TheFantasier
Nouveau poète
C’est l’une des premières nuits d’automne.
La ville est aussi chaude et humide que la dernière catin de la rue de la gare, prête à accueillir n’importe qui, pourvu qu’il y mette le prix.
Les gens parlent des gens aux gens.
C’est un cycle.
Leurs mots sont noirs de pauvreté et de misère, de corruption et de scandales, de pitié et d’indignation. Si l’or peut être derrière ces murs, au plus profond de ces coeurs et de ces poches; par ces fenêtres, ces innombrables bouches et fermetures, ne filtrent que les excréments du monde, qu’on ne saurait garder pour soi mais que la foule veut voir, tant il est important de se persuader que l’on ne peut être bien qu’à sa place, qu’il n’est que pourriture au dessus et défections en dessous.
Vous ne pouvez pas être seul. Ici personne ne le peut. Même caché derrière la plus haute grille, sous la plus haute toiture, il sera toujours quelqu’un pour vous surveiller, vous évaluer, posant sur vous un regard orienté, confortant son idée, cette idée que nombre ne peut voir contredite: que le système fonctionne, que rien ne pourrait être mieux, que rien n’a jamais été mieux, qu’on ne saurait désirer une meilleure place que celle qui nous échoit.
L’homme fouille la merde qu’on lui lâche pour en extirper ce que des doigts plus raffinés d’au-dessus n’ont pas voulu chercher, de peur de s’y souiller.
Les travailleurs ne vivent que pour les bulles d’air qu’on leur donne pour les garder sous la main. Pour un instant à tenir entre leurs doigts d’une pression délicate et rassurante une belle flute à champagne, dans les hautes sphères, pendant qu’on fait semblant de les écouter. Illusion fugace d’opulence. Ils attendent sans relâche de s’offrir une soirée avec pour seul souci de finir une bouteille en bonne compagnie, allongé au soleil, une journée ou une semaine de ce qu’ils font toute l’année, au dessus.
Au dessus, des grands qui se sentent seuls, las d’être libres et riches. Qui se plaignent parfois de ne rien savoir du monde, qu’on leur a tout donné, qu’ils n’ont plus rien à prendre. Ayant si peu d’amour et de pitié qu’ils payent à l’occasion quelqu’un qui les baise ou les torture. Ou les deux à la fois.
Depuis toujours, le sable tombe et ne remonte pas. Qui serions-nous pour oser croire y faire mieux que nos aïeux? Dans cet amas de gens qui tamisent ce qu’ils peuvent, ne sont rois à leur place que ceux qui l’ont choisie.
La ville est aussi chaude et humide que la dernière catin de la rue de la gare, prête à accueillir n’importe qui, pourvu qu’il y mette le prix.
Les gens parlent des gens aux gens.
C’est un cycle.
Leurs mots sont noirs de pauvreté et de misère, de corruption et de scandales, de pitié et d’indignation. Si l’or peut être derrière ces murs, au plus profond de ces coeurs et de ces poches; par ces fenêtres, ces innombrables bouches et fermetures, ne filtrent que les excréments du monde, qu’on ne saurait garder pour soi mais que la foule veut voir, tant il est important de se persuader que l’on ne peut être bien qu’à sa place, qu’il n’est que pourriture au dessus et défections en dessous.
Vous ne pouvez pas être seul. Ici personne ne le peut. Même caché derrière la plus haute grille, sous la plus haute toiture, il sera toujours quelqu’un pour vous surveiller, vous évaluer, posant sur vous un regard orienté, confortant son idée, cette idée que nombre ne peut voir contredite: que le système fonctionne, que rien ne pourrait être mieux, que rien n’a jamais été mieux, qu’on ne saurait désirer une meilleure place que celle qui nous échoit.
L’homme fouille la merde qu’on lui lâche pour en extirper ce que des doigts plus raffinés d’au-dessus n’ont pas voulu chercher, de peur de s’y souiller.
Les travailleurs ne vivent que pour les bulles d’air qu’on leur donne pour les garder sous la main. Pour un instant à tenir entre leurs doigts d’une pression délicate et rassurante une belle flute à champagne, dans les hautes sphères, pendant qu’on fait semblant de les écouter. Illusion fugace d’opulence. Ils attendent sans relâche de s’offrir une soirée avec pour seul souci de finir une bouteille en bonne compagnie, allongé au soleil, une journée ou une semaine de ce qu’ils font toute l’année, au dessus.
Au dessus, des grands qui se sentent seuls, las d’être libres et riches. Qui se plaignent parfois de ne rien savoir du monde, qu’on leur a tout donné, qu’ils n’ont plus rien à prendre. Ayant si peu d’amour et de pitié qu’ils payent à l’occasion quelqu’un qui les baise ou les torture. Ou les deux à la fois.
Depuis toujours, le sable tombe et ne remonte pas. Qui serions-nous pour oser croire y faire mieux que nos aïeux? Dans cet amas de gens qui tamisent ce qu’ils peuvent, ne sont rois à leur place que ceux qui l’ont choisie.