amapoesia
Nouveau poète
Miracle de Noël
L’année prochaine, je vais avoir quarante ans.
Quarante années de vanité et d’égoïsme.
Je m’en suis rendu compte il y a peu de temps,
Quand ma femme est partie et s’est mise au bouddhisme.
Aussi cette année, à l’approche de Noël,
Je me suis décidé à tenter de changer
Par un moyen qui m’est très inhabituel :
Une bonne action, un acte de charité.
L’univers de l’altruisme m’étant étranger,
Et ne voulant tomber dans la facilité,
Je ne me tournai pas vers les restos du cœur
Ni l’armée du salut, et ni les bonnes sœurs.
Je voulais que mon acte soit à ma mesure,
C'est-à-dire absolu, parfait, démesuré.
C’est pourquoi l’entreprise fut si compliquée,
La procédure m’était, pour le moins, obscure.
Je passai de longs jours à arpenter les rues
Cherchant une belle demoiselle en détresse,
Un citoyen honnête, un riche disparu,
Quelqu’un qui méritât mon geste de noblesse.
Mais le vingt quatre décembre, le soir venu,
Je n’avais rien trouvé qui fût à la hauteur
De mon ambition, mon courage, ma valeur,
Sauf clochards, va-nu-pieds, filles de peu de vertu.
Je rentrais, désolé et un peu déprimé,
Maudissant le bon dieu de m’avoir ignoré,
Snobant par dépit les joyeux pères Noël,
Écrasant de mépris ce bonheur annuel.
Au pied de mon immeuble, devant l’interphone,
Une ombre solitaire, immobile et muette,
Attira mon regard avant que je ne sonne.
Au milieu de cette ombre, une lueur inquiète
Mais lumineuse et belle me perça le cœur.
Quel était ce prodige ? Etait-ce un sortilège ?
Mon cœur aride et dur fondait comme la neige.
Troublé, déconcerté, je compris mon erreur.
L’acte de charité ne se réfléchit pas
C’est le cœur qui choisit, il sait ce qu’il faut faire.
Il suffit de laisser tomber nos barrières
Et de suivre l’amour qui doit guider nos pas.
Sans une hésitation, je me mis à genoux
Devant l’enfant perdu, puis le pris par la main.
Quand je l’eus rassuré par des mots chauds et doux,
Il sourit et finit par m’avouer sa faim.
Sa mère malade et son frère nouveau né
S’étaient réfugiés dans les caves sous mes pieds.
Tous deux, nous décidâmes d’aller les chercher
Et je les conduisis auprès de mon foyer.
A les regarder rire, une fois réchauffés,
Je me sentis remplis de joie comme jamais.
J’avais mis quarante ans pour apprendre à aimer,
Et j’étais enfin prêt à tout recommencer.