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Belle providence.

ROUSSELOT

Maître Poète
#1
Belle providence
(p’tite nouvelle)

Sir Harry David Jones junior fut, ce matin-là, réveillé par un vacarme assourdissant.

Cela le fit sursauter de son lit au point de décocher son monocle.

Il alluma la lampe de chevet, jeta un œil rapide sur son réveil mécanique.
Diantre 7h57 !

Ce dernier étant réglé sur 8h00 précise pour son levé quotidien,
il fut fort désappointé d’être ainsi privé de trois précieuses minutes de sommeil.

La journée ne se présentait pas, ainsi, sous de bons auspices.

Il se redressa sur le traversin de son immense lit à baldaquin et s’étira.
Puis il se leva, s’approcha de la fenêtre et l’ouvrit pour éventuellement déterminer l’origine de ce désagrément matinal.

Devant lui, apparut alors, un paysage apocalyptique.
Une grande partie de la rue était détruite et à la proie des flammes.

Il jeta furtivement un regard aux extérieurs de sa demeure et de son vert jardin.
Il adore ce jardin purement Victorien qui conjugue avec adresse désordre et ordre, éclairé d’un gazon si parfait.


Bref, ces derniers semblaient épargnés par le chaos régnant aux alentours.
Il en fut fort soulagé.

Le pavillon mitoyen était également intact.
Sa grosse voisine équipée d’une robe de nuit rose était sur le trottoir.
Sa chevelure défaite était parsemée de quelques bigoudis mal agencés.

Il l’interpella

  • «Hello, hey, holà ! chère voisine ! Pouvez-vous avoir l’immense amabilité de bien vouloir porter à notre connaissance l’origine de tout ce chambardement ? »
  • « Mais Monsieur ! Monsieur !» hurla la pauvre femme en pleure.
  • « C’est horrible, Monsieur, horrible, il y a un avion qui est tombé sur notre rue ! »
  • « Plaît-il ? Un avion ? par tous les diables ! Soit ! Je vous remercie et vous souhaite une bien agréable journée, Madame » dit-il avec grâce.
Sa voisine, timidement, le salua de la main en lui adressant un sourire crispé.

  • « Décidément cette forte femme à de bizarres attitudes » pensa-t-il en fermant l’ouvrant.
Déjà, au bout de la rue se faisait entendre les sirènes des véhicules de secours arrivant sur les lieux.

Mais que s’était-il donc passé ?

Le pilote d’un avion de ligne et son second, afin de fêter dignement les futures fiançailles de ce brave O.P.L., avaient, avant l’atterrissage, joyeusement achevé une bonne bouteille d’un Whisky de grand cru qui fut gracieusement élevé en vieux fût de chêne durant de bien longues années, et ce, dans la pure et respectable tradition écossaise.
Bref, une véritable part des anges !

Ivres morts, aux commandes de leur appareil, ils avaient tout bêtement confondu la rue de notre brave Sir Harry David Jones Junior avec la piste 09R de l’aéroport de Londres Heathrow.

En toute évidence, cette fatale méprise, entraina le crash du biréacteur, le décès immédiat de tout l’équipage, de la centaine de passagers et la destruction d’une dizaine de pavillons, corps et âmes comprises.

Nous noterons également au passage la douloureuse et regrettable disparition de « Poupette », la petite chienne Yorkshire qui venait à London rejoindre sa vieille maîtresse, la comtesse de Derby, lointaine descendante des tsars de toutes les Russies.

Ne doutons point que cette dernière en voudra en toute évidence, et sans démesure, jusqu'à la fin de ses jours, à cette idiote accompagnatrice de « Poupette » qui a eu l’outrecuidance de prendre ce maudit vol.
La comtesse envisagea, même, un moment, son licenciement sans émoluments.

La chance, pour Sir Harry David Jones Junior, est que la carcasse de l’avion s’arrêta net à une centaine de mètres de sa villa.

