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Poétesse ? Ce n'est pas un métier

  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion rivière
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rivière

Maître Poète
Poétesse ? Ce n’est pas un métier

Je me présentai un jour
chez maître Charles-Auguste Gastys-Balmin,
notaire de son état,
à Seringat, bourg sarthois de deux mille âmes,

pour lui demander
la main de sa fille Angélique.
- Prenez place dans ce fauteuil,
me répondit le bougre,

en lissant sa moustache
et en caressant son ventre
qu’il avait fort proéminent,
- exposez-moi succinctement

votre état-civil, vos diplômes,
votre métier, vos biens,
puis répertorierez-moi ceux de vos parents
que je n’ai pas l’heur de connaître,


- exécutez-vous, je suis pressé.
Désarçonnée par son attitude abrupte,
je balbutiai :
- je me nomme Jeanne Vaidis,


j’adore votre enfant,
je la célèbre
dans mes vers, je suis poétesse.
Poétesse ? Ce n’est pas un métier !


Les gens comme vous ne sont que des vauriens,
des chenapans, des sacripants,
des faiseurs de vent,
des bohémiens,

- se rengorgea-t-il,
veuillez sortir mademoiselle,
et n’espérez plus jamais franchir
le seuil de cette respectable demeure !

Désespérée, je m’enfuis de la contrée,
m’installai à Paris,
repris mes études,
et devins professeure agrégée de lettres modernes.

Je reçus un jour
un courrier fort obligeant dudit notaire
m’informant que
j’étais l’unique héritière d’une cousine éloignée,

riche de plusieurs millions d’euros,
établie à Flée, près de Seringat.
Il souhaitait, de plus,
« me voir afin de converser d'un sujet personnel».

Je me rendis au rendez-vous,
et remplis les formalités.
Au moment de prendre congé,
il émit de ce ton à la fois sépulcral et paterne

qu’il réservait à ses clients les plus fortunés :
- j’avais déjà décelé en vous, chère mademoiselle,
l’étoffe d’une femme du monde cultivée, et artiste,
vous vouliez la main de ma fille, et bien,

- soit prenez-la, je vais l’appeler,
pour vous,
sa dot s’élèvera
à cinquante mille euros, prix d’ami !

- gardez votre argent, maître,
l’amour n’a pas de prix, lui-rétorquai-je,
passez votre chemin,
je n’ai pas changé depuis notre dernière rencontre,

- je reviens m’établir
pour toujours dans ma contrée.
La Poésie, qui loue la Femme,
la Nature, et l’amour,

est ma maîtresse depuis toujours,
elle existe depuis l’aube des Temps,
ainsi,
Athènes et Rome,

qui conquirent le Monde,
célébrèrent les aèdes,
au moyen-âge et à la Renaissance,
les princes s’entourèrent de trouvères,

- elle m’accompagnera
sur les rives du Loir et de l’Ire,
que
je chanterai au gré des bocages et de la prée,

- et qu’importe votre fille, le sort en est jeté,
je trouverai ma mie parmi les bergères
qui montent la garde
dans les pâtures du Maine, ma Patrie !


Sophie 839
 
En tout cas ma chère Sophie, si ce métier existait, tu serais sans doute bien partie pour occuper une place de choix ! Après un tel déferlement d'inspiration (j'ai répertorié un peu plus de 400 poèmes), tu pourrais même en faire un recueil ! Bonne journée à toi.
A propos: bonne fête !
 
Merci beaucoup julotlaterreur pour la chaleur de ton message.

C'est effectivement aujourd'hui ma fête. Je suis très touchée par ta gentillesse.

Pour rebondir sur ton propos, sache que je prépare très activement un recueil de mes poésies saphiques.

J'ai voulu dans ce texte souligner le rôle fondamental du poète dans un monde où le rêve n'a pas sa place.

A bientôt de te lire. Amitiés poétiques.

Sophie
 
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