SANS AUCUNE EPITAPHE
concours
Etre le maître des circonstances de ma disparition…
Certes, je ne jetterais mon dévolu sur une mort sanglante
Où mon cœur aurait éclaté sous la peur et l’effroi
En quelque sinistre ferroviaire ou scratch d’avion,
En quelque accident routier aux images effrayantes
Où seraient plantés des débris de fer en moi.
Je ne me déciderais de rendre mon dernier soupir
De part les mains d’un criminel, d’un violeur, d’un assassin
Qui m’égorgerait, me poignarderait, me désosserait
Et urinerait sur mon corps disloqué avant de m’ensevelir,
Mes restes décomposés, putréfiés, découverts par des chiens
Ne révéleraient mon identité et l’on m’autopsierait.
Je n’opterais non plus sur une agonie lente et douloureuse
Où je sentirais la vie s’écouler, s’égrainer de souffrance
M’étouffant de cris rauques, me tordant de spasmes atroces
Où mon esprit se vêtirait de morphologie légumeuse,
En chaise roulante dans un mouroir, la déchéance
Où la pompe à morphine vaincrait les soubresauts de mes forces.
Recevoir l’extrême onction en brume d’épectase
Sous les septièmes cieux de la jouissance et du plaisir,
Entre les draps, entre les bras de l’être aimé
Expirer, voir apparaître mon trépas dans l’extase,
Mais lui de se haïr, de défaillir à en vomir,
De culpabiliser et se blâmer à s’en émasculer.
M’éteindre doucement comme l’a fait mon père
En ce qu’on dénomme la Mort du Juste, la Mort du Sage,
Simplement m’endormir en l’oubli de m’éveiller,
Mais en songeant aux larmes hébétées de ma mère
Qui ne pouvait comprendre ce fulgurant et subit veuvage,
Pour les miens…je m’en voudrais de l’accepter.
J’aimerais partir seule, calme et sereine,
Comme le faisaient les vieux indiens en le chant des vieux cerfs,
D’un pas assuré et mesuré j’irais droit devant,
Je traverserais les villes, les mers, les bois, les plaines
Et disparaitrais en les sables du désert…
Me fondre et me confondre au doux mirage de mes parents !