Il se gratta machinalement la tête.
Puis il enfila sa chaude robe de chambre faite dans une excellente pure fine laine de grande qualité tissée au tartan de son clan.
Il faut dire qu’elle fut particulièrement sélectionnée sur des animaux élevés en plein air, en provenance des hauts plateaux des Highlands de sa Calédonie natale, où les rudes conditions offrent cette texture si singulière à la matière.

Il n’oublia pas d’ajuster son monocle et de saisir délicatement sa canne de courtoisie au pommeau d’ivoire.
Laquelle Ivoire fut ponctionnée par son aïeule sur le torse d’un guerrier cannibale lors d’un cruel duel au cours d’une héroïque bataille au fin fond de cette sauvage et mystérieuses Afrique.

Enfin, il sortit de sa chambre, emprunta le magnifique escalier de bois nouvellement vitrifié par un artisan qualifié, dont Sir Harry David Jones Junior a encore du mal à en digérer la facture.
Puis il se dirigea en direction de la cuisine.

Sir Harry David Jones Junior, aime beaucoup, au matin, pendre son breakfast en ce lieu.
Toutefois, il fut intrigué par des gémissements en provenance du boudoir.
Il y entra et y trouva, Maria, la bonne (dont le prénom indique en toute certitude des origines lusitaniennes), en pleurs, blottie sur un fauteuil de style Louis XIII.


  • « Maria, qu’avez-vous donc, s’exclama-t-il ! »
  • « Oh, Monsieur, c’est affreux, c’est affreux ! »
  • « Vous voulez parlez de l’accident, Maria ? »
  • « Voui, Monsieur, voui, Monsieur »
  • « Allons, allons, ma pauvre Maria, remettez-vous donc. Nous avons eu un morceau de chance en ce beau jour ensoleillé. Les secours arrivent, et n’en doutons pas que la situation soit vite maitrisée. Ainsi, sous peu, nous reprendrons rapidement le cours des choses. Ne vous emballez pas pour si peu. »
  • «D’ailleurs, ma petite Maria, tous ces évènements m’ont donné un bon appétit. Avez-vous préparé mon petit déjeuner. J’ai grande hâte de me délecter d’un œuf à la coque, de mes pancakes préférés et d’un bon Bacon salé à souhait, puis enfin lire paisiblement mon journal.
  • « Non, non, Monsieur, n’allez pas dans la cuisine, je vous prie, c’est horrible. »
  • Cessez donc, maintenant et immédiatement ces enfantillages Maria ! Cela suffit ! Voyons ! la tança-t-il.
Sir Harry David Jones Junior poussa donc de sa canne, la porte donnant accès à la cuisine.
Là, avec effroi il contempla la scène.
La grande baie vitrée latérale avait été cassée par différents projectiles dont certains, à la vue de leurs formes, étaient en toute évidence d’origine organique.
Ici une main sur le piano de cuisson, là un bout de bras au sol, et sur la table au beau milieu du plateau de fruits frais cueillis la veille, reposait la tête d’une femme d’une cinquantaine d’années.

Ce que remarqua tout de suite, Sir Harry David Jones Junior, c’est, qu’outre les dommages causés par l’accident, ce visage lui apparaissait naturellement peu gracieux, voire d’une laideur incommensurable.

Il fut un peu intrigué par le fait que ce dernier lui semblait légèrement familier.
En vain, il se plongea quelques secondes dans sa mémoire.
Enfin, il se dit, que peut-être avait-il connu ou croisé, un jour, cette malheureuse. Le monde est si petit, parfois, pensa-t-il. N’est-ce pas ?

Il interpella Maria :

  • « Ma pauvre enfant, je vous comprends mieux maintenant, nous allons devoir faire quelques menus frais pour remettre en état la cuisine. Cela est fort gênant, n’est-il pas ? Surtout la réparation de la verrière va nous coûter un bras. Il nous faudra également informer les secours de la présence de victimes en notre cambuse. »
Maria replongea alors de plus forts sanglots.
  • « Voyons, Maria, soyez courageuse et remettez-vous à l’ouvrage. Je pendrai donc mon Breakfast au boudoir. Cela perturbera, certes vos petites habitudes. Allez va ! à la guerre comme à la Guerre ! »
Sir Harry David Jones Juniors se plaça à la magnifique table victorienne en acajou aux cinq pieds subliment sculptés et aux bouts agencés en demi-lunes.
Il allongea longuement ses pieds afin de profiter au maximum du confort du fauteuil matelassé.

