Voici le printemps et son défilé de beaux jours, je sors de ma chrysalide et au jardin ma vie commence.
Bien à l’abri derrière un bosquet de verdure, petit papillon plein d’allant je repère celle que je crois être la plus jolie des fleurs.
Tout doucement, avec mille précautions, je m’en approche, je la respire, je m’en imprègne et après mille attentions, bien abri de la pollution, je la butine. Comme c’est doux ; comme il fait chaud ; Comme la vie est belle.
Après quelques instants de plaisir, j’ouvre de nouveau les yeux et là je m’aperçois que déjà elle est un peu flétrie alors que plus loin, une jeunesse à peine éclose offre gentiment ses pétales au souffle du vent. Les rayons du soleil qui jouent sur elle doucement la caresse et la font rougir de plaisir. Petit bourgeon de fraîcheur elle a le parfum de la nature.
Alors je m’envole vers elle et sous la chaleur et mes compliments, elle ne tarde à s’ouvrir. C’est toujours la même histoire et les mêmes fadaises qui recommencent. Ainsi, je me sens très vite lasser et je me retire vers l’aventure.
De fleur en fleur, de jour en jour, de semaine en semaine, sans vraiment ni joie ni peine, mes saisons s’enchaînent
Mais ce matin, dans le fond d’un massif bien masqué au milieu d’un parterre, un joli petit bouton vient d’éclore et laisser apparaître une superbe beauté. Elle est si différente des autres que dès que je la vois, très vite mes ailes se déploient.
Malheureusement ébloui par son je ne sais quoi, je n’ai pas vu, qu’elle est bardée d’épines qui écorchent à vif mon petit cœur de charmeur. Elle en profite aussi au passage pour me brûler les ailes et les cercler d’un ruban d’or.
Maintenant c’est fini je ne peux plus m’envoler, me voici prisonnier, enfermé dans son joli filet. Je suis son otage jusqu’à l’hiver de ma vie et elle embaume tous ceux qui veulent prendre le risque de payer ma rançon. Alors le soir quand elle se referme c’est au sein de sa corolle que je m’endors en rêvant à mon passé.