BERRAHAH
Nouveau poète
Adrukh iwa ru iwa gakh tin ijdad .
A yasmum ekkar iâakkub ar tekkarkh .
Je pleurerai
Pleure
Faisons comme les oiseaux
O mon bien aimé
Appelle Iâakub et que je l’appelle
Isli lui renvoya son izli(chant) ainsi:
«da etgallax ar i tebdit d ixf
allig da da zerrin midden walu
wer ya da essektayx »
« Je te jure que tu m’as séparé de ma tête
Et que les gens passent
sans que je les reconnaisse »
Tislit:
« Ennighak day ennighak amarg ennk
ami ezzlumx timzin
Iggama wul ad ikn ijjawn »
« Je te dis et redis:
Ton amour est comme qui mangerait
une épie d’orge
jamais mon cœur ne s’en rassasie »
Isli :
« ullah da tettax ar kni d ik tix assix afus
Ezzigh da tekkat inegri ed wuchi a wenna rix »
«Par allah je te jure que je mange
et dès que je pense à toi
Je n’ai plus d’appétit
Ton absence est un obstacle
entre moi et la nourriture » .
D’un bout à l’autre de la montagne d’Imi Lchil , tislit (fiancée) envoyait ces vers célèbres à son amoureux
qui y répondait non moins pathétiques .
Un an auparavant , les deux jeunes se sont rencontrés , se sont aimés de toutes leurs forces .
Mais pour leur malheur , ils appartenaient à deux groupes devenus rivaux pour une affaire que l’histoire
n’a pas retenu . Le mariage leur étaient donc impossible Ainsi commença leur calvaire .
Pour venir à bout de la bêtise humaine , ils commencèrent une grève de la faim arrosée par leurs larmes .
Après quelques temps , la faim la soif , la tristesse et l’incompréhension eurent raison de leur corps
périssables . Le deuil enveloppa la région .
C’est alors q’un miracle vint rappeler aux hommes leur cruauté : aux deux endroits où les deux jeunes sont morts,
deux lacs se formèrent de leurs larmes. Depuis, l’un porte le nom d’Isli, l’autre celui de Tislit ( le fiancé et la fiancée
en Tamazight). Secoués par la douleur et le miracle , les sages des deux tribus prirent une décision historique :
« dorénavant, aucun obstacle d’aucune sorte ne viendra entraver l’amour .
Même en temps de guerre , les amoureux seront libres de circuler dans les territoires adverses , de s’y marier s’ils
le désirent . Pour ne pas oublier cette tragédie en afin de raviver le pacte et le traduire dans la pratique , on décida de
tenir un festival annuel à mi chemin entre les deux endroits du drame : entre les deux lacs : Isli et tislit .
Entre les deux lacs : « Isli et tislit » , à Imi Lchil (rtès dela ville de Errachidia au Sud-Est du Maroc), se tient depuis les
temps les plus reculés, un festival appelé par les habitants «Agdud» ou la fête des fiançailles. Chaque années en
Septembre, les couples qui se sont formés pendant l’année viennent officialiser leur union par le passage devant « Agraw»
(le conseil de la tribu) par la formule rituelle : « je t’aime » . C’est là également que seront prononcés les divorces qui auront
été décidé d’un commun accord.
Ainsi , ici , on laisse toute une année à la décision cruciale : celle de s’unir ou de se séparer. Voici donc une belle
légende bien de chez nous , mais aux supports physiques réels : deux lacs Isli et tislit , un festival annuel vivants ,
le tout constituant une leçon magistrale d’humanisme , où l’amour et la liberté constituent le centre . Une preuve
supplémentaire de ce que la civilisation amazigh (berbère) renferme des valeurs humaines universelles.
Des valeurs dont nous avons besoin tant aujourd'hui.