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Pierre Étienne Flandin revisité (1889-1958)

Filiatus

Maître Poète
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On m'a déconseillé d'écrire
Ou plutôt pressé de me taire
Sur ce soi-disant triste sire
Qui gouverna pendant la guerre

Ce Parisien dont les racines
Remontent du fond du Morvan
Vu nos communes origines
Ne peut trahir foncièrement

Les Flandin, laboureurs de Lormes
Deviennent sieurs de Domecy
Puis en Icaunais se transforment
Pour finir bourgeois à Paris

C'est là que grandit Pierre Étienne
Fils d'autre Étienne et de Marie
Et qu'en la douceur parisienne
Dans un collège il s'épanouit

Après de brillantes études
Secondaires dans un lycée
De Science-Po enfin exsude
Un docteur d'université

À vingt ans, il fait son service
Militaire dans l'aviation
Puis épouse une jeune miss
Qui lui donne un gentil garçon

Avocat, il est secrétaire
D'Alexandre Millerand, qui
Est le ministre de la Guerre
Lorsque débute le conflit

Pierre Étienne, en tant qu'aviateur
Veut se comporter en héros.
Mais son ministre protecteur
Le rappelle dans les bureaux

Tranquille dans le ministère
Il crée le service avionique
Qui le fait nommer secrétaire
D'État à l'Aéronautique

Bientôt, il prend la présidence
De quelques grands aéroports
Et de l'Aéroclub de France
Avec une médaille d'or

Mais il est une autre couronne
Dont Pierre Étienne veut se parer
Celle de député de l'Yonne
Que son père vient de quitter

Élu au sortir de la guerre
Ainsi qu'en mil neuf cent vingt-quatre
Notre sémillant trentenaire
À l'Assemblée aime à débattre

À peine un an il y exerce
Car le chef du gouvernement
Au ministère du Commerce
Le nomme avec empressement

En ce début des années trente
Dans le gouvernement Laval
Tout le beau monde le fréquente
C'est un peu le gendre idéal

Un accident d'automobile
Le laisse avec un bras cassé
Mais c'est d'une force tranquille
Qu'il vient affronter l'Assemblée

Nommé président du Conseil
Il ne voit pas venir la guerre
Il s'endort sur ses deux oreilles
Ignorant le Front populaire

Lors, en trente-six, Léon Blum
Le renverse et puis le remplace
Mais, en quarante, badaboum !
La guerre mondiale le chasse

Pétain qui prend les pleins pouvoirs
Appelle Flandin à Vichy
S'ensuivent des semaines noires
D'alliance avec les ennemis

Sentant les ennuis qui s'approchent
Il démissionne au bout d'un mois
Montrant à ces têtes de boches
Qu'il avait la tête de bois

Il se retire en Algérie
Au large de Philippeville
Et reçoit de jour et de nuit
Des espions de Winston Churchill

En décembre quarante-trois
Le comité d'Alger l'arrête
Et en prison pour vingt-six mois
Sans une explication le jette

En mil neuf cent quarante-six
Traduit devant la Haute-Cour
Une décision de justice
Émet un non-lieu pour toujours

Mais Flandin est inéligible
Et ça, il ne veut l'accepter
Avec une ardeur indicible
Il se bat pour se disculper

Enfin un emploi, il décroche
Au Conseil Général de l'Yonne
À soixante-cinq ans, c'est moche
Quand on fut si grande personne

Mensuellement, il participe
À des rassemblements d'élus
Et d'intellectuels de tous types
Pour échanger des points de vue

Quatre ans plus tard la mort l'emporte
Et j'avoue ne savoir très bien
Si vers le ciel lui fit escorte
Le bon Dieu ou bien le Malin.
 
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