meilleuramis
Nouveau poète
ici on la voit à Paris
la Seine la longe longtemps
.
elle a la scintillance de la ville
.
comme tous les êtres brillants
elle voyage
immobile
.
elle arrive tard dans la vie
cet anneau d'or fin autour du monde
.
sous le pays des étoiles
dans le pays des étoiles
.
une maison picarde réserve de lingerie
.
on la voit auprès du puits
là près du sureau où en été une rainette
appelle le monde
.
c'est comme l'étoile multipliée divisée
à l'infini
l'âme étoilée
.
elle est un pont vers elle-même
.
non vers le monde
.
elle est l'onde du nom monde
.
je la vois venir de loin et partir loin
.
incroyable comme elle coule
immobile
.
comme elle s'écoule
et reste pleine jusqu'au bord toujours
.
on la voit traînant sa robe gitane
dans les prés
.
elle est la lingerie des champs
elle ne le sait pas
c'est une biche
.
elle ne se doute pas comment je la vois
si je lui disais elle me dirait
tu te trompes
je ne lui dis pas - elle est ainsi :
celle à qui on jetterait une touffe de fleurs
et elle s'allongerait dans l'herbe
et dirait : je suis à toi
.
il y a une ressemblance certaine
entre son sexe rond et clair
et le coquelicot
.
son sexe est celui de la fleur :
pistil et étamines en même temps
.
c'est ainsi qu'elle transporte les fleurs
sans qu'il y ait jamais de fleurs
dans ses bras
.
c'est ainsi qu'elle est serrée à la taille
la fine tige
.
c'est ainsi que je la vois se promener à Broadway
si fragile
qu'il suffit d'un peu de vent
d'un rien de rien
elle est comme la balance de l'épicier,
on voit le plateau remonter jusqu'à ce qu'un grain de riz
établisse l'équilibre
.
elle est la juste balance
.
les rues de New York donnent des deux côtés
sur la mer et le ciel
ses bouches aussi
.
je sais maintenant que le rien est un soleil
- est le soleil
.
bien sûr elle marche sur le sentier
comme un bel insecte
plutôt papillon que cétoine
.
elle marche comme elle nage
comme l'hirondelle de bout d'aile en bout d'aile
en ramant
.
sa trajectoire va au-delà d'elle
.
comme le papillon de fleur en fleur dans mon regard
directement sur mon cerveau
.
je la vois double triple décuple
- elle a ce don
.
d'être et de ne pas être
.
plus tard elle sera à la fois l'infini
lointain et proche
- elle a le don d'émigrer dans un verre d'eau
d'être un oiseau migrateur
dans un doigt de farine
.
elle a le don d'être la voile qui secoue son aile,
le ballon qui d'un pied à l'autre
imite la terre
.
peut-être est-elle la m onde ?
la mésange-cormoran ?
le goéland-fauvette ?
sans doute
.
je la vois comme un chaton de bague
j'ai toujours hâte d'écrire un poème
pour lui échapper
.
elle est couverte d'une herbe riche
ce sont des brindilles sèches et vertes
où l'on peut glisser les doigts
.
elle est la paillette de la paille,
l'or de l'argent,
la clarté de la politique,
c'est fou ce qu'elle est rivière...
.
elle est une fille simple
mais Platon aussi est simple
- et tous les ponts de Paris sont simples
et la circonférence est simple
c'est pourtant la figure la plus compliquée
.
c'est ça elle se promène dans les bois
comme une circonférence
.
et c'est ainsi qu'à Bagatelle
elle s'asseoit sur les bancs
comme le font les fleurs
pour être aimées
.
je la regarde, je la suis,
elle a tout pour être cueillie
.
on ne peut hésiter ; c'est sa vie, c'est son goût,
c'est son parfum :
.
elle forme un tout cueillable
.
- comment ferait-on pour ne pas la cueillir ?
.
On ne peut l'avoir comme amie
- elle forme une cellule inseccable
quand on l'a pour amante
.
ainsi en est-il des filles-fleurs,
des filles-amantes,
des filles-poèmes,
elles ne sont pas divisibles
.
sa fleur son corps son âme son poème
c'est la pensée unique
.
et soudain, comme l'abeille,
je me vois occuper seulement de son sexe
.
