Filiatus
Maître Poète
Pour écrire ce texte-ci
Je me suis assis au soleil
Et j'ai prié mon égérie
De prendre l'accent de Marseille
Ça y est, j'entends les cigales
Je sens la lavande et la figue
Je crois le moment idéal
D'encrer ma plume en la garrigue
Marcel Pagnol naît à Aubagne
D'un instituteur laïcard
Qui, s'il ne manque pas de poigne
N'en est pas moins tendre gaillard
Sa mère, frêle couturière
N'entend rien à la politique
Il semble que sous ses faux-airs
Elle soit un peu catholique
Soucieux de sa santé fragile
Chaque printemps, le père loue
Une villa loin de la ville
Ce dont Marcel, le Seigneur, loue
Parallèlement à l'école
Il est premier, parfois deuxième
Et déjà la griffe Pagnol
Émarge ses premiers poèmes
Il a tout juste quatorze ans
Lorsque s'éteint sa pauvre mère
Comme elle il est château-branlant
Ce qui lui évite la guerre
Durant ces quatre années d'effroi
Marcel décroche une licence
Avec les filles, c'est le roi
Et se marie dans sa Provence
Nommé comme répétiteur
Par l'Éducation nationale
Il se retrouve à contrecœur
En poste dans la Capitale
Malgré cette nomination
Peu avant mil neuf cent vingt-quatre
Il quitte l'administration
Pour se consacrer au théâtre
Mais ses écrits sont des échecs
Et des succès en demi-teinte
Ne rapportent pas un kopeck
Aussi, il se noie dans l'absinthe
Puis un jour sa pièce "Topaze"
Qu'il a écrite l'an passé
Chez Jouvet provoque l'extase
Lors, tout le monde veut la jouer
Fort de cette notoriété
Marcel s'offre un succès de plus
Par les plus grands, interprété
Baptisé simplement "Marius"
Après ce triomphe insolent
Marcel quitte sa jeune femme
Et pour le cinéma parlant
Le cœur de l'artiste s'enflamme
Il rencontre Kitty Murphy
Une jeune danseuse anglaise
Qui lui donne Pagnol Jacky
[Jacques Pagnol à la française]
À la Paramount, notre "traître"
[C'est ainsi que l'ont baptisé
Les gens de théâtre et de lettres]
Tourne "Marius" en grand secret
C'est un triomphe derechef
Le film le couvre de dollars
Et à ce chef-d'œuvre se greffent
Ses suites "Fanny" et "César"
Excellent réalisateur
Marcel dirige avec souplesse
Les plus prestigieux acteurs
Raimu, Charpin … et ses maîtresses
Et cette fois-ci sa complice
C'est miss Oranne Demazis
Qu'il fréquente depuis vingt-six
Mais qui céans lui donne un fils
Puis lassé de la belle actrice
Il conte fleurette à Yvonne
Sa proche collaboratrice
Qui aussitôt fille lui donne
Avec Fernandel, il se lie
Et tous les deux tournent "Regain"
Mais avec "Le Schpountz", les amis
Fâchés en viennent presque aux mains
Quand "La Femme du boulanger"
Sort en trente-huit, c'est un succès
Puis "La Fille du puisatier"
Devient sa compagne attitrée
La guerre et ses horreurs s'invitent
Marcel met un frein à sa course
Mais toujours cherchant Aphrodite
Il rencontre "Manon des sources"
Manon, en fait c'est Jacqueline
Jacqueline Bouvier [Eh oui !
