Verona
Nouveau poète
Sous le feuillage du grand pin, elle vient s’asseoir, le rouge aux joues
Sa peau de lune en ce matin luit de flocons de soleil roux
Des lauriers blancs le vent se joue pour m’abreuver du vert parfum
De ses yeux où mes yeux s’ébrouent, de son sourire de séraphin.
Au bord de l’eau bleue qui scintille, elle traîne un sillage de pluie
Sur les carreaux les gouttes brillent, l’empreinte de son pas la suit
La bouée noyée déjà s’ennuie loin des petits bras qui l’habillent
Le lierre se rendort sans bruit, éclaboussé de rires en trilles.
Je la regarde se sécher sous les rayons qui se révèlent
Au fond d’un drap amouraché d’anciennes effluves de sel
Elle se débat sous la flanelle d’une robe où ses bras cachés
La libèrent enfin d’un tunnel de mille cœurs rouges tâché.
En contrebas, neuf heures résonne, les étals se parent de couleurs
La fumée des cafés fredonne un air paisible entre les fleurs
Sous les goélands racoleurs va le chalutier qui gloutonne
Les chats couchés dans la chaleur d’un regard lointain s’en étonnent.
C’est ici que, matins durant, les anciens lorgnent, insoucieux
Les belles, sous les ombrelles, allant devant leurs chapeaux malicieux
Un éclat au fond de leurs yeux quand retentit le cri d’argent
Dessus le sable capricieux, de deux boules s’entrechoquant.
Dans un bruissement de sandales, elle serre contre elle un vieux panier
Elle me conduit dans le dédale des chemins au toit de pruniers
En haut de l’étroit escalier, la ville devant nous étale
Sa rumeur le long des allées parmi les cageots qu’on déballe.
Le temps oublie pour quelques jours de faire jouer ses pendules
Prolongeant sans fin son séjour jusqu’aux confins du crépuscule
Le soleil en bon funambule, en équilibre sur sa tour
Demeure, malgré que le bousculent les chariots de coton lourd.
Le petit panier est chargé et doit enfin changer de main
Des abricots bien orangés tricotent un odorant crin
Comme enfermés dans leur écrin, œillets et jasmins mélangés
Se dresseront en souverain trônant dans la salle à manger.
Le clocher joue sa partition de douze battements pointus
Les tablées prennent position devant la complice statue
Qui, de sa nudité vêtue, reste sourde aux exclamations
Des verres glacés qui ponctuent la plus légère discussion.
Mon ange et moi rentrons enfin, laissant l’abondante cohue
Sur les quais et dans les jardins attiser le brûlant chahut
L’ombre en cette heure n’existe plus, nous attendrons ce soir prochain
Une fois la flamme révolue, pour boire l’aube dans nos mains.