- butiner
.
ses yeux plus de lumière que de couleur
.
avec eux on ne voit pas les tableaux, ce sont eux qui vous
regardent
.
Venise. Elle correspond à l'eau,
comme elle elle court après son sens.
à San Marco sur la place
je la vois en Diane tirant
.
ses robes sont collées ou mini
le bel habit de la biche
c'est son modèle :
la peau serrée, au pelage rayonnant -
.
l'animalité, même à Paris, vient du sexe
.
la biche dont la robe fut ajustée
par le Grand Couturier
la biche où l'on voit tout
et ne voit rien
ces robes de Dieu
.
tout de face avec elle
- quand on devient vieux
on tourne lentement son visage
on le penche vers le profil
.
debout
elle est une fleur coupée
.
elle est faite pour être aimée
quand elle perdra ce don
qu'elle a d'être atteinte
elle fanera
.
elle est la fine fleur
parfois je souffle sur elle
et il s'envole de la poussière intime
à la lumière
.
sur elle nul ne peut écrire un poème
qui ne soit une métamorphose
.
- c'est ainsi que l'enfant rêvait devant la chrysalide
.
parfois elle s'entrouvre et il en sort
des ailes plissées, des linges
.
ce qui l'entoure
- pas seulement ses lingeries -
.
est dans l'attente de son retour
.
ce ne sont pas les robes
qui ont le don d'être atteintes
par les mains
non, c'est elle
.
elle est là pour qu'on s'active
à sa beauté
qu'on pénètre l'anneau de son sexe
.
il en va d'elle comme du monde
on ne peut que l'aimer
.
longtemps je n'ai pu écrire
pour elle ou sur elle :
le poème s'évaporait
.
sa beauté est comme celle de la Veuve
à collier d'or
que je ne peux que garder en volière
il lui arrive de voler vite
dans son immobile beauté
.
ja la vois sur ses talons-aiguilles
elle fuit devant les flics
- c'est ainsi que l'orage traite l'églantine
.
j'ai eu longtemps peur de ses scènes
comme on a peur que les enfants crient
dans l'église
.
elle est la mer bleue
qui se rétrécit dans le détroit
mais reste mer bleue
.
une image d'elle :
son viage se penche sur la paume de sa main
elle est alors jolie vierge blanche et bleue
.
ce léger penchement du corps
cette légère torsion
du bras du buste
et du coeur
.
la voici à Delft devant le tableau de Vermeer
- impossible de la séparer de cette peinture
elle est là contre le petit mur rouge
haute de quelques centimètres
.
on se l'imagine peinte par Vermeer
.
plus tard elle a copié des bouquets de Bruegel -
mais ces roses d'un rose fané
c'est son invention
.
elle sait faire bouger le printemps
le petit édifice des bûchettes des pommiers en fleurs
j'ai vu les sapins l'accompagner
elle détache les couleurs, les fait flotter
entre ses doigts
et quand elle court c'est pour se perdre dans une étoffe
.
la salle de bain est toujours pleine
de robes qui la multiplient
- mais à peine, presque
et la divisent
- mais à peine, presque
seuls les slips blancs protègent l'unité
.
c'est ainsi que tu te construis toute
à partir du cep de ton sexe
car tu es une vigne. C'est ainsi que je te dessinerai
.
tu es une vigne :
tu as la douceur du e, du u, du o
et du i parfois -
mais le a est absent de ton ventre
.
ce sont des voyelles douces qui enveloppent l'enfant
- un tricot de voyelles douces
c'est pourquoi ton slip toujours blanc est doux -
il recouvre les voyelles
.
il y a beaucoup de voyelles en toi
comme il y en a dans la rivière
ou dans l'étang qui est toujours rond, même en profondeur
c'est ainsi que je te caresse intérieurement
comme si je laissais traîner ma main
dans l'eau
.
la meilleure image de notre amour
c'est une barque sur la rivière
.
- on ne peut pas trouver meilleure comparaison
c'est la vérité
.
tu es née du large et de l'étroit
.
de la page et de la ligne
.
et de la ligne que mon cerveau projette qui te dessine
.
elle est faite pour être aimée
non pour être une amie
.
on ne peut regarder le monde sans elle
on ne peut écrire un poème
sans la terre le ciel - et elle
.
