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Maurice Thorez revisité (1900-1964)

Filiatus

Maître Poète
Je ne me sens pas très à l'aise
Pour écrire objectivement
La vie de Maurice Thorez
Qui a de nombreux partisans

Bien sûr, il mérita la taule
Quand en quarante, il déserta
Mais le grand général de Gaulle
N'avait-il pas fait même choix ?

Avec le siècle naît Maurice
Le vingt-huit avril, au printemps
D'un inconnu, il est le fils
Qu'un Louis reconnait à deux ans

Bien qu'on ne soit pas religionnaire
Dans la famille du mineur
[Je parle du métier du père]
Le gamin est enfant de chœur

Maurice est un brillant élève
Il a son bac à douze piges
La fleur est de puissante sève
Même si fragile est la tige

Mais il lui faut gagner sa croûte
Comme on dit : "aller au charbon"
Il doit descendre dans la soute
Un an il est mineur de fond

Avec les troupes germaniques
Qui envahissent Sambre et Meuse
La famille Thorez panique
Et se réfugie dans la Creuse

Lorsque la guerre se termine
Tous s'en retournent dans le Nord
Maurice retrouve la mine
Avec dans la tête un trésor

Car durant ces années critiques
Maurice s'est documenté
La révolution bolchevique
L'a fortement enthousiasmé

Il fait son devoir militaire
L'année où les S.F.I.O.
Déterrent la hache de guerre
Pour créer le parti coco

En vingt et un, il y adhère
En vingt-deux, il est petit chef
En vingt-trois, il est secrétaire
Régional du P.C.F.

Et puis tout à coup il végète
Il va s'informer à Moscou
Là-bas le "Suprême Soviet"
Lui dit qu'il n'est plus dans le coup

Oui, Maurice est trop patriote
Pour ne pas dire franchouillard
Qu'il cesse de lécher les bottes
Aux socialistes pantouflards !

C'est en mil neuf cent trente-six
Sous la présidence Lebrun
Que notre opiniâtre Maurice
Devient enfin numéro un

En France, alors, il enregistre
Une forte notoriété
Et s'il ne devient pas ministre
C'est qu'en fait il a refusé

En trente-neuf, des bruits de bottes
Résonnent sur les bords du Rhin
Thorez en fervent patriote
S'engage dans les fantassins

Six mois plus tard, tout se complique
Quand Hitler signe avec Staline
L'accord germano-soviétique
Qui donne à Momo grise mine

Les Soviétiques, lors exigent
Que les communistes français
Dénoncent et même fustigent
Les fascistes et leurs laquais

Maurice Thorez tergiverse
Puis décide finalement
Bien que l'acte le bouleverse
De déserter son régiment

Il gagne l'Union soviétique
Où il demeure incognito
Mais sans lâcher la politique
Qu'il pratique avec les Bolchos

À partir de l'été quarante
Il prévient clandestinement
Le P.C.F. d'une imminente
Volte-face des Allemands

En mil neuf cent quarante-quatre
Les Russes ont changé de camp
Et viennent vaillamment se battre
Contre le tyran allemand

Le général Charles de Gaulle
Devenu nouveau président
Pardonne à Maurice et l'enrôle
Même dans son gouvernement

En novembre quarante-six
Il est tellement apprécié
Qu'il assure non sans malice
Qu'un jour il aura l'Élysée

Quatre ans plus tard, le camarade
Tout juste âgé de cinquante ans
Tombe très gravement malade
Et frôle la mort un moment

Bien qu'atteint de paralysie
Maurice n'abdique jamais
Il reste le chef du parti
Et embauche Georges Marchais

En soixante-quatre, Thorez
Part en croisière en Crimée
Quand à bord il a un malaise
À Varna il est débarqué

Mais cette fois-ci rien à faire
On ne peut pas le ranimer
Derrière le rideau de fer
Le Timonier s'en est allé
 

Pièces jointes

  • THOREZ_Maurice1936.jpg
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