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Georges Clemenceau revisité (1841-1929)

Filiatus

Maître Poète
#1
Georges Clemenceau.jpg

Tous les vrais historiens le savent
Clemenceau n'a aucun accent
Qu'il soit aigu ou qu'il soit grave
Il n'est pas issu de Clément

Cela dit, voici son histoire
Dans laquelle vous apprendrez
Que notre "Père la Victoire"
N'était pas tigre de papier

Clemenceau naît en terre Chouanne
En mil huit cent quarante et un
D'un père docteur-gentleman
Qui afferme des vendéens

Georges, suit les pas de son père
Pour devenir aussi docteur
Et à vingt-quatre ans récupère
Les clients de son géniteur

Épris d'une de ses patientes
De sept ans plus jeune que lui
Il lui prescrit des nuits brûlantes
Et un médecin pour mari

Au bout de cinq ans d'exercice
Quand Napoléon III abdique
Devant l'église Saint-Sulpice
Il proclame la République

La justice alors le condamne
À une peine de prison
Après quatre mois de cabane
C'est un martyr de la nation

Il est élu dans un fauteuil
À un fauteuil de député
Et de "Ménilmuche" à Montreuil
Partout il est ovationné

Profitant d'être populaire
Georges dénonce à tour de bras
La politique négrière
De Ferry et de Gambetta

Mais le "Tombeur des ministères"
Comme on l'appelle volontiers
Suite à un stupide adultère
Est obligé de divorcer

En mil huit cent quatre-vingt-treize
Dans l'affaire de Panama
Des soupçons sur sa tête pèsent
Mais la justice en reste là

Éliminé l'année suivante
Aux élections législatives
Il quitte séance tenante
Son rôle de locomotive

Rédacteur en chef à l'Aurore
À railler la droite, il s'amuse
Jusqu'au jour où, en Une, il sort
Le pamphlet de Zola : "J'accuse"

Clemenceau grâce à cette affaire
Peut reprendre un nouveau départ
Il quitte l'art épistolaire
Et devient sénateur du Var

Le président Armand Fallières
Le veut dans son gouvernement
Pour la rudesse policière
Notre homme à un certain talent

Clemenceau y fait tant merveille
Que son enthousiasme lui vaut
La présidence du Conseil
En plus de la Place Beauvau

Les "Républicains-Socialistes"
Las de ses folles répressions
Vers la sortie pousse l'artiste
Qui passe dans l'opposition

Ce n'est qu'en mil neuf cent dix-sept
Que le président Poincaré
Sort Clemenceau de sa retraite
Pour le nommer à ses côtés

La guerre en Champagne fait rage
Et les deux hommes belliqueux
S'ils ne manquent pas de courage
Ont cent-quarante ans à eux deux

Mais Clemenceau, en chef s'incarne
Malgré son destin révolu
Il se rend souvent dans la Marne
Pour encourager les Poilus

Parfois il dîne d'une soupe
Et dort au bout de la tranchée
Puis il passe en revue les troupes
En serrant les mains par poignées

Fier, dans le palais de Versailles
Il cosigne avec les Alliés
L'acte mettant fin aux batailles
Qui duraient depuis trop d'années

Juste après la guerre, il se lance
Fort de son renom, très à l'aise
Dans la course à la présidence
De la République française

Mais bien que reconnu fort sage
Ses députés pourtant fidèles
Le trouvant avancé en âge
Lui préfèrent Paul Deschanel

Alors pour Georges l'heure sonne
D'aller cultiver ses radis
Mais le tigre point n'abandonne
Tant qu'il lui reste un peu de vie

Il écrit d'une belle plume
La vie du bègue Démosthène
Ainsi que deux autres volumes
Sur la philosophie ancienne

À quatre-vingts ans, jour pour jour
Le voilà qui parcourt l'Asie
Les Indes, Ceylan, Singapour
La Birmanie, La Malaisie

Puis c'est pour un autre voyage
Qu'il part et ne revient jamais
À quatre-vingt-huit ans, dommage
Il avait toujours des projets.