Danielkalonda PLAGIEUR
Nouveau poète
Jusqu’à hier, j’existais encore. Cette voix au présent n’est qu’un écho, une trace d’un moi qui fut jadis mais qui aujourd’hui s’efface, disparaît sous l’inondation d’autre existence, ne laissant aucun souvenir, rien à se rappeler. Ces égoïstes qui blessent sans armes, qui tuent sans savoir qu’ils sont meurtriers, prenant la place qu’ils croient leur revenir, qu’ils croient vide. Pourtant, dans ces espaces inoccupés, moi j’étais. Dans un lieu stérile, derrière les portes du silence, cet endroit que l’on aurait cru inhabité, abritait mon infinissable univers. Vint le jour où l’on fit de moi une inutilité, l’on me relégua volontairement à l’oubli. Ce moment où sans aucune considération l’on m’a tout simplement tué.
Je n’ai eu que tout récemment conscience de ma présence en ce monde, comme si je m’éveillais à peine. J’étais assis au milieu de mes 26 ans, au milieu d’un corridor, dans une chair imperméable au temps, à l’atmosphère l’entourant. Je fus mis à jour par une voix extra-terrestre à ma connaissance qui avait su franchir mes galaxies et vint frapper de plein fouet mon esprit terré dans son isolement.
- Salut !
C’est alors que mon environnement m’étreignit puis viola tous mes sens. La froideur du plancher, la pénombre du couloir, les bruits, de pas, de porte, de voix. Je distinguai les formes, les couleurs, les odeurs et enfin…elle. Elle qui s’était assise à mes côtés, à mon insu. Elle qui me regardait avec un sourire en coin et qui m’avait ouvert les yeux sur mon existence.
- Je te dérange ?
Ma négation avait été évasive, puis répété avec davantage de conviction. S’ensuivit une longue discussion qui semble habituelle lors d’une première rencontre. Par chance, elle aimait à parler et je semblais un auditoire infatigable. En réalité, j’étais confus. Ce nouveau monde s’offrant à moi me faisait oublier tout ce que j’avais pu être auparavant. Je ne désirais plus exister en dehors de ces moments, n’exister que pour elle. J’étais amnésié de mon passé.
Je réussis néanmoins à retrouver quelque peu mon identité au travers les récits d’autrui. C’est ainsi que je me souvins de telle ou telle émission de ma jeunesse, de ces friandises qui ont disparu. C’est en écoutant les autres que j’ai pu recoller l’image de mes parents, de mon frère et mon chien. Par bribes je sus reconstruire mon enfance ainsi que les déboires de mon adolescence. Je me remémorai tristement, lorsque j’entendis des cœurs en pleurs, que j’avais été moi aussi happé par les bouleversements de l’amour et leur fin trop souvent tragique.
Je compris la raison de vivre. Le pourquoi de mon retour aux études, dans le but bien sûr d’avoir un bon emploi, fonder une belle famille dans un confortable chez-moi. Être un homme accompli. Bref… je compris enfin la vie grâce à elle qui m’offrit son monde à découvrir contre lequel jusqu’à aujourd’hui je m’étais érigé des barrières.
Enfin, je me sentais humain !
À partir de ce « salut », tout ne fut que plaisir. Des discussions animées, nos sentiments partagés, une complicité irréelle, jalousement gardée. Pour d’autre, j’étais comme avant invisible, ce qui me convenait amplement. Et elle ne faisait rien pour qu’ils se tournent vers moi de peur d’avoir à me partager. En dehors de nous, nous n’étions rien.
Un jour pourtant, un homme vint. Elle m’en parla comme d’un être quelconque mais je sentais bien qu’elle n’était pas totalement indifférente à sa présence. Ce que je redoutais, pour l’avoir entendu maintes fois dans l’histoire des autres, arriva. Nos rapports devinrent moins fréquents. Elle ne parlait que de lui…lui…LUI, sans égard pour ma personne. Je n’étais plus qu’un confident, un journal intime de chair et de sang sur lequel elle écrivait ces joies de vivre, meurtrissant mon corps à coup d’encre, son amour à jamais tatoué comme le pire des tourments sur mon corps.