" elle " est l'anagramme de son nom
" elle " est le féminin d' " eau "
" elle " est éternel et impossible
.
je l'ai vue marcher ramant du bout de l'aile gauche
au bout de l'aile droit
c'est ainsi que son coeur lui-même bat
en tirant ses ailes
.
en elle vie et mort sont à l'extrême
et son sommeil est si profond qu'il touche la mort
c'est de ce sommeil que sort l'alouette
.
je l'ai vue dans une rue de Nuremberg
moitié nuit moitié jour
le noir à gauche
symétrique au blanc à droite
.
c'est ainsi que son corps la faisait fuir
de village en village
.
comme le corps poursuivi par ses ailes
fait fuir la pie dans l'autre bois
.
cette peur, cette angoisse qu'entretient son corps
comme le feu entretient la lumière
.
qui regarde bien
découvre des plantes inconnues
entre ses jambes
- et un peu plus haut
des pierres inconnues
.
son ombre chante
.
on voit en elle au plus extrême les racines
enroulées autour du coeur
contrairement aux arbres qui les étalent dans l'humus
- sa nourriture vient de l'intérieur
mais quand elle court elle est immobile
.
elle est toujours nue
même en robe et manteau
.
ses deux mains n'en font qu'une
.
et ses jambes jointes
traînent sur le sable en queue
.
cet éternel et impossible amour
.
elle s'écoule sans jamais diminuer son eau
.
cette lumière qu'on ne voit pas
et qui rend tout visible
elle y est aussi
.
on se demande comment son coeur se repère
lui qui bat dans la nuit noire du corps
.
bien sûr, tu es jolie -
mais je sais que cela n'a rien à faire avec l'amour
- la beauté ne t'empêche pas de mourir
mais l'amour t'empêche de mourir
.
c'est là dans ton coeur et dans tes poumons
que s'étend ton ciel étoilé
et tu ne mourras pas car tes milliards d'étoiles
sont aussi les milliards d'étoiles du ciel
.
debout, posée en abîme
tu possèdes le don de t'écouler par le haut
- dans ce lait qui s'écoule
entre tes cheveux noirs
furent écrits bien des poèmes
.
plus tard tu es là
- la page est un espace où pendent
de minuscules grappes de poèmes dorés
.
ce que tu appelles ta marche
c'est te porter
.
allongée, tu dis encore :
caresse mon corps
mais ce n'est plus ton corps
ce sont des sentiers des rochers des flancs de montagnes
- et un étang avec des poissons d'or microscopiques
.
tu élèves ton bras
- c'est une antenne où viennent
se poser les voix du monde
- qui regarde bien voit autour de ton bras
des oiseaux inconnus
qui chantent et qui volent
.
tes bras, tes jambes,
tu les replies sur ton corps
elles forment un nid de branches
de brindilles et de laine
là où tu gardes au chaud
ton coeur le noyau de pêche
.
tu prends volontiers la rondeur d'un fruit
.
cachée sous tes bras et tes jambes
- une étrange lumière naît de Toi
.
c'était autrefois celle de la mer
.
assise sur la fraternité des rochers
- tu marches libre et heureuse
dans la fraternité et la liberté de la matière
.
- c'est ainsi que tu échappes à la mort
.
elle pose ses deux mains
dans la tache de soleil de la table
elle sort des mots de ses doigts
chaque mot est un caillou jaune ou bleu
ils n'ont aucun sens
mais je les regarde ils scintillent
elle les pousse vers moi
.
