Maurice Marcouly
Maître Poète

J’ai un message à vous faire passer dans un premier temps de la part d’Arthur Rimbaud :Il vous prie de l’excuser de ne pas être né ailleurs qu’à Charleville-Mézières !
Il comprend très bien, que vous boudiez le déplacement, pour vous rendre au musée qui lui est consacré dans cette ville.
Arrêtez de lui envoyer du courrier au pied de sa tombe, son âme aux ailes de vent ne fréquente pas les lieux lugubres, froids, et humides, il aime les pays chauds !
Son auberge est toujours à la Grande Ourse quoi qu’il ait une préférence pour La Croix du Sud !
Poètes, écrivains, artistes, vous êtes tous des fainéants !
Ne vous faites pas trop d’illusions quant à la considération que pouvaient avoir les gens sur les plus grands artistes de la plume, du pinceau, de la sculpture, ou de la musique, et cela à toutes les époques.
Beaucoup d’écrivains ont eu une enfance malheureuse, ce qui leur a permis de développer un style d’une sensibilité à fleur d’encre.
L’émotion ne peut germer réellement qu’au sein d’une histoire vécue, l’imagination n’a que très peu d’emprise sur un écrit à très haute sensation.
Les écrivains, entre-autres, ont souffert de la proximité qu’ils avaient avec les bouches d’ombres qui gravitaient autour d’eux !
Ainsi, Arthur Rimbaud écrit! : " J’ai horreur de tous les métiers ! Maîtres et ouvriers, tous paysans ignobles, la main à la plume vaut la main à la charrue".
Le très grand Flaubert s’insurge ! "Et dire que l’on croit que je m’amuse !" Il écrit à Louise Colet sa copine : " Je travaille comme un acharné ! Il m’arrive d’écrire jusqu’à sept lignes par jour, je suis épuisé !"
Il a besoin de trois stères de bois pour se chauffer ! Un écho revient à ses oreilles : - Il n’a qu’à aller se les couper ce fainéant !
Et pourtant il aligne des lignes au labeur épuisant où la plume sculpte péniblement ses sillons éternels.
Aujourd’hui, comme hier, l’oisiveté perçue par le voisinage est méchamment jugée, ainsi mon ami Philippe champion de France de cyclisme professionnel, alors qu’il enfourchait son vélo pour parcourir plus de 200 kms à l’entraînement était le plus grand fainéant du village !
Rendez-vous compte! Il partait se promener à bicyclette pendant que son épouse travaillait pour nourrir sa famille !
Ainsi vont les quolibets dans l’entourage de l’artiste qui meurt le plus souvent sans aucune reconnaissance.
Son œuvre elle, parfois, aura bien plus tard un écho retentissant, espérons que cette reconnaissance tardive ne dérangera pas son âme dans son repos tellement mérité.
Cher Arthur, ne prend pas cet air triste ! Aujourd’hui tu serais relégué très certainement au rang des poètes désespérément inconnus !