PLONGEUSE EN EAU GRASSE
ConcoursPLongeuse, mais disparate de ces naïades
Qui en haut vol s'élancent en sauts de l'ange
A dix mètres des flots telles Oréades
En les ondes de Neptune, chantant ses louanges.
Coups de pieds à la lune, carpés avants-arrières
Diaboliques, périlleux et demi...fendre l'air
Plongeuse en eau grasse, visqueuse et aqueuse
Croupissante de résidus d'assiettes, de couverts,
Emplie d'une faune microbienne de bouches saliveuses,
Goulues, lippues, spumescentes et carnassières.
Des mains rougies, fripées, ridées, déformées
A force de laver, frotter et récurer.
Plongeuse malgré moi, au métier de pis aller,
Non fi par vocation mais par obligation.
"Il n'y a pas de sot métier" aimais-je à répéter
Et je me suis endormie en cette consolation,
Affichant toujours sourire et bon entrain
En cette fade tristesse de mes quotidiens.
Brusquement "Cosette" s'est éveillée de sa torpeur,
Perçu l'esclavage au décompte de ses heures.
Instantanément j'ai rendu mon tablier,
Jeté mes sabots, mes oripeaux élimés.
Adieux définitifs aux arrières cuisines
Où je n'ai que trop longtemps courbé l'echine.
A cette usurpation, exploitation morale...
Seule fautive... j'aurais du charger ces chacals
Dès les prémices de ces vicissitudes,
Mais je me suis tue devant ces turpitudes
Me qualifiant d'amoindrie et de moins que rien,
Baissant, voûtant les épaules pour gagner mon pain.
Aujourd'hui je me secoue, je hausse le ton,
Je plaints tous ces frêles apprentis marmitons,
Bêtes noires des cuisines, pauvres boucs émissaires.
Quant à vous plongeurs, vaut mieux être fonctionnaire
Attribué aux toilettes municipales:
Comparez...votre salaire sera impérial!