évidemment ce sont les mots du poème
.
nous sommes à Rome
elle photographie des fenêtres
des volets
ouverts ou fermés
comme s'il ne restait que ces signes
de la vie intérieure
.
même assis il se sentait porté vers elle
.
il prenait l'eau dans le creux de sa main
- c'était un nid
il comprenait aussitôt l'inestimable pureté des oeufs
.
qui voit les oiseaux boire
comprend aussitôt la préciosité de l'eau
le merle fait rouler cette rosée précieuse dans son bec
.
puis il chante quelques notes basses et lentes
c'
la Seine la longe longtemps
.
elle a la scintillance de la ville
.
comme tous les êtres brillants
elle voyage
immobile
.
elle arrive tard dans la vie
cet anneau d'or fin autour du monde
.
sous le pays des étoiles
dans le pays des étoiles
.
une maison picarde réserve de lingerie
.
on la voit auprès du puits
là près du sureau où en été une rainette
appelle le monde
.
c'est comme l'étoile multipliée divisée
à l'infini
l'âme étoilée
.
elle est un pont vers elle-même
.
non vers le monde
.
elle est l'onde du nom monde
.
je la vois venir de loin et partir loin
.
incroyable comme elle coule
immobile
.
comme elle s'écoule
et reste pleine jusqu'au bord toujours
.
on la voit traînant sa robe gitane
dans les prés
.
elle est la lingerie des champs
elle ne le sait pas
c'est une biche
.
elle ne se doute pas comment je la vois
si je lui disais elle me dirait
tu te trompes
je ne lui dis pas - elle est ainsi :
celle à qui on jetterait une touffe de fleurs
et elle s'allongerait dans l'herbe
et dirait : je suis à toi
.
il y a une ressemblance certaine
entre son sexe rond et clair
et le coquelicot
.
son sexe est celui de la fleur :
pistil et étamines en même temps
.
c'est ainsi qu'elle transporte les fleurs
sans qu'il y ait jamais de fleurs
dans ses bras
.
c'est ainsi qu'elle est serrée à la taille
la fine tige
.
c'est ainsi que je la vois se promener à Broadway
si fragile
qu'il suffit d'un peu de vent
d'un rien de rien
elle est comme la balance de l'épicier,
on voit le plateau remonter jusqu'à ce qu'un grain de riz
établisse l'équilibre
.
elle est la juste balance
.
les rues de New York donnent des deux côtés
sur la mer et le ciel
ses bouches aussi
.
je sais maintenant que le rien est un soleil
- est le soleil
.
bien sûr elle marche sur le sentier
comme un bel insecte
plutôt papillon que cétoine
.
elle marche comme elle nage
comme l'hirondelle de bout d'aile en bout d'aile
en ramant
.
sa trajectoire va au-delà d'elle
.
comme le papillon de fleur en fleur dans mon regard
directement sur mon cerveau
.
je la vois double triple décuple
- elle a ce don
.
d'être et de ne pas être
.
plus tard elle sera à la fois l'infini
lointain et proche
- elle a le don d'émigrer dans un verre d'eau
d'être un oiseau migrateur
dans un doigt de farine
.
elle a le don d'être la voile qui secoue son aile,
le ballon qui d'un pied à l'autre
imite la terre
.
peut-être est-elle la m onde ?
la mésange-cormoran ?
le goéland-fauvette ?
sans doute
.
je la vois comme un chaton de bague
j'ai toujours hâte d'écrire un poème
pour lui échapper
.
elle est couverte d'une herbe riche
ce sont des brindilles sèches et vertes
où l'on peut glisser les doigts
.
elle est la paillette de la paille,
l'or de l'argent,
la clarté de la politique,
c'est fou ce qu'elle est rivière...
.
elle est une fille simple
mais Platon aussi est simple
- et tous les ponts de Paris sont simples
et la circonférence est simple
c'est pourtant la figure la plus compliquée
.
c'est ça elle se promène dans les bois
comme une circonférence
.
et c'est ainsi qu'à Bagatelle
elle s'asseoit sur les bancs
comme le font les fleurs
pour être aimées
.
je la regarde, je la suis,
elle a tout pour être cueillie
.
on ne peut hésiter ; c'est sa vie, c'est son goût,
c'est son parfum :
.
elle forme un tout cueillable
.
- comment ferait-on pour ne pas la cueillir ?
.
On ne peut l'avoir comme amie
- elle forme une cellule inseccable
quand on l'a pour amante
.
ainsi en est-il des filles-fleurs,
des filles-amantes,
des filles-poèmes,
elles ne sont pas divisibles
.
sa fleur son corps son âme son poème
c'est la pensée unique
.
et soudain, comme l'abeille,
je me vois occuper seulement de son sexe
.
