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Viens, dansons toi et moi

jeancirnal

Poète libéré

Sonnez, sonnez trompettes ! Nous voilà ! Braves soldats !
Tonnez, tonnez tambours ! La belle ballade que voilà !
Sonnez trompettes ! Tonnez tambours ! Nous entendez-vous ?
Tonnez tambours ! Sonnez trompettes ! Nous voyez-vous ?

Ma chère Terre tourne rond, pourtant l’homme réussit,
Quand même, l’exploit de lui refiler le tournis.
Et vas -y que j’étripe sous des paroles vernies.
Vas -y que j’égorge avec grande minutie.

La « bonne cause », oui, toujours cette vieille mégère putride,
Toujours présente avec son discours plein de rides,
Toujours au garde-à-vous pour nous endoctriner
Pour, au loin, nous parachuter, nous calciner.

Comme des lions hargneux, au son du clairon justice,
De nos dards, éventrons les petites orphelines.
Bâfrons-nous de leurs pleurs ! Ensemençons gamines !
Semons ! Que germe une Nation, bâtards de métisse !

Fanfare, attendez-moi ! Trompètes, attendez-moi !
Moi aussi, je veux jouir du juteux goût du sang !
Moi aussi, le son des jérémiades des enfants
Me réjouira, j’en rugirai à pleine voix !

Sonnez, sonnez trompettes ! Nous voilà ! Braves soldats !
Tonnez, tonnez tambours ! La belle ballade que voilà !
Sonnez trompettes ! Tonnez tambours ! Nous entendez-vous ?
Tonnez tambours ! Sonnez trompettes ! Nous voyez-vous ?

Maintenant vous m’entendez, sonne la trompette !
Maintenant vous me voyez, tonne le tambour !
Vous me sentirez et en souffrirez, maudit troubadour ;
Vous me verrez et je vous occirai(1) ! Réveillez-vous trompettes !

La liberté aura, pour toi, l’odeur du soufre
Et peu m’importe que tu me dises que tu en souffres.
La démocratie aura le reflet brun-noir
Du sang qui sèche sur les murs, les routes, les trottoirs.

Je marque d’une croix noire ton front ainsi visé
Et j’appuis sur la détente de mon canon,
Sous l’impact de l’acier ton crâne va se briser.
Etrange que je ne connaisse même pas ton nom…

Oiseau de mauvais augure à l’haleine rance,
Dans ton sillage la mort, dans ton sillage souffrance.
Tu te réjouis de l’odeur putride de la mort ;
Que l’opprobre soit sur toi jusqu’bien(2) après ta mort !

Dans le camp cupide du bien, le génocide
Se déguste entre gens de biens, les mains bien propres.
Le champagne accompagne ce spectacle fétide
Où les gueux s’égorgent, s’éviscèrent comme des malpropres.

Sonnez, sonnez trompettes ! Nous voilà ! Braves soldats !
Tonnez, tonnez tambours ! La belle ballade que voilà !
Sonnez trompettes ! Tonnez tambours ! Nous entendez-vous ?
Tonnez tambours ! Sonnez trompettes ! Nous voyez-vous ?

Maintenant vous m’entendez, sonne la trompette !
Maintenant vous me voyez, tonne le tambour !
Vous me sentirez et en souffrirez, maudit troubadour ;
Vous me verrez et je vous occirai ! Réveillez-vous trompettes !

Ohé les trompettes ! Ohé les tambours !
Soufflez plus fort ! Battez plus fort ! C’est nous que v’là !
Braves soldats ! La jolie sérénade que voilà !
Ne vous sauvez pas, nous sommes déjà là ! Réveillez-vous tambours !

Les cimetières ne sont pas assez grands, alors
Après tous les buchers et les fosses communes,
Ce sera les charniers pour toutes les communes
De votre grand Pays, nouveau royaume des morts.

Viens et, toi aussi, entre dans la ronde ! Oui, danse
Au son de ma mélodie, de cette ritournelle,
Où pour toi, l’ami, la mort sera délivrance.
Entre dans la ronde de la souffrance éternelle.

Sur tous les écrans, sur toutes les chaînes télé,
La même mélodie, les mêmes danseurs et les
Mêmes trompettistes qui répandent, tristes sanglots,
La pestilence de cette berceuse dans nos cerveaux.

Fanfare, attendez-moi ! Tambours, attendez-moi !
Quoi ? Mais, pourquoi arrêter si proche de chez moi ?
Je connais ces jérémiades à nulle autre pareille,
Serait-ce celles de mon fils qui tintent à mes oreilles ?

Sonnez, sonnez trompettes ! Nous voilà ! Braves soldats !
Tonnez, tonnez tambours ! La belle ballade que voilà !
Sonnez trompettes ! Tonnez tambours ! Nous entendez-vous ?
Tonnez tambours ! Sonnez trompettes ! Nous voyez-vous ?

Maintenant, vous m’entendez, sonne la trompette !
Maintenant vous me voyez, tonne le tambour !
Vous me sentirez et en souffrirez, maudit troubadour ;
Vous me verrez et je vous occirai ! Réveillez-vous trompettes !

Ohé les trompettes ! Ohé les tambours !
Soufflez plus fort ! Battez plus fort ! C’est nous que v’là !
Braves soldats ! La jolie sérénade que voilà !
Ne vous sauvez pas, nous sommes déjà là ! Réveillez-vous tambours !

Tambours et trompettes arrêtez-vous ! M’entendez-vous ?
Stoppez le clairon des trompettes et des tambours !
Mais arrêtez donc, c’est mon fils qui hurle dans ce bourg !
C’est ma femme qui gémit dans vos bras ! N’entendez-vous…

(vive Vladimir Maïakovski)

(juin 2014 - France)

(1) Occire est un verbe transitif mais je m’en moque.
(2) « jusqu’bien » n’est pas très jolie mais ça ressemble au bruit d’un crachat et cela me plaît.
 
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