  • « Ah, ma chère Maria, faites donc dire à Babeth, euh… ! à Madame, que je suis levé.»
Babeth, ou plutôt, Madame Elizabeth David Jones, est la femme et la patronne de Monsieur.
Elle est en effet l’actionnaire principale d’un journal devenu au fil du temps et des modes, tabloïde.
Sir Harry David Jones avait été embauché, là, en sortie d’adolescence, par feu futur beau Papa sur les conseils de son propre père qui ne savait que faire de ce fils, fainéant né.

Puis, il avait été plus ou moins contraint de convoler en justes noces avec la fille de ce patron d’industrie autoritaire, qui voulait que sa descendance porte titre.
Cette union fit également le bonheur de sa propre famille dont les ressources tarissaient dramatiquement au fil des ans.

Notre homme occupait, aujourd’hui, le titre honorifique de directeur du journal, bien que ce fût-elle qui en assurait clairement la direction.
Il faut dire qu’elle tenait tout de son père.

Lorsqu’elle arrivait, accompagnée de ses deux Welshs Corgi, « Furax et Brutus », aux bureaux de la rédaction, nulles mouches n’osaient bouger.
Pas même Sir Harry David Jones Junior, qui depuis ce somptueux et couteux mariage faisait chambre à part.


  • « Allons, Maria, que faites-vous donc ? Allez de ce pas quérir Madame. Cela fait déjà un temps qu’elle a dû revenir de sa promenade matinale avec son « Furax » et son« Brutus !».
Maria plongea alors la tête dans ses mains et cria :
  • « Mais elle est revenue, Madame, elle est revenue. Elle est dans la cuisine. »
  • «Je vous demande Pardon, vous vous moquez de moi, Maria ! je ne l’ai point vu lors de ma visite aux cuisines ! »
  • « Si, si » dit-elle dans un étouffement de sanglots, « sur la table ! sur le plateau de fruits»
Sir Harry David Jones prit deux secondes de réflexion, joua un instant avec les boucles de ses cheveux roux. Puis reprit calmement :

  • « Si je comprends bien, vous semblez me dire que la tête qui trône au milieu de la table de la cuisine serait sienne. Vous voulez, là, me faire plaisir Maria ?
  • « Non, non Monsieur, c’est bien la sienne.
Il se rappela soudain que ce visage l’avait en effet interpellé, puis il reprit.
  • « Ainsi donc, de la sorte vous m’informez de mon récent veuvage, moi qui pensais mal débuter ma journée. Par contre, et au fait ! Savez-vous ce que sont devenues ses malfaisantes bestioles ?
  • « Ils sont dans le jardin, ils sont revenus indemnes.
  • « Dammed ! Cela est très fâcheux Maria, bien fâcheux, croyez-moi.
Il fit une courte pause, réfléchit puis ajouta :
  • «Bon il nous faudra informer les secours que nous avons avec brio identifié une des victimes, mais que nous ne savons que faire et où enterrer ces saloperies de petits chiens ?
  • « Mais Monsieur, ils ne sont pas morts ! Eux ! Monsieur »
  • « Soyez sans crainte, brave ingénue, j’en fais sur le champ mon affaire, le vieux tromblon de mon père est encore en usage. Puis nous irons placer un cierge en notre jolie Abbaye afin de louer cette belle providence que les cieux nous ont ainsi apporté.

Loïc ROUSSELOT
 

ledragonrouge

Maître Poète
#2
Belle providence
(p’tite nouvelle)


Sir Harry David Jones junior fut, ce matin-là, réveillé par un vacarme assourdissant.

Cela le fit sursauter de son lit au point de décocher son monocle.

Il alluma la lampe de chevet, jeta un œil rapide sur son réveil mécanique.
Diantre 7h57 !