Après mes torrents de larmes, après ma colère et ma haine que j’exprimais sur ma personne en me mutilant dans l’espoir d’enlever ses mémoires de ma peau. J’abandonnai le combat. Sans elle je n’étais rien, avec elle ne restait de moi qu’une plaie suppurante qu’elle prenait chaque fois pour une nouvelle page.
Par miracle, une foudre s’abattit sur eux. Cette foudre était moi. Moi qui ne disais plus rien, moi qui n’existais plus à ses yeux, moi qui mourrais lentement, le corps imprégné, imbibé, liquéfié par tous les mots d’amour et leurs synonymes qui m’empêchaient d’être autre chose que la représentation de son union. Oui, soudainement, je fus à nouveau ressuscité. Elle m’expliqua qu’elle lui avait parlé de moi. Oui… OUI, elle lui avait parlé de moi, MOI. Il avait réagi étrangement puis, à mesure qu’elle me donnait place dans son histoire, dans son passé, dans son présent, il changeait. Comme si sa révélation avait un impact néfaste sur lui. Comme si j’étais une menace, un mal pour elle dont il se mit en tête de la protéger.
Après maintes querelles, elle le quitta, déchirée mais résolue. Ce n’était pas que pour moi, me dit-elle, mais par principe. Elle n’arrivait pas à concevoir qu’une tierce personne puisse la monter contre moi. Ce moi qui avait toujours été si bon pour elle, qui ne l’avait jamais jugée. Cet être qui avait partagé une partie de sa vie comme un frère, mieux…comme une partie d’elle-même.
Nous passâmes encore quelques moments de pur bonheur retrouvé. Jusqu'à ce que son entourage, choqué par ses agissements, par sa rupture aussi inattendue qu’inconcevable la séquestrèrent et tentèrent eux aussi de l’éloigner de moi. Je n’arrivais pas à comprendre, à concevoir que je puisse être aimé autant d’elle mais que ses proches qui ne me connaissaient même pas, qui ne m’adressaient jamais la parole, me regardant comme on regarde au loin, puissent me haïr à ce point. La nature humaine est faite de telle sorte que l’on n’a d’amour que pour ceux qui ont su nous conquérir.
Mais moi… je ne demandais l’amour de personne. Ni l’attention, ni même d’exister à leurs yeux. Non, je ne voulais être vu que par elle. Pourquoi, pourquoi ne nous laissaient-il pas simplement profiter de notre union qui n’était ni fautive, ni malhonnête ?
- Ils ont peur ! Me révéla-t-elle le jour où, sur son lit d’hôpital, je lui caressais les cheveux.
Voilà ce qu’ils avaient fait d’elle. Incapable d’accepter ce sort, d’être emprisonnée, de devoir vivre comme on le lui demandait, elle s’était retournée contre elle-même. Les poignets et les yeux encore rougeoyant des larmes du cœur et du corps, elle me fit promettre ne jamais plus la quitter. Je lui promis, sachant toutefois que contre eux, je ne pouvais rien faire. Ils la confinaient dans un monde qui m’était interdit.
On dit que l’amour déplace les montagnes. Je dois être bien faible pour ne pas réussir à ouvrir une porte. Une simple ouverture, une brèche sur sa conscience.
L’hôpital d’où elle est sortie vêtue d’une camisole chimique, fut ma condamnation à mort. J’attendais chaque jour que le voile se lève, qu’enfin elle sorte de son sommeil qui créait ma décrépitude. Mais… hier, j’ai su que tout était fini. Elle avait interrompu ses traitements après des années, me donnant l’espoir qu’on se revoit avec presque qu’une vie entière de perdue. Non, elle n’a plus besoin de ses médicaments car… elle n’a plus besoin de moi, ne me veut plus, ne désire plus ma présence.
