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La fin des amants

#1
Cet extrait du roman "Les deux cœurs" concerne les vers allant de 9565 à 9720

La fin des amants

LORIENT, le 24 Octobre 1961, Hôpital militaire
Cette nuit de repos me fut fort salutaire,
J’ai puisé quelques forces avec la perfusion ;
Il serait, toutefois, inutile de taire
Que mes jours sont comptés, j’en ai la conviction.
Maryse a obtenu la grâce exceptionnelle
De rester au chevet d’un bien piètre mourant,
Son père a préféré fuir cette citadelle
Car il doit me haïr autant qu’un chien méchant.
Maryse ouvre les yeux. Après la somnolence
Ils semblent engourdis, mais ils vont s’éveiller ;
M’adressant un sourire en gardant le silence,
Sa main cherche la mienne et vient l’emprisonner.
Ma voix, très faiblement, s’échappe de ma lèvre :
« - Maryse, mon amour !...»

" Ô Jacques, non... tais-toi !...
" Tu vas te fatiguer, tu vas avoir la fièvre,
" Ne dis rien, je t’en prie, je parlerai pour toi.
" Dieu !... que tu dois souffrir avec cette blessure
" Qui traversa tes chairs et glissa sur ton cœur !...
" Les médecins font tout pour que la déchirure
" Se refermant très vite apaise ta douleur.
" Pourquoi as-tu commis un acte aussi ignoble ?
" As-tu pensé à moi, qui restais à t’aimer ?
" Je n’ai rien pu savoir sur ton geste peu noble,
" Seul un pli, à ma mère, un soir fut déposé.
" J’ai sursauté d’horreur en lisant la nouvelle
" Grâce à un quotidien que mon père achetait,
" On rapportait ce fait : « Un homme est mort pour celle
« Qui l’a odieusement trompé ; car il l’aimait
« D’un amour sans égal, si pur, et si limpide
« Qu’il n’a pas accepté ce rude coup du sort ;
« Pour garder son honneur, il choisit le suicide,
« Sublimant son amour au-delà de la mort.»
" Ô Jacques !... mon aimé, toi qui m’as dit parjure,
" Pourquoi avoir pensé que j’avais un galant ?
" Tout cela n’est pas vrai, Jacques, je te le jure,
" Et je t’aime aujourd’hui, tout aussi bien qu’avant.
" Tu savais que mon père entravait l’hyménée,
" Il fallait donc attendre et rester courageux,
" Quelque chose m’échappe envers cette pensée

" Qui a pu me salir à ce point, c’est honteux !..."
« - Maryse, écoute-moi, la date est imprécise,
- Mon esprit est troublé par l’atroce douleur ;
- Je me tenais caché devant chez toi, Maryse,
- Quand je t’ai vu, un jour, au bras de ton vainqueur.
- Vous marchiez en riant et moi, à ma surprise,
- Je restais sur un banc, tout à mon désespoir,
- Ne pouvant plus parler, subissant cette emprise
- Qui s’abattait sur moi comme un coup d’assommoir.
- C’est là que j’ai compris ton atroce parjure,
- Tu ne m’écrivais plus, j’étais abandonné,
- Ne plus vivre avec toi, ayant cette blessure,
- J’ai préféré choisir un ciel moins tourmenté.»

" Toi, Jacques, mon aimé, tu sais combien austère
" Est la vie que je mène auprès de mes parents,
" Recevant ton courrier, tout aussitôt, mon père
" M’enchaîna loin d’ici, sous des cieux moins cléments.
" Reprenant sa parole, reniant sa promesse
" De t’accepter chez lui, au sein de son foyer ;
" Insensible à mon mal, ma profonde détresse,
" Cet homme intransigeant n’a pas voulu céder.
" Maman s’est opposée, lui en a fait reproche
" Mais il l’a éconduit plus que sévèrement,
" Puisqu’il alla jusqu’à lui mettre une taloche.
" Après, claquant la porte, il sortit brusquement.
" Il y a peu de jours que j’ai vu disparaître,
" De l’institut des sœurs, les vieux murs vendéens,
" Quant à l’homme à mon bras que tu as vu paraître
" Qui était-il sinon, rien qu’un de mes cousins ?
" Nous étions réunis pour fêter un baptême,
" Grâce à cette occasion, j’ai pu venir chez moi,
" Avant de repartir, retrouver le système
" Quasi pénitentiaire qui me glaçait d’effroi.
" Plutôt que de t’enfuir, mieux eût valu m’étreindre,
" Venir auprès de moi pour me réconforter ;
" Dans ma prison, au sud, je ne pouvais enfreindre
" Le règlement très stricte à propos du courrier.
" Nos lettres étaient lues par la Mère Supérieure,
" Celles qui m’arrivaient étaient ouvertes aussi,
" La censure était telle, et nous en avions peur,
" Sous peine de subir un châtiment. Mais oui !...
" Je ne t’ai pas menti, Jacques, je t’en conjure,
" Non, tu n’as pas le droit de douter de l’amour,
" Cet amour qui, pour toi, est grand, je te le jure !...
" Renais à cette vie, reviens-moi, mon amour,
" Car mon père, à présent, doit supporter sa honte,
" Dès que tu sortiras, il pourra nous bénir,
" Il craint trop de venir, aussi, je lui raconte