Je sais, ce nom vous turlupine
Car c'est la femme à Kennedy]
Entre Frédéric et Estelle
Qui naissent chacun des hivers
Marcel est élu immortel
Portant l'épée et l'habit vert
Mais un jour de cinquante-quatre
La santé d'Estelle s'altère
Et quand son cœur cesse de battre
Le pauvre Marcel désespère
Il vit retiré comme un moine
Écrivant romans et romances
Hormis un festival de Cannes
Où il détient la présidence
Il écrit d'une seule traite
"La Gloire de mon père", aussi
"Ambrogiani", "Jean de Florette"
"Le Château de ma mère", et puis
Au "Masque de fer", deux volumes
Il consacre, puis à jamais
Il pose sa divine plume
Pour conter Alphonse Daudet
Dans "Les Lettres de mon moulin"
Où "le curé de Cucugnan"
Le sympathique "abbé Martin"
Est créé par Sardou Fernand
Très près de ses quatre-vingts ans
Mais très loin de son Lavandou
Marcel disparaît au printemps
Quelques jours après Pompidou
Je me suis assis au soleil
Et j'ai prié mon égérie
De prendre l'accent de Marseille
Ça y est, j'entends les cigales
Je sens la lavande et la figue
Je crois le moment idéal
D'encrer ma plume en la garrigue
Marcel Pagnol naît à Aubagne
D'un instituteur laïcard
Qui, s'il ne manque pas de poigne
N'en est pas moins tendre gaillard
Sa mère, frêle couturière
N'entend rien à la politique
Il semble que sous ses faux-airs
Elle soit un peu catholique
Soucieux de sa santé fragile
Chaque printemps, le père loue
Une villa loin de la ville
Ce dont Marcel, le Seigneur, loue
Parallèlement à l'école
Il est premier, parfois deuxième
Et déjà la griffe Pagnol
Émarge ses premiers poèmes
Il a tout juste quatorze ans
Lorsque s'éteint sa pauvre mère
Comme elle il est château-branlant
Ce qui lui évite la guerre
Durant ces quatre années d'effroi
Marcel décroche une licence
Avec les filles, c'est le roi
Et se marie dans sa Provence
Nommé comme répétiteur
Par l'Éducation nationale
Il se retrouve à contrecœur
En poste dans la Capitale
Malgré cette nomination
Peu avant mil neuf cent vingt-quatre
Il quitte l'administration
Pour se consacrer au théâtre
Mais ses écrits sont des échecs
Et des succès en demi-teinte
Ne rapportent pas un kopeck
Aussi, il se noie dans l'absinthe
Puis un jour sa pièce "Topaze"
Qu'il a écrite l'an passé
Chez Jouvet provoque l'extase
Lors, tout le monde veut la jouer
Fort de cette notoriété
Marcel s'offre un succès de plus
Par les plus grands, interprété
Baptisé simplement "Marius"
Après ce triomphe insolent
Marcel quitte sa jeune femme
Et pour le cinéma parlant
Le cœur de l'artiste s'enflamme
Il rencontre Kitty Murphy
Une jeune danseuse anglaise
Qui lui donne Pagnol Jacky
[Jacques Pagnol à la française]
À la Paramount, notre "traître"
[C'est ainsi que l'ont baptisé
Les gens de théâtre et de lettres]
Tourne "Marius" en grand secret
C'est un triomphe derechef
Le film le couvre de dollars
Et à ce chef-d'œuvre se greffent
Ses suites "Fanny" et "César"
Excellent réalisateur
Marcel dirige avec souplesse
Les plus prestigieux acteurs
Raimu, Charpin … et ses maîtresses
Et cette fois-ci sa complice
C'est miss Oranne Demazis
Qu'il fréquente depuis vingt-six
Mais qui céans lui donne un fils
Puis lassé de la belle actrice
Il conte fleurette à Yvonne
Sa proche collaboratrice
Qui aussitôt fille lui donne
Avec Fernandel, il se lie
Et tous les deux tournent "Regain"
Mais avec "Le Schpountz", les amis
Fâchés en viennent presque aux mains
Quand "La Femme du boulanger"
Sort en trente-huit, c'est un succès
Puis "La Fille du puisatier"
Devient sa compagne attitrée
La guerre et ses horreurs s'invitent
Marcel met un frein à sa course
Mais toujours cherchant Aphrodite
Il rencontre "Manon des sources"
Manon, en fait c'est Jacqueline
Jacqueline Bouvier [Eh oui !
Je sais, ce nom vous turlupine
Car c'est la femme à Kennedy]
Entre Frédéric et Estelle
Qui naissent chacun des hivers
Marcel est élu immortel
Portant l'épée et l'habit vert
Mais un jour de cinquante-quatre
La santé d'Estelle s'altère
Et quand son cœur cesse de battre
Le pauvre Marcel désespère
Il vit retiré comme un moine
Écrivant romans et romances
Hormis un festival de Cannes
Où il détient la présidence
Il écrit d'une seule traite
"La Gloire de mon père", aussi
"Ambrogiani", "Jean de Florette"
"Le Château de ma mère", et puis
Au "Masque de fer", deux volumes
Il consacre, puis à jamais
Il pose sa divine plume
Pour conter Alphonse Daudet
Dans "Les Lettres de mon moulin"
Où "le curé de Cucugnan"
Le sympathique "abbé Martin"
Est créé par Sardou Fernand
Très près de ses quatre-vingts ans
Mais très loin de son Lavandou
Marcel disparaît au printemps
Quelques jours après Pompidou