Ce dernier étant réglé sur 8h00 précise pour son levé quotidien,
il fut fort désappointé d’être ainsi privé de trois précieuses minutes de sommeil.

La journée ne se présentait pas, ainsi, sous de bons auspices.

Il se redressa sur le traversin de son immense lit à baldaquin et s’étira.
Puis il se leva, s’approcha de la fenêtre et l’ouvrit pour éventuellement déterminer l’origine de ce désagrément matinal.

Devant lui, apparut alors, un paysage apocalyptique.
Une grande partie de la rue était détruite et à la proie des flammes.

Il jeta furtivement un regard aux extérieurs de sa demeure et de son vert jardin.
Il adore ce jardin purement Victorien qui conjugue avec adresse désordre et ordre, éclairé d’un gazon si parfait.

Bref, ces derniers semblaient épargnés par le chaos régnant aux alentours.
Il en fut fort soulagé.

Le pavillon mitoyen était également intact.
Sa grosse voisine équipée d’une robe de nuit rose était sur le trottoir.
Sa chevelure défaite était parsemée de quelques bigoudis mal agencés.

Il l’interpella



    • «Hello, hey, holà ! chère voisine ! Pouvez-vous avoir l’immense amabilité de bien vouloir porter à notre connaissance l’origine de tout ce chambardement ? »
      [*]« Mais Monsieur ! Monsieur !» hurla la pauvre femme en pleure.
      [*]« C’est horrible, Monsieur, horrible, il y a un avion qui est tombé sur notre rue ! »
      [*]
      « Plaît-il ? Un avion ? par tous les diables ! Soit ! Je vous remercie et vous souhaite une bien agréable journée, Madame » dit-il avec grâce.

Sa voisine, timidement, le salua de la main en lui adressant un sourire crispé.




    • « Décidément cette forte femme à de bizarres attitudes » pensa-t-il en fermant l’ouvrant.
Déjà, au bout de la rue se faisait entendre les sirènes des véhicules de secours arrivant sur les lieux.

Mais que s’était-il donc passé ?

Le pilote d’un avion de ligne et son second, afin de fêter dignement les futures fiançailles de ce brave O.P.L., avaient, avant l’atterrissage, joyeusement achevé une bonne bouteille d’un Whisky de grand cru qui fut gracieusement élevé en vieux fût de chêne durant de bien longues années, et ce, dans la pure et respectable tradition écossaise.
Bref, une véritable part des anges !

Ivres morts, aux commandes de leur appareil, ils avaient tout bêtement confondu la rue de notre brave Sir Harry David Jones Junior avec la piste 09R de l’aéroport de Londres Heathrow.

En toute évidence, cette fatale méprise, entraina le crash du biréacteur, le décès immédiat de tout l’équipage, de la centaine de passagers et la destruction d’une dizaine de pavillons, corps et âmes comprises.

Nous noterons également au passage la douloureuse et regrettable disparition de « Poupette », la petite chienne Yorkshire qui venait à London rejoindre sa vieille maîtresse, la comtesse de Derby, lointaine descendante des tsars de toutes les Russies.

Ne doutons point que cette dernière en voudra en toute évidence, et sans démesure, jusqu'à la fin de ses jours, à cette idiote accompagnatrice de « Poupette » qui a eu l’outrecuidance de prendre ce maudit vol.
La comtesse envisagea, même, un moment, son licenciement sans émoluments.

La chance, pour Sir Harry David Jones Junior, est que la carcasse de l’avion s’arrêta net à une centaine de mètres de sa villa.

Il se gratta machinalement la tête.
Puis il enfila sa chaude robe de chambre faite dans une excellente pure fine laine de grande qualité tissée au tartan de son clan.
Il faut dire qu’elle fut particulièrement sélectionnée sur des animaux élevés en plein air, en provenance des hauts plateaux des Highlands de sa Calédonie natale, où les rudes conditions offrent cette texture si singulière à la matière.