- butiner
.
ses yeux plus de lumière que de couleur
.
avec eux on ne voit pas les tableaux, ce sont eux qui vous
regardent
.
Venise. Elle correspond à l'eau,
comme elle elle court après son sens.
à San Marco sur la place
je la vois en Diane tirant
.
ses robes sont collées ou mini
le bel habit de la biche
c'est son modèle :
la peau serrée, au pelage rayonnant -
.
l'animalité, même à Paris, vient du sexe
.
la biche dont la robe fut ajustée
par le Grand Couturier
la biche où l'on voit tout
et ne voit rien
ces robes de Dieu
.
tout de face avec elle
- quand on devient vieux
on tourne lentement son visage
on le penche vers le profil
.
debout
elle est une fleur coupée
.
elle est faite pour être aimée
quand elle perdra ce don
qu'elle a d'être atteinte
elle fanera
.
elle est la fine fleur
parfois je souffle sur elle
et il s'envole de la poussière intime
à la lumière
.
sur elle nul ne peut écrire un poème
qui ne soit une métamorphose
.
- c'est ainsi que l'enfant rêvait devant la chrysalide
.
parfois elle s'entrouvre et il en sort
des ailes plissées, des linges
.
ce qui l'entoure
- pas seulement ses lingeries -
.
est dans l'attente de son retour
.
ce ne sont pas les robes
qui ont le don d'être atteintes
par les mains
non, c'est elle
.
elle est là pour qu'on s'active
à sa beauté
qu'on pénètre l'anneau de son sexe
.
il en va d'elle comme du monde
on ne peut que l'aimer
.
longtemps je n'ai pu écrire
pour elle ou sur elle :
le poème s'évaporait
.
sa beauté est comme celle de la Veuve
à collier d'or
que je ne peux que garder en volière
il lui arrive de voler vite
dans son immobile beauté
.
ja la vois sur ses talons-aiguilles
elle fuit devant les flics
- c'est ainsi que l'orage traite l'églantine
.
j'ai eu longtemps peur de ses scènes
comme on a peur que les enfants crient
dans l'église
.
elle est la mer bleue
qui se rétrécit dans le détroit
mais reste mer bleue
.
une image d'elle :
son viage se penche sur la paume de sa main
elle est alors jolie vierge blanche et bleue
.
ce léger penchement du corps
cette légère torsion
du bras du buste
et du coeur
.
la voici à Delft devant le tableau de Vermeer
- impossible de la séparer de cette peinture
elle est là contre le petit mur rouge
haute de quelques centimètres
.
on se l'imagine peinte par Vermeer
.
plus tard elle a copié des bouquets de Bruegel -
mais ces roses d'un rose fané
c'est son invention
.
elle sait faire bouger le printemps
le petit édifice des bûchettes des pommiers en fleurs
j'ai vu les sapins l'accompagner
elle détache les couleurs, les fait flotter
entre ses doigts
et quand elle court c'est pour se perdre dans une étoffe
.
la salle de bain est toujours pleine
de robes qui la multiplient
- mais à peine, presque
et la divisent
- mais à peine, presque
seuls les slips blancs protègent l'unité
.
c'est ainsi que tu te construis toute
à partir du cep de ton sexe
car tu es une vigne. C'est ainsi que je te dessinerai
.
tu es une vigne :
tu as la douceur du e, du u, du o
et du i parfois -
mais le a est absent de ton ventre
.
ce sont des voyelles douces qui enveloppent l'enfant
- un tricot de voyelles douces
c'est pourquoi ton slip toujours blanc est doux -
il recouvre les voyelles
.
il y a beaucoup de voyelles en toi
comme il y en a dans la rivière
ou dans l'étang qui est toujours rond, même en profondeur
c'est ainsi que je te caresse intérieurement
comme si je laissais traîner ma main
dans l'eau
.
la meilleure image de notre amour
c'est une barque sur la rivière
.
- on ne peut pas trouver meilleure comparaison
c'est la vérité
.
tu es née du large et de l'étroit
.
de la page et de la ligne
.
et de la ligne que mon cerveau projette qui te dessine
.
elle est faite pour être aimée
non pour être une amie
.
on ne peut regarder le monde sans elle
on ne peut écrire un poème
sans la terre le ciel - et elle
.