" Où en est ton état, lors, il pousse un soupir."
« - Est-il bien vrai, Maryse ? Et pourquoi en cette heure
- Dois-je enfin découvrir toute la vérité ?
- Sur le seuil de la mort je la vois qui m’effleure,
- Il est trop tard hélas !... c’est la fatalité.
- Je vais connaître, ici, la douce délivrance
- Qui portera mon âme au trône de l’amour ;
- Je t’aime tant, Maryse !... Oh !... que ce coup de lance
- Me déchire les chairs !... Lorsque viendra le jour,
- Promets-moi, je t’en prie, d’aller mettre une fleur,
- Rien qu’une fleur de lys au pied de mon drap blanc,
- Qu’elle soit le symbole du respect, de l’honneur
- D’un amour qui se meurt. Ah, mon Dieu ! dans mon flanc,
- Le mal qui pénètre déchire ma poitrine,
- La douleur est atroce. Ah !... ta main dans la mienne !...
- Dans ce dernier instant, ton amour m’illumine !...
- Maryse, je me meurs !... Ô Maryse !... je t’aime !...»

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" Que maudit soit ce Dieu !... Maudite cette terre !...
" Tes yeux n’ont pas le droit de se fermer ainsi !...
" Mon Jacques, reviens-moi !....Ô pourquoi ta paupière
" S’obstine à être close ? Relève le défi !...
" Pourquoi cette pâleur ? Que ton corps devient raide ?
" Je vais te réchauffer de mes mains, de mon corps !...
" Ô Dieu, je t’en supplie !... accorde-moi ton aide,
" Réveille-le, mon Dieu !... Je suis perdue dès lors !...
" Quel injuste destin que celui qui fut nôtre,
" Je ne puis me soumettre à cette volonté,
" Dieu vient de rejeter son enfant, son apôtre,
" Après l’avoir meurtri et longtemps supplicié.
" Mon Jacques, mon amour, je resterai fidèle,
" Fidèle à ta pensée et à ton souvenir,
" Cette vie, désormais, me paraît irréelle
" A quoi sert de rester, il vaut mieux en finir.
" Si le doute, un instant, a effleuré ton âme
" Tu as pu découvrir que je n’y pouvais rien ;
" Nous avons, toi et moi, vécu le même drame
" Ce fut un vilain tour que joua le destin.
" Tu as eu le courage d’amener au sublime
" Les sentiments d’amour que tu portais pour moi,
" Tu as bravé ton Dieu en commettant ton crime,
" Il en fut responsable en t’arrachant à moi.
" Je jure, mon amour, de bientôt te rejoindre,
" D’aller te retrouver au plus profond des cieux,
" Je n’ai pas à trembler, je n’ai plus rien à craindre,
" Je te retrouverai et nous serons heureux."
* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
LORIENT, quelques jours plus tard,
Quelques jours ont passé. Dans le lieu solitaire
Où, pour l’éternité, l’on repose sans fin,
Une forme apparaît parmi le sanctuaire.
Traversant les allées d’un pas presque anodin,
Elle s’arrête alors sur une place fraîche,
La terre non tassée ne peut le démentir ;
Devant la croix de bois, dressée comme une flèche,
La femme longuement se prend à réfléchir.
Puis elle ouvre son sac, tire une fleur blanche,
La plante dans le sol, à la hauteur du cœur,
C’est un lys éclatant dont la tige, la branche
Tranche sur cette terre affreuse de noirceur.
L’air s’est appesanti et l’on pressent le drame,
La femme se relève et prie un court instant ;
La mort, voulant agir, resserre un peu sa trame,
Tient avec fermeté la faux et son tranchant.
La victime est debout lorsque son bras s’élève,
Elle admire la croix de cet humble tombeau,
La main hésite un temps, une seconde brève,
Puis tombe lourdement. Pénétrant le manteau,
Du poignard effilé, la lame meurtrière
A traversé le cœur déjà à l’agonie,
Le pauvre corps s’abat et vient toucher la terre
En murmurant ces mots : " J’ai juré pour la vie !... "


 

guy2

Nouveau poète
#2
triste et a la fois beau ,quel bel amour,,,,,,,,,,,,
tres bel ecrit ,,,,,,,,,,
amitie
papi,,,,,,,,,,,guy
 

lebroc

Maître Poète
#3
C'est superbement écrit Jack . J'ai lu ce texte avec admiration pour ton talent
Mille,mille bravos
Bonne journée à toi
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