Je m’y refusais mais maintenant que je fais bien partie d’un passé inconnu et que j’en prends pleinement conscience, j’accepte de n’avoir été qu’une image, une voix, un être qui pour elle était tout. Oui j’accepte d’avoir été son délire et m’en réjouis.
Merci!
Merci d’avoir été schizophrène et ainsi de m’avoir donné la chance d’exister!
J’espère que tu ne m’oublieras jamais car personne d’autre que toi ne se souviendra de moi!
Je n’ai eu que tout récemment conscience de ma présence en ce monde, comme si je m’éveillais à peine. J’étais assis au milieu de mes 26 ans, au milieu d’un corridor, dans une chair imperméable au temps, à l’atmosphère l’entourant. Je fus mis à jour par une voix extra-terrestre à ma connaissance qui avait su franchir mes galaxies et vint frapper de plein fouet mon esprit terré dans son isolement.
- Salut !
C’est alors que mon environnement m’étreignit puis viola tous mes sens. La froideur du plancher, la pénombre du couloir, les bruits, de pas, de porte, de voix. Je distinguai les formes, les couleurs, les odeurs et enfin…elle. Elle qui s’était assise à mes côtés, à mon insu. Elle qui me regardait avec un sourire en coin et qui m’avait ouvert les yeux sur mon existence.
- Je te dérange ?
Ma négation avait été évasive, puis répété avec davantage de conviction. S’ensuivit une longue discussion qui semble habituelle lors d’une première rencontre. Par chance, elle aimait à parler et je semblais un auditoire infatigable. En réalité, j’étais confus. Ce nouveau monde s’offrant à moi me faisait oublier tout ce que j’avais pu être auparavant. Je ne désirais plus exister en dehors de ces moments, n’exister que pour elle. J’étais amnésié de mon passé.
Je réussis néanmoins à retrouver quelque peu mon identité au travers les récits d’autrui. C’est ainsi que je me souvins de telle ou telle émission de ma jeunesse, de ces friandises qui ont disparu. C’est en écoutant les autres que j’ai pu recoller l’image de mes parents, de mon frère et mon chien. Par bribes je sus reconstruire mon enfance ainsi que les déboires de mon adolescence. Je me remémorai tristement, lorsque j’entendis des cœurs en pleurs, que j’avais été moi aussi happé par les bouleversements de l’amour et leur fin trop souvent tragique.
Je compris la raison de vivre. Le pourquoi de mon retour aux études, dans le but bien sûr d’avoir un bon emploi, fonder une belle famille dans un confortable chez-moi. Être un homme accompli. Bref… je compris enfin la vie grâce à elle qui m’offrit son monde à découvrir contre lequel jusqu’à aujourd’hui je m’étais érigé des barrières.
Enfin, je me sentais humain !
À partir de ce « salut », tout ne fut que plaisir. Des discussions animées, nos sentiments partagés, une complicité irréelle, jalousement gardée. Pour d’autre, j’étais comme avant invisible, ce qui me convenait amplement. Et elle ne faisait rien pour qu’ils se tournent vers moi de peur d’avoir à me partager. En dehors de nous, nous n’étions rien.
Un jour pourtant, un homme vint. Elle m’en parla comme d’un être quelconque mais je sentais bien qu’elle n’était pas totalement indifférente à sa présence. Ce que je redoutais, pour l’avoir entendu maintes fois dans l’histoire des autres, arriva. Nos rapports devinrent moins fréquents. Elle ne parlait que de lui…lui…LUI, sans égard pour ma personne. Je n’étais plus qu’un confident, un journal intime de chair et de sang sur lequel elle écrivait ces joies de vivre, meurtrissant mon corps à coup d’encre, son amour à jamais tatoué comme le pire des tourments sur mon corps.
Après mes torrents de larmes, après ma colère et ma haine que j’exprimais sur ma personne en me mutilant dans l’espoir d’enlever ses mémoires de ma peau. J’abandonnai le combat. Sans elle je n’étais rien, avec elle ne restait de moi qu’une plaie suppurante qu’elle prenait chaque fois pour une nouvelle page.
