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EUGÈNE

#1
EUGÈNE

Je veux lire les livres que j’aime
Et me gaver de chansons douces,
Et des histoires du vieil Eugène
Dont l’épouse était une rousse.

Telle une fleur qui pousse aux flancs
Des montagnes au printemps nouveau,
Elle embrasait, regard troublant,
Les vieux briscards, les jouvenceaux.

Le vieil Eugène qui l’adorait,
Facteur Cheval à sa façon,
Rêvait de lui faire un palais
Avec des pierres et des bâtons.

Mais la belle était terre-à-terre,
Aimait palper du consistant,
La poésie, la vie austère,
Elle mettait ça sur le même plan.

Elle le quitta pour un affreux,
Un aigrefin, un sac à vin,
Et quand il nous en fit l’aveu
Ses mains ont tremblé de chagrin.

Le vieil Eugène, le cœur brisé,
Ses sentiments tout en déroute,
Pensa d’abord se suicider
Tant douloureuse était sa route.

Il n’avait pas l’âme d’un Corse,
Crime d’honneur et vendetta,
Tenter de la reprendre de force,
Il ne l’imaginait même pas.

Mais il avait l’âme du poète,
Facteur Cheval aux yeux limpides,
Avec des phrases en chansonnette
Il a comblé son si grand vide.

Il a chanté, s’est fait conteur,
De ville en ville pérégrina,
Il apporta de la hauteur
Aux cœurs blessés tombé bien bas.

On se mit à le réclamer
Dans des soirées et dans des caves
Où les yeux clos, l’âme enflammée,
On l’écoutait, la mine grave.

Un jour la belle est revenue,
Elle souhaitait recommencer.
Elle n’eut pas à se mettre nue,
Le vieil Eugène a pardonné.

Au bout du rouleau elle était,
Chandelle brûlée par les deux bouts,
Il l’a soignée, il l’a veillée,
Et fut son amant jusqu’au bout.

Sa poésie en fut plus belle,
Plus émouvante, plus véridique,
Telle un air de violoncelle
Déchirant la nuit électrique.

Et je sais gré au vieil Eugène
Pour ses chansons, ses phrases douces,
Je remercie tous ses poèmes,
Et son épouse qui était rousse.