Il n’oublia pas d’ajuster son monocle et de saisir délicatement sa canne de courtoisie au pommeau d’ivoire.
Laquelle Ivoire fut ponctionnée par son aïeule sur le torse d’un guerrier cannibale lors d’un cruel duel au cours d’une héroïque bataille au fin fond de cette sauvage et mystérieuses Afrique.

Enfin, il sortit de sa chambre, emprunta le magnifique escalier de bois nouvellement vitrifié par un artisan qualifié, dont Sir Harry David Jones Junior a encore du mal à en digérer la facture.
Puis il se dirigea en direction de la cuisine.

Sir Harry David Jones Junior, aime beaucoup, au matin, pendre son breakfast en ce lieu.
Toutefois, il fut intrigué par des gémissements en provenance du boudoir.
Il y entra et y trouva, Maria, la bonne (dont le prénom indique en toute certitude des origines lusitaniennes), en pleurs, blottie sur un fauteuil de style Louis XIII.




    • « Maria, qu’avez-vous donc, s’exclama-t-il ! »
      [*]« Oh, Monsieur, c’est affreux, c’est affreux ! »
      [*]« Vous voulez parlez de l’accident, Maria ? »
      [*]« Voui, Monsieur, voui, Monsieur »
      [*]« Allons, allons, ma pauvre Maria, remettez-vous donc. Nous avons eu un morceau de chance en ce beau jour ensoleillé. Les secours arrivent, et n’en doutons pas que la situation soit vite maitrisée. Ainsi, sous peu, nous reprendrons rapidement le cours des choses. Ne vous emballez pas pour si peu. »
      [*]«D’ailleurs, ma petite Maria, tous ces évènements m’ont donné un bon appétit. Avez-vous préparé mon petit déjeuner. J’ai grande hâte de me délecter d’un œuf à la coque, de mes pancakes préférés et d’un bon Bacon salé à souhait, puis enfin lire paisiblement mon journal.
      [*]« Non, non, Monsieur, n’allez pas dans la cuisine, je vous prie, c’est horrible. »
      [*]Cessez donc, maintenant et immédiatement ces enfantillages Maria ! Cela suffit ! Voyons ! la tança-t-il.

Sir Harry David Jones Junior poussa donc de sa canne, la porte donnant accès à la cuisine.
Là, avec effroi il contempla la scène.
La grande baie vitrée latérale avait été cassée par différents projectiles dont certains, à la vue de leurs formes, étaient en toute évidence d’origine organique.
Ici une main sur le piano de cuisson, là un bout de bras au sol, et sur la table au beau milieu du plateau de fruits frais cueillis la veille, reposait la tête d’une femme d’une cinquantaine d’années.

Ce que remarqua tout de suite, Sir Harry David Jones Junior, c’est, qu’outre les dommages causés par l’accident, ce visage lui apparaissait naturellement peu gracieux, voire d’une laideur incommensurable.

Il fut un peu intrigué par le fait que ce dernier lui semblait légèrement familier.
En vain, il se plongea quelques secondes dans sa mémoire.
Enfin, il se dit, que peut-être avait-il connu ou croisé, un jour, cette malheureuse. Le monde est si petit, parfois, pensa-t-il. N’est-ce pas ?

Il interpella Maria :

  • « Ma pauvre enfant, je vous comprends mieux maintenant, nous allons devoir faire quelques menus frais pour remettre en état la cuisine. Cela est fort gênant, n’est-il pas ? Surtout la réparation de la verrière va nous coûter un bras. Il nous faudra également informer les secours de la présence de victimes en notre cambuse. »

Maria replongea alors de plus forts sanglots.
  • « Voyons, Maria, soyez courageuse et remettez-vous à l’ouvrage. Je pendrai donc mon Breakfast au boudoir. Cela perturbera, certes vos petites habitudes. Allez va ! à la guerre comme à la Guerre ! »

Sir Harry David Jones Juniors se plaça à la magnifique table victorienne en acajou aux cinq pieds subliment sculptés et aux bouts agencés en demi-lunes.
Il allongea longuement ses pieds afin de profiter au maximum du confort du fauteuil matelassé.