Par miracle, une foudre s’abattit sur eux. Cette foudre était moi. Moi qui ne disais plus rien, moi qui n’existais plus à ses yeux, moi qui mourrais lentement, le corps imprégné, imbibé, liquéfié par tous les mots d’amour et leurs synonymes qui m’empêchaient d’être autre chose que la représentation de son union. Oui, soudainement, je fus à nouveau ressuscité. Elle m’expliqua qu’elle lui avait parlé de moi. Oui… OUI, elle lui avait parlé de moi, MOI. Il avait réagi étrangement puis, à mesure qu’elle me donnait place dans son histoire, dans son passé, dans son présent, il changeait. Comme si sa révélation avait un impact néfaste sur lui. Comme si j’étais une menace, un mal pour elle dont il se mit en tête de la protéger.
Après maintes querelles, elle le quitta, déchirée mais résolue. Ce n’était pas que pour moi, me dit-elle, mais par principe. Elle n’arrivait pas à concevoir qu’une tierce personne puisse la monter contre moi. Ce moi qui avait toujours été si bon pour elle, qui ne l’avait jamais jugée. Cet être qui avait partagé une partie de sa vie comme un frère, mieux…comme une partie d’elle-même.
Nous passâmes encore quelques moments de pur bonheur retrouvé. Jusqu'à ce que son entourage, choqué par ses agissements, par sa rupture aussi inattendue qu’inconcevable la séquestrèrent et tentèrent eux aussi de l’éloigner de moi. Je n’arrivais pas à comprendre, à concevoir que je puisse être aimé autant d’elle mais que ses proches qui ne me connaissaient même pas, qui ne m’adressaient jamais la parole, me regardant comme on regarde au loin, puissent me haïr à ce point. La nature humaine est faite de telle sorte que l’on n’a d’amour que pour ceux qui ont su nous conquérir.
Mais moi… je ne demandais l’amour de personne. Ni l’attention, ni même d’exister à leurs yeux. Non, je ne voulais être vu que par elle. Pourquoi, pourquoi ne nous laissaient-il pas simplement profiter de notre union qui n’était ni fautive, ni malhonnête ?
- Ils ont peur ! Me révéla-t-elle le jour où, sur son lit d’hôpital, je lui caressais les cheveux.
Voilà ce qu’ils avaient fait d’elle. Incapable d’accepter ce sort, d’être emprisonnée, de devoir vivre comme on le lui demandait, elle s’était retournée contre elle-même. Les poignets et les yeux encore rougeoyant des larmes du cœur et du corps, elle me fit promettre ne jamais plus la quitter. Je lui promis, sachant toutefois que contre eux, je ne pouvais rien faire. Ils la confinaient dans un monde qui m’était interdit.
On dit que l’amour déplace les montagnes. Je dois être bien faible pour ne pas réussir à ouvrir une porte. Une simple ouverture, une brèche sur sa conscience.
L’hôpital d’où elle est sortie vêtue d’une camisole chimique, fut ma condamnation à mort. J’attendais chaque jour que le voile se lève, qu’enfin elle sorte de son sommeil qui créait ma décrépitude. Mais… hier, j’ai su que tout était fini. Elle avait interrompu ses traitements après des années, me donnant l’espoir qu’on se revoit avec presque qu’une vie entière de perdue. Non, elle n’a plus besoin de ses médicaments car… elle n’a plus besoin de moi, ne me veut plus, ne désire plus ma présence.
Je m’y refusais mais maintenant que je fais bien partie d’un passé inconnu et que j’en prends pleinement conscience, j’accepte de n’avoir été qu’une image, une voix, un être qui pour elle était tout. Oui j’accepte d’avoir été son délire et m’en réjouis.
Merci!
Merci d’avoir été schizophrène et ainsi de m’avoir donné la chance d’exister!
J’espère que tu ne m’oublieras jamais car personne d’autre que toi ne se souviendra de moi!