" elle " est l'anagramme de son nom
" elle " est le féminin d' " eau "
" elle " est éternel et impossible
.
je l'ai vue marcher ramant du bout de l'aile gauche
au bout de l'aile droit
c'est ainsi que son coeur lui-même bat
en tirant ses ailes
.
en elle vie et mort sont à l'extrême
et son sommeil est si profond qu'il touche la mort
c'est de ce sommeil que sort l'alouette
.
je l'ai vue dans une rue de Nuremberg
moitié nuit moitié jour
le noir à gauche
symétrique au blanc à droite
.
c'est ainsi que son corps la faisait fuir
de village en village
.
comme le corps poursuivi par ses ailes
fait fuir la pie dans l'autre bois
.
cette peur, cette angoisse qu'entretient son corps
comme le feu entretient la lumière
.
qui regarde bien
découvre des plantes inconnues
entre ses jambes
- et un peu plus haut
des pierres inconnues
.
son ombre chante
.
on voit en elle au plus extrême les racines
enroulées autour du coeur
contrairement aux arbres qui les étalent dans l'humus
- sa nourriture vient de l'intérieur
mais quand elle court elle est immobile
.
elle est toujours nue
même en robe et manteau
.
ses deux mains n'en font qu'une
.
et ses jambes jointes
traînent sur le sable en queue
.
cet éternel et impossible amour
.
elle s'écoule sans jamais diminuer son eau
.
cette lumière qu'on ne voit pas
et qui rend tout visible
elle y est aussi
.
on se demande comment son coeur se repère
lui qui bat dans la nuit noire du corps
.
bien sûr, tu es jolie -
mais je sais que cela n'a rien à faire avec l'amour
- la beauté ne t'empêche pas de mourir
mais l'amour t'empêche de mourir
.
c'est là dans ton coeur et dans tes poumons
que s'étend ton ciel étoilé
et tu ne mourras pas car tes milliards d'étoiles
sont aussi les milliards d'étoiles du ciel
.
debout, posée en abîme
tu possèdes le don de t'écouler par le haut
- dans ce lait qui s'écoule
entre tes cheveux noirs
furent écrits bien des poèmes
.
plus tard tu es là
- la page est un espace où pendent
de minuscules grappes de poèmes dorés
.
ce que tu appelles ta marche
c'est te porter
.
allongée, tu dis encore :
caresse mon corps
mais ce n'est plus ton corps
ce sont des sentiers des rochers des flancs de montagnes
- et un étang avec des poissons d'or microscopiques
.
tu élèves ton bras
- c'est une antenne où viennent
se poser les voix du monde
- qui regarde bien voit autour de ton bras
des oiseaux inconnus
qui chantent et qui volent
.
tes bras, tes jambes,
tu les replies sur ton corps
elles forment un nid de branches
de brindilles et de laine
là où tu gardes au chaud
ton coeur le noyau de pêche
.
tu prends volontiers la rondeur d'un fruit
.
cachée sous tes bras et tes jambes
- une étrange lumière naît de Toi
.
c'était autrefois celle de la mer
.
assise sur la fraternité des rochers
- tu marches libre et heureuse
dans la fraternité et la liberté de la matière
.
- c'est ainsi que tu échappes à la mort
.
elle pose ses deux mains
dans la tache de soleil de la table
elle sort des mots de ses doigts
chaque mot est un caillou jaune ou bleu
ils n'ont aucun sens
mais je les regarde ils scintillent
elle les pousse vers moi
.
évidemment ce sont les mots du poème
.
nous sommes à Rome
elle photographie des fenêtres
des volets
ouverts ou fermés
comme s'il ne restait que ces signes
de la vie intérieure
.
même assis il se sentait porté vers elle
.
il prenait l'eau dans le creux de sa main
- c'était un nid
il comprenait aussitôt l'inestimable pureté des oeufs
.
qui voit les oiseaux boire
comprend aussitôt la préciosité de l'eau
le merle fait rouler cette rosée précieuse dans son bec
.
puis il chante quelques notes basses et lentes
c'