  • « Ah, ma chère Maria, faites donc dire à Babeth, euh… ! à Madame, que je suis levé.»

Babeth, ou plutôt, Madame Elizabeth David Jones, est la femme et la patronne de Monsieur.
Elle est en effet l’actionnaire principale d’un journal devenu au fil du temps et des modes, tabloïde.
Sir Harry David Jones avait été embauché, là, en sortie d’adolescence, par feu futur beau Papa sur les conseils de son propre père qui ne savait que faire de ce fils, fainéant né.

Puis, il avait été plus ou moins contraint de convoler en justes noces avec la fille de ce patron d’industrie autoritaire, qui voulait que sa descendance porte titre.
Cette union fit également le bonheur de sa propre famille dont les ressources tarissaient dramatiquement au fil des ans.

Notre homme occupait, aujourd’hui, le titre honorifique de directeur du journal, bien que ce fût-elle qui en assurait clairement la direction.
Il faut dire qu’elle tenait tout de son père.

Lorsqu’elle arrivait, accompagnée de ses deux Welshs Corgi, « Furax et Brutus », aux bureaux de la rédaction, nulles mouches n’osaient bouger.
Pas même Sir Harry David Jones Junior, qui depuis ce somptueux et couteux mariage faisait chambre à part.


  • « Allons, Maria, que faites-vous donc ? Allez de ce pas quérir Madame. Cela fait déjà un temps qu’elle a dû revenir de sa promenade matinale avec son « Furax » et son« Brutus !».

Maria plongea alors la tête dans ses mains et cria :
  • « Mais elle est revenue, Madame, elle est revenue. Elle est dans la cuisine. »
    [*]«Je vous demande Pardon, vous vous moquez de moi, Maria ! je ne l’ai point vu lors de ma visite aux cuisines ! »
    [*]« Si, si » dit-elle dans un étouffement de sanglots, « sur la table ! sur le plateau de fruits»

Sir Harry David Jones prit deux secondes de réflexion, joua un instant avec les boucles de ses cheveux roux. Puis reprit calmement :

  • « Si je comprends bien, vous semblez me dire que la tête qui trône au milieu de la table de la cuisine serait sienne. Vous voulez, là, me faire plaisir Maria ?
    [*]« Non, non Monsieur, c’est bien la sienne.

Il se rappela soudain que ce visage l’avait en effet interpellé, puis il reprit.
  • « Ainsi donc, de la sorte vous m’informez de mon récent veuvage, moi qui pensais mal débuter ma journée. Par contre, et au fait ! Savez-vous ce que sont devenues ses malfaisantes bestioles ?
    [*]« Ils sont dans le jardin, ils sont revenus indemnes.
    [*]« Dammed ! Cela est très fâcheux Maria, bien fâcheux, croyez-moi.

Il fit une courte pause, réfléchit puis ajouta :
  • «Bon il nous faudra informer les secours que nous avons avec brio identifié une des victimes, mais que nous ne savons que faire et où enterrer ces saloperies de petits chiens ?
    [*]« Mais Monsieur, ils ne sont pas morts ! Eux ! Monsieur »
    [*]« Soyez sans crainte, brave ingénue, j’en fais sur le champ mon affaire, le vieux tromblon de mon père est encore en usage. Puis nous irons placer un cierge en notre jolie Abbaye afin de louer cette belle providence que les cieux nous ont ainsi apporté.


Loïc ROUSSELOT


Au plaisir de vous lire !!!
 

AnnaVart

Maître Poète
#3
Bravo! Une histoire tout à fait étrange avec des événements en quelque sorte sadiques :)
Bon courage à Maria pour la continuation de cette histoire
On attendra impatiemment
 

iboujo

Maître Poète
#6
de l'humour typiquement anglais...Bravo Loic....
Une histoire remise au goût de l"époque..qui me fait penser à ces séries Britanniques pleines de flegme devant la plus absurde des situations
ici la mort de madame de..et l'attitude détachée du Baron de..qui a faim de bouffe !et rien d'autre
.la vie continue,pas d'affolements !
bisous jojo