VERTIGE
J’ai songé combien le présent pouvait être éphémère. Cette pensée m’a donné une sensation de malaise où je me suis sentie prise de vertige…
Ainsi cette phrase que je viens d’écrire est déjà tombée dans le passé !
Je me représente le présent tel un corridor, avec deux portes ouvertes en face à face…Le passé, le futur…
Je me tiens immobile dans ce couloir, glacée par ce courant d’air où le futur passe sans s’arrêter et s’engouffre déjà dans le passé…
Je suis emportée en ce tourbillon ne sachant plus guère où je me situe…
Hier j’étais, aujourd’hui je suis, demain je serai.
Mais en certains lendemains je ne serai plus et serai au passé, sans plus aucun aujourd’hui…
Cette spirale oscillante tangue en prismes cauchemardesques,
L’homme vacille en pantin désarticulé aux gestes burlesques,
Les tempes bleuies et résonnantes de pulsations effrénées,
Le souffle saccadé, il transpire, il suinte, il se débat effaré…
Son présent n’est qu’un mirage dont le reflet s’embue et se perd
En un labyrinthe abyssal aux remugles d’une sordide atmosphère,
Il croyait détenir la connaissance, le savoir, la science, le pourquoi du comment
Et voit qu’il n’est rien, qu’un infime grain de sable sans entendement,
Pris dans les rouages grinçants de son incompréhension,
Enchainé dans l’engrenage du temps et de ses macabres tourbillons,
Il est propulsé tel un fétu de paille stérile et desséché
Vers l’antre inconnu et déconcertant du passé…
Son futur a surgi sans qu’il en prenne garde ni conscience,
Sa mémoire chancelle, bascule, se contorsionne en démence,
Le présent s’éteint telle une bougie non consumée
Qu’une main étrangère et démoniaque aurait étouffée…