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Marguerite Steinheil revisitée (1869-1954)

Filiatus

Maître Poète
Drôle de dame, étrange muse
Qui s'essouffle aux pieds d'un monarque
Comme dans une cornemuse
Pour bander la corde à son arc

Curieuse femme, odieuse fille
Qui tue son mari, sa maman
Et que la justice gentille
Acquitte faute d'éléments

Dans une zone industrielle
Du bout de la Franche-Comté
La famille Jay, pour Noël
Commande un petit héritier

Mais le bonhomme à barbe blanche
N'ayant plus de garçon au Ciel
Sur le petit berceau se penche
Et dépose une jouvencelle

On la prénomme Marguerite
Et on l'élève avec passion
Elle étudie si bien, si vite
Qu'elle apprend même le violon

En mil huit cent quatre-vingt-six
La jeune fille a dix-sept ans
Et bien des jeunes gens rougissent
Devant son corps affriolant

Mais le père et la mère veillent
Chassant ses nombreux cavaliers
Lorsqu'un jour Adolphe Steinheil
Neveu du peintre Meissonnier

A pour elle un tel coup de foudre
[Par Marguerite partagé]
Que les Jay doivent se résoudre
Rapidement, à les marier

Ils ont une gamine, Marthe
Mais bientôt ne s'entendant plus
Ils vivent dans le même appart
Chacun faisant l'autre cocu

Peu à peu la belle affranchie
Dans le Gotha se fait admettre
Elle ouvre un salon à Paris
Où viennent les hommes de lettres

Lors d'un séjour à Chamonix
On lui présente un grand monsieur
Le président Faure Félix
Qui en tombe vite amoureux

De retour à la capitale
Le président fonce aussitôt
Voir le mari qui peint ses toiles
Dont il achète tout un lot

Devenu l'amant de la belle
Le Président veut divorcer
Et pour fêter cette nouvelle
Il la convie à l'Élysée

Cachés dans l'auguste demeure
La Marguerite s'agenouille
Quand soudain le Président meurt
En hurlant : "J'ai mal ! Oh, ouille, ouille!"

Une notoriété flatteuse
Bientôt la Marguerite entoure
Que des âmes aventureuses
Voudraient bien goûter à leur tour

Lors, elle devient la maîtresse
De maintes personnalités
Et de s'époumoner sans cesse
Sur chaque personne alitée

À trente-neuf ans, Marguerite
Est une fleur au beau corps sain
Qui pose nue, où elle habite
Quand son ex lui croque un dessin

Le trente mai mil neuf cent-huit
Le domestique des Steinheil
Trouve la mère à Marguerite
Décédée pendant son sommeil

Et dans la salle de toilette
Il découvre le corps sans vie
Le cou ceint d'une cordelette
De son boss, le peintre maudit

La Marguerite, quant à elle
Gît, bâillonnée et ligotée
En slip et porte-jarretelles
Sur un lit défait à moitié

Au commissariat elle explique
Que des hommes encagoulés
À coup de gifles et de triques
Sont venus chercher des papiers

Des documents que Félix Faure
L'ancien président décédé
Déposa dans le coffre-fort
Et que le gang aura vidé

Les enquêteurs inquiets se taisent
Et n'en demandent guère plus
Ils en admettent l'hypothèse
Rapport à l'affaire Dreyfus

On fait un procès pour la forme
Où Marguerite, théâtrale
Fait une prestation énorme
Et applaudir toute la salle

Acquittée, elle part à Londres
Et y rédige ses mémoires
Qui ne semblent pas correspondre
À la vérité du prétoire

Pour lui éviter une enquête
Son éditeur laisse tomber
Et lui conseille une retraite
Loin de la grouillante cité

Pendant cinq ans, elle s'esbigne
Puis revient pour passer la corde
Une corde en feuille de vigne
Au cou d'un estimable lord

Elle est presque quinquagénaire
Mais elle a le corps si parfait
Que le baron quadragénaire
Décède dix années après

Trente ans elle porte le deuil
À la mémoire de son ex
Et comme un céleste clin d'œil
Elle expire dans le Sussex !
 

Pièces jointes

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