla.
Après avoir entendu cette histoire, nous comprîmes la tristesse de notre mère.
En 2015, le peuple Arménien commémorera le centenaire du Génocide. On se bat depuis un siècle pour que l'humanité le reconnaisse partout, pour que jamais aucun peuple ne subisse une atrocité pareille. Ainsi chaque année, le 24 Avril, tous les arméniens du Monde commémorent cette période tragique en mettant des fleurs sur le monument des victimes du Génocide à Erevan.
En France, la diaspora arménienne commémore elle aussi, cet anniversaire en se rassemblant à Paris sur la Place du Canada où se trouve le monument du grand Compositeur, Musicien et Écrivain arménien, le Père Komitas: victime et symbole du génocide. Ensuite, la foule se dirige vers l'ambassade de Turquie pour contester et rappeler qu'on n'a rien oublié, que le peuple génocidaire doit prendre sa responsabilité!
Ecrit by AnnaVart,
le Mercredi 16 Septembre 2014

(Les mémoires de ma mère)
C'était comme hier. Je me souviens parfaitement qu'il faisait beau et chaud, un jour d'été ensoleillé. Je suis rentrée chez moi après des cours quand le téléphone a sonné. Un appel étrange. La personne s'est présentée. Une standardiste des hôpitaux très connus. Tout d'abord elle a demandé ma mère, mais comme elle était au travail, cette dame, avec une voix triste m'a transmis la mauvaise nouvelle. Mon oncle de 42 ans était décédé à la sortie du cinéma, alors qu'il était parti avec son fils aîné.
Ma mère s'effondra à l'annonce de cette terrible nouvelle. Elle ne parla à personne pendant des jours et ce même après l'enterrement de son frère. Son chagrin était immense.
On savait qu'une chose. Le film était dédié au génocide arménien sur lequel les témoins et les victimes gardaient le silence, en partie à cause des autorités soviétiques qui n'aimaient guère que l'on traite du sujet.
Certes les manuels de l'histoire arménienne enseignaient ce sujet aux élèves, mais ils le faisaient de façon laconique . Ce n'est qu'à partir de 1960 que la République Soviétique d'Arménie guidée par ses intellectuels et sa jeunesse, se révolte pour forcer le gouvernement soviétique à reconnaître le génocide.
Ma mère souffrait beaucoup et nous voulions en savoir la cause. Finalement, mon père nous a expliqué la cause de sa souffrance
Avant le génocide, les parents de ma mère vivaient en Arménie Occidentale (actuellement territoire turc). La plupart de sa famille étaient des médecins, des professeurs et des commerçants. On y comptait 64 personnes avec leurs domestiques et les membres de la famille.
Au début des massacres, toute la famille a décidé de s'enfuir, mais tous ces membres ont été tués ou capturés par des militaires turcs, des kurdes ou des criminels libérés et les survivants ont été déportés dans les déserts de Syrie (le désert Der El Zor)
Une partie de la famille de mon grand-père fut massacrée sur le chemin de l'exil. L’autre partie a disparu à cause de la famine et du froid avant même son arrivée à Der El Zor. Leur compagnons d’infortune étaient en majorité des femmes, des enfants et des vieillards. Les hommes âgés de 17 à 45 ans ont été mobilisés par le gouvernement turc allié à Allemagne. Mais une fois arrivés au front, tous ces Arméniens ont été fusillés, accusés de soutien aux troupes russes sur le front oriental.
Cependant mon grand-père et son frère jumeaux Ishkhan (en arménien: Prince) avec leur frère aîné Vazgène, ont réussi à échapper aux soldats turcs et rejoindre les troupes arméniennes (plupart des civils) qu'ils voulaient sauver leur compatriotes de la déportation massive.
Comme les frères parlaient très bien plusieurs langues, notamment le turc et le kurde, ils pouvaient récolter les informations nécessaires aux troupes arméniennes, dans les villages. Malgrès leur jeune âge, les deux frères se sont comportés comme de vrais combattants, si bien qu’ils seront connus dans toute la province. Leurs informations ont permis certains faits de guerres contre les turcs. Ils ont aussi échappés à plusieurs reprise à des guets-apens de l’armée.
Mais un jour, un des frères, Ishkhan fut capturé par les Turcs. Son frère Hamazaspe, qui était aussi mon grand-père, attendit la nuit pour tenter de le libérer. Après 2 à 3 kilomètres, d’avancée discrète, il atteint finalement le camps turc , où il vit son frère torturé et forcé de chanter des chants turcs. Il était connu dans la province pour sa belle voix et par sa capacité de chanter en 3 langues ( Arménien, Kurde et Turc)
Mais Ishkhan refusa d’obtempérer. Sous les coups de pieds et de bâton d’un soldat, le garçon tomba, gémit, mais se tût. Hamazaspe ne supportait plus de voir son frère dans cet état. Quelques minutes après il vit un officier, une grosse corde dans ses mains approcher. Vu leur nombre, il était été impossible pour son frère d’agir. Il décide d’attendre pour tenter un action ultérieure.
Un peu plus tard, Ishchan fût pendu par les pieds à un noisetier ayant eu au préalable les yeux crevés. C’est seulement après leur départ qu'Hamazaspe à pu quitter sa cachette pour récupérer la dépouille. Il se mit à pleurer et hurla.
Après avoir entendu cette histoire, nous comprîmes la tristesse de notre mère.
En 2015, le peuple Arménien commémorera le centenaire du Génocide. On se bat depuis un siècle pour que l'humanité le reconnaisse partout, pour que jamais aucun peuple ne subisse une atrocité pareille. Ainsi chaque année, le 24 Avril, tous les arméniens du Monde commémorent cette période tragique en mettant des fleurs sur le monument des victimes du Génocide à Erevan.
En France, la diaspora arménienne commémore elle aussi, cet anniversaire en se rassemblant à Paris sur la Place du Canada où se trouve le monument du grand Compositeur, Musicien et Écrivain arménien, le Père Komitas: victime et symbole du génocide. Ensuite, la foule se dirige vers l'ambassade de Turquie pour contester et rappeler qu'on n'a rien oublié, que le peuple génocidaire doit prendre sa responsabilité!
Ecrit by AnnaVart,
le Mercredi 16 Septembre 2014
