PARTIE DE PECHE
Christophe était sur la petite plage de Hoëdic.
Agé de ses cinquante ans, il prit sa petite barque comme chaque matin depuis son adolescence.
Il leva la tête.
Sur la grève, en face de lui, il y avait la petite gendarmerie de l’ile.
Christophe vit bien les deux gendarmes qui, postés derrière la fenêtre, le dévisageait.
Il baissa la tête en marmonnant.
« Bande d’imbéciles. Vous avez que ça à faire ; me regarder chaque matin depuis deux semaines. Comme si j’allais rejoindre le continent à la rame. »
Il mit sa barque à l’eau, monta dedans et rama jusqu'à son premier casier crabe et tout en le remontant, il continuait à marmonner.
« Vraiment, qu’elle bande d’imbéciles. »
Il leva la tête au ciel, la rebaissa, et en remontant le casier il se parlait
« T’as vu ma bourrique de bonne femme, ça fait deux semaines que tu as disparu et toute l’ile continu à me dévisager comme un assassin. Ils se demandent tous où tu es partie »
Il retira un tourteau du casier et parti au second.
« Mais vraiment, après tout ce que tu m’as fait subir, c’est moi qu’on montre du doigt. Pourtant s’ils savaient toutes les méchancetés que tu m’as faites. Et oui ma grande, une vrai peste que t’as été. Entre le vinaigre dans mon vin, le sel dans le café, les coups de balai sur la tête qu’en je rentrais avec cinq malheureuses minutes de retard. »
Il retira cinq étrilles dans le deuxième casier et parti au suivant.
« Et je te rappelle ma grande que j’ai toujours su que tu m’avais trompé avec tout mes copains. Même avec ce capitaine de gendarmerie qui me croit coupable sur ta disparition. Ah, s’il savait cette imbécile. »
Puis après avoir remonté ses neufs premiers casiers qui avaient tous bien donné, il alla à son dernier casier.
« Ah, ma bourrique, s’il n’y avait pas eu ton corps de jeune fille. C’est vrai que t’était vraiment très belle.
Ta jeunesse m’avait redonné un coup de sang et me revigorait. Mais là, s’en était de trop. Pourquoi t’as voulu que je change mon testament et te mette principale bénéficiaire. Tu ne vaux vraiment pas mieux que mes deux premières femmes. Vous pensez toutes qu’a me piquer mon argent. »
Il posa son casier sur la barque, en retirant un beau homard. Il replongea le casier dans l’océan.
« Allez ma grande, va me chercher à manger vu que tu n’es bonne qu’à ça. »
Et le casier s’enfonça dans l’océan avec la tête de sa femme, découpée et posée à cote de deux autres cranes.
Mais qu’y avait-il dans les autres casiers ?
L’océan détient nos